[miam025] PDT (+ Crif Dogs)
St Marks’ Place & 1st Avenue, East Village à New York. La nuit est tombée depuis quelques heures. Petits immeubles en brique, faune un peu plus jeune et bigarrée que la moyenne des quartiers plus policés.
Quelques restaurants sans prétention, quelques bars, des boutiques vaguement alternatives rappelant le passé plus sulfureux du quartier. Au 113, le Crif Dogs. On descend une courte volée de marches. L’entrée
est exiguë, car l’espace à droite est occupé par de vieilles machines d’arcade : Centipede, Ms. Pacman…
La spécialité de la maison, c’est le hot dog à la saucisse frite dans l’huile. A quelque chose près, on pourrait se croire dans un kebab français, certes un peu plus propre que la moyenne.
Sur la gauche, une double porte en bois aux vitres fumées : il s’agit d’une cabine téléphonique. On rentre, on décroche le combiné et l’on presse sur un bouton. Quelques secondes d’une impatience nerveuse plus tard, une porte s’ouvre du côté opposé à celui par lequel on a pénétré dans la cabine. Une charmante hôtesse apparaît. Derrière elle, non pas une salle remplie de scientifiques en blouse blanche travaillant sur une arme bactériologique dernier cri, le côté James Bond s’arrête là… encore que !
Toutefois, ça n’est pas maintenant que nous pourrons pénétrer dans l’antre. Malgré une demande de mise sur liste d’attente une trentaine de minutes plus tôt, nous ne pouvons toujours pas rentrer. On décide de faire un tour du pâté de maison.
La seconde tentative est la bonne. Même protocole, même personne à l’accueil vérification des cartes d’identité (on fait si jeunes que ça ?), on pénètre dans la pièce. Murs en brique, animaux réels ou imaginaires (un lapin cornu, par exemple) empaillés, photo anciennes kitschouilles, lumière tamisée, ambiance feutrée malgré une musique assez forte, dont la sélection “pop” au sens très large du terme semble quasi-aléatoire. A ce dernier détail près, l’ambiance fait très club privé, on pourrait toujours se prendre pour un agent secret en goguette.
Bar ou table ? On opte pour la table. Moins d’interaction avec les barmen qui versent, mélangent, secouent coktail sur cocktail. C’est en effet ce qui fait la réputation de l’endroit tenu par un ancien du Pegu Club, référence du genre à New York.
On découvre rapidement la carte. Une sélection d’une vingtaine de cocktails de saison est proposée, de même que quelques vins au verre et une demi-douzaine de bières locales. Il est aussi possible de se
restaurer, grâce au partage de la cuisine avec le Crif Dogs. Chaque boisson est décrite sur quelques lignes pour préciser le choix des ingrédients ainsi que la philosophie ayant présidé à sa conception. Il est a priori tout à fait possible de commander n’importe quel cocktail des plus classiques aux plus improbables. Toutefois, n’ayant aucune connaissance en la matière, et souhaitant découvrir les créations maison, on restera sur les choix offerts par la carte.
Pour la première tournée, on se laisse tenter par le “Bee’s Sip” (Chamomile infused Barsol Quebranta Pisco, Masumi “OkudenKantsukuri” sake, Barenjager Honey Liqueur) et le “Benton’s Old Fashioned” (Bacon infused Four Roses Bourbon, Maple Syrup, Bitters). Et pour éponger, un John John Deragon (hot dog préparé version bagel avec du “cream cheese” et quelques épices) et le Wylie Dog (saucisse frite, tube de mayonnaise frite, mélasse de tomates, oignons séchés laitue), conçu par Willy Dufresnes, chef du WD-50, restaurant de cuisine inventive. Après un peu d’attente pour nos boissons, ce qui s’explique par la grande méticulosité apportée à la préparation des cocktails, la commande arrive.
Première impression : on s’est trompé pour mon verre… ça ne doit pas être le Benton’s Old Fashioned. Je demande confirmation à notre serveuse, qui confirme que si, c’est bien ça. Intrigué, j’y regoute avec plus d’attention, et effectivement, les saveurs du bacon utilisé pour infuser le bourbon et du sirop d’érable sont extrêmement subtiles. Les bitters sont en revanche bien présents. Même si ça ne ressemble pas à ce à quoi je m’attendais, c’est loin d’être désagréable, très équilibré, ça se boit facilement, et ça n’est pas écoeurant, ce qui me rebute assez souvent dans ce type de consommation. Le Bee’s Sip étonne également. On retrouve un peu plus aisément la composition (en ayant la carte sous les yeux, bien sûr !), mais là encore ça reste extrêmement buvable.
Les hot dogs ? Ils apportent un contrepoint rustique à la sophistication des boissons. Le John John Deragon est excellent, et ressemble effectivement beaucoup à un “bagel & cream cheese”, mais avec plus de contrastes de textures, de température et de saveurs grâce à la présence de la saucisse et des épices. Le Wylie Dog est dans le fond plus classique. C’est ici surtout la forme qui change du hot-dog traditionnel, mais cela rend le sandwich plus difficile à manger sans mettre partout de la salade (elle déborde) et de la mayonnaise (une fois le tube croqué, elle a tendance à dégouliner). Il est du coup moins appréciable.
Malgré le coup de téléphone pour se mettre sur liste d’attente et la balade pour patienter un quart d’heure supplémentaire, il fallait s’estimer chanceux d’être là : le bar est tellement prisé que les réservations à faire à 15h pour le soir-même sont difficiles à obtenir, et la queue pour l’entrée au bar parfois très longue. Du coup, on commande une deuxième tournée.
Le Rhubarbarita (Partida Reposado Tequila, lemon, rhubarb puree, Grand Marnier, Veloce) est plus classique que le Bee’s Sip, mais j’ai décidément un problème avec la rhubarbe servie là bas. Le Mariner (Compass Box Oak Cross, pineapple juice, lemon, smoked cardamom syrup) est étonnament plaisant, et le whisky utilisé (de la gamme Compass Box, superbe série de blends, si si, on peut boire autre chose que du single malt !) apporte une finale légèrement fumée et longue en bouche.
En acompagnement solide : des frites ondulées avec du “fromage” (un genre de sauce épaisse brunâtre au goût indéterminé) et de petits piments. Génial, en tout cas ça remplit bien mieux son office que la “finger-food” de luxe que l’on pourrait imaginer être servie dans un bar à cocktails.
Pour terminer en douceur, une pinte de Brooklynator Doppelbock, une doppelbock produite localement (pour les amateurs, la brasserie de Brooklyn produit une Brooklyn Achouffe en collaboration avec la célèbre brasserie belge… je n’ai pas eu l’occasion de la goûter). Elle est excellente, ce qui aura été une constante avec les productions américaines testées durant le séjour.
On tient donc là un très bon bar qui peut faire office de “warm-up” avant de passer à des choses plus sérieuses, ou pour une soirée plus cool pour groupes peu nombreux. J’imagine que l’entrée dérobée peut produire son effet sur les personnes non averties, donc si vous voulez impressionner vos copains/copines lors d’un séjour à NYC et boire quelques boissons soigneusement mises au point et préparées, n’hésitez pas. Le gros point noir reste que l’on ne peut y débarquer et rentrer instantanément, sauf coup de chance. A vrai dire, si un endroit de ce type existait à Paris, j’irais probablement régulièrement.
Les cocktails de la carte coûtent 12$, les hot dogs 5$.
PDT
113 St Marks Pl,
New York, NY 10009
+1 212-614-0386
http://www.pdtnyc.com/


