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[miam027] Spuyten Duyvil

Si vous ne savez pas quoi faire ce soir, ce week-end, la semaine prochaine voire durant les quelques années à venir, prenez un billet aller-simple pour NYC, empruntez la ligne L ou G, selon l’endroit où
vous vous trouvez, descendez à Bedford Ave ou Metropolitan Ave, puis foncez directement jusqu’au 359, Metropolitan Ave. Voilà, vous êtes dans Brooklyn à Williamsburg plus précisément et devant vous, c’est le Spuyten Duyvil. De l’extérieur, ça ne paie pas de mine. A l’intérieur ? C’est le Pérou.

C’est tout simplement le « meilleur bar du monde » (titre que je leur ai mentalement décerné après le deuxième litre). Et même si ça n’est pas le cas, c’est un sacré coin de paradis pour tout amateur de bière normalement constitué… et pour les autres aussi. Je m’explique.

La carte, ou plutôt les adroises, tout d’abord. Il y a du vin (au verre, en bouteille), mais on n’est pas là pour ça. La grande spécialité de la maison, c’est la bière, et il y a de quoi faire.
Mieux encore, alors que je patientais devant le bar, attendant que l’on prenne ma commande, je ne pouvais m’empêcher de jubiler intérieurement. Pressions, fûts, bouteilles, raretés… toute la
sélection est tip-top : on retrouve tous ses breuvages préférés, des choses que l’on a toujours voulu goûter sans en avoir l’occasion, et de l’inconnu. Excitant, mais également rageant finalement : impossible de goûter à tout ce que l’on voudrait en une soirée ! Le nombre de bières à la pression est volontairement limité à une demi-douzaine : cela permet de varier la sélection régulièrement, et
de garantir une certaine fraîcheur sur l’ensemble de la gamme. Il y en avait ce soir là pour tous les goûts, dans tous les registres, de la Pilsner douce, crémeuse et houblonnée à la Stout bien plus corsée. Un cidre du Pays d’Auge (ma région !), pas mauvais quoiqu’un petit poil doux à mon goût, mais meilleur qu’à peu près tout ce que l’on trouve dans la grande distribution en Île-de-France.
Une ou deux bières sont proposées en fûts, c’est également l’occasion d’en profiter, car il n’y a pas de bar en proposant à Paris à ma connaissance.
En bouteilles… une bonne centaine de références à vue de nez. L’Europe et plus particulièrement la Belgique sont à l’honneur, ce dernier pays faisant d’ailleurs l’objet d’une déclinaison sous l’angle Flandres/Wallonie (+ Lambic, également et fort justement isolés). Belle sélection anglaise et américaine, mais aussi des pays plus exotiques : Japon, Italy, Suède, et même Sri-Lanka ! Last but not least, l’ardoise des « raretés »… proposées à des tarifs plus élevés (~15-25$) et quasi-uniquement en bouteilles de 75cL. J’eu l’occasion de déguster une Alaskan Smoked Porter, dont le goût fumé
était moins puissant que la Rogue Smoke dégustée une semaine plus tôt à la Blind Tiger Ale House, et contrebalancé par un arôme chocolaté fantastique.

Le service, par ailleurs, est excellent. On a affaire à des connaisseurs. Du moins, le type m’ayant servi toute la soirée savait visiblement de quoi il parlait et a réussi à me surprendre agréablement. A l’opposé de l’image du « beer nerd » bourru et taciturne, le jeune homme met à l’aise, discute, et sort LA bière que l’on voulait sans vraiment le savoir (« let’s work this out together as a team, right? », très américain, mais là, ça n’est pas du vent, finalement). Possibilité de goûter gratuitement les pressions/cask avant de choisir. La verrerie est adaptée à l’optique « dégustation » : les verres type « verre à vin » utilisés permettent de mieux apprécier les arômes. Une bière offerte par la maison, ça fait aussi toujours plaisir… il faut dire que ma consommation dépassait sûrement allégrèment la moyenne de la clientèle + deux écart-types.

Ah oui et le cadre, l’ambiance, dans tout ça ? Ici aussi, on touche au génial. La clientèle est williamsburgienne : bobo, branchouille, d’un hétéroclisme homogène (pas sûr de vraiment me faire comprendre, là…). Je serais tenté de dire qu’en bon « Parisien » je me retrouve en terrain connu. Le juke-box diffuse une sélection de morceaux plutôt oldies, qui sied bien à l’établissement décoré façon fausse récup’ de brocante. On imagine toutefois que tout cela a été pensé ; ça a été suffisamment bien fait pour que ça ne choque pas. Au fond, une grande terrasse dans une cour intérieure attire du monde les soirs de beau temps. Enfin, cerise sur la gâteau, les proprio de l’établissement ont trouvé la formule magique permettant d’éviter les tags à l’intérieur des toilettes. De grands tableaux d’ardoise, quelques grosses craies, chacun peut laisser libre court à son expression, la bite dans une
main, la craie dans l’autre. Ou, en censeur autoproclamé, s’amuser à tout effacer le cul à l’air, aussi. Original ? Je ne sais pas. Astucieux ? Assurément !

Alors certes, sous ses faux airs de petit bar de quartier, on assiste au Spuyten Duyvil à une démonstration de cool savamment organisée, mais j’ai l’impression que ces mecs ont absolument tout compris. Un peu comme le gosse qui, à Disneyland, se fiche de savoir que dans le costume de Mickey, c’est Roger le poivrot ou Roberta le transsexuel, je considère ce bar comme mon parc d’attraction préféré, le genre qui pourrait me faire déménager sur place si j’habitais là bas. Et qui sait..?

En résumé, « faut-il y aller ? » : oui, bien évidemment. Allez-y, et au passage, profitez en pour découvrir New York s’il vous reste du temps, c’est une ville formidable !

Spuyten Duyvil
359 Metropolitan Avenue, Williamsburg
Brooklyn, NY, USA
718-963-4140
http://www.spuytenduyvilnyc.com

[miam026] Momofuku Ssäm Bar

Et non, je n’ai pas encore terminé mes chroniques new yorkaises… Gastronomie japonaise, pizza new yorkaises, bar à cocktails branché, il ne manque plus qu’un restau-concept-fusion super prisé pour avoir un premier panorama, certes loin d’être exhaustif – c’est ce qui fait le charme de NY – de ce que la ville peut offrir de plus ou de différent par rapport à notre référentiel parisiano-centré.

L’un des chefs les plus en vue là-bas, c’est David Chang, d’origine coréeenne, qui a ouvert récemment son troisième établissement dans Manhattan. Après Momofuku Noodle Bar, tourné vers une nourriture entre rustico-traditionnel et branchouillo-fusion. Ce dernier thème a ensuite été développé au Momofuku Ssäm Bar, puis parachevé au Momofuku Ko, lequel se rapproche le plus du restaurant au sens traditionnel du terme. On y serait bien allé, seul problème : il est plus facile de décrocher la super-cagnotte du Loto qu’une réservation au Ko.

A tel point que le NYMag s’est fait l’écho, sur son site internet et durant plusieurs jours, d’un débat passionné mettant en cause une de leur blogo-chroniqueuses vedettes, son invitation offerte par un jeune homme ayant publié une annonce sur Craigslist, le personnel de salle du Ko, David Chang  himself, et un indic’ mystère ayant eu vent de l’histoire alors qu’il était présent le soir du méfait présumé.
L’objet du crime : le fameux jeune homme aurait menti en affirmant avoir une réservation ce soir là, mais a fini par pouvoir dîner au restaurant, ce qui causa, entre autre, l’ire du chef. Qu’un tel sujet puisse passionner en dit long sur la mentalité new yorkaise. En tout cas, moi, j’adore !

En petit joueur, c’est donc au Ssäm que je me rends, tout en sachant que cet endroit reste très en vue et qu’il sera probablement difficile d’y accéder sans attendre longuement. Bien sûr, ce restaurant  (bar ?) ne prend pas de réservation. De plus, on arrive cette fois ci à 4. Coup de chance, il y a quatre places disponibles, ni une ni deux, on y va. L’intérieur : quelques tables, mais surtout un très long bar où l’on prend donc place.

La carte change selon les horaires : plus tournée vers le « à emporter » à midi, elle se fait plus complexe le soir pour finir sur des choses plus simples mais néanmoins roboratives la nuit. Nous y étions à
dîner, vers 19h30, c’est donc la carte la plus « complète » qui nous est proposée.
On commence à la consulter en découvrant un peu mieux l’espace qui nous entoure. On aperçoit, au fond de la salle, la cuisine ouverte, on y entend le brouhaha des convives parlant au-dessus de la  musique, dont la programmation semble quasi-aléatoire, et l’intérêt inexistant.
On revient à la carte. Elle peut laisser perplexe les moins aguerris ou les non avertis. En effet, plutôt que la classique déclinaison entrée/plat/dessert, le découpage se fait par type de produits ou
préparations : crudités, petits plats, jambons, ingrédients de saison, abats, poissons & crustacés, viandes, desserts. Les plats en eux-mêmes finissent de brouiller les pistes : tradition américaine, coréenne, fusion, préparations minimalistes, plats audacieux… il faut s’y lancer tête baissée et écouter son estomac plus que sa raison.
Problème : le concept semble ici de partager chacun des plats, comme cela se fait beaucoup dans certains pans de la gastronomie asiatique. Ici, nous avons plus commandé des plats dans une optique
traditionnelle « chacun son assiette », et à vrai dire, en tant que grand gourou du jour, tout le monde m’a copié dans mes choix.

On opte donc pour commencer par le plat signature de la maison, les « pork buns », servis par paire. Ils ressemblent plus à un coquillage d’un blanc laiteux qui tirerait la langue qu’aux brioches vapeurs
auxquelles nous sommes accoutumés. A l’intérieur, une belle tranche de poitrine de porc grasse et fondante à souhait, de la sauce hoi sin, quelques herbes et du concombre. Ca marche bien, ça se mange comme un petit en-cas, sauf qu’il s’agit là d’un missile calorique qui ne pardonne pas.
L’assiette d’asperge accompagnée d’un oeuf poché à côté de moi, quoique bien moins intéressante gustativement que celle dégustée chez Jean Georges quelques jours auparavant remplit son office, avec toujours cette impression de richesse, ou, disons le clairement, de gras.
La poitrine d’agneau servie ensuite continue dans le même registre : croustillante et fondante à la fois, le goût de la viande est prononcé et plus que satisfaisant. Abondance de biens ne nuit certes pas, mais tout de même, ça fait beaucoup : ces plats ne sont clairement pas faits pour être dégustés dans leur intégralité par une seule personne, mais bel et bien pour être partagés. Ce sont de parfaits exemples d’assiettes dans lesquelles on rêve de picorer à droite, à gauche en alternant saveurs et textures, le tout arrosé du sake maison (le sake c’est le nouveau vin… vous n’y connaissez rien ? vous êtes has-been ! Welcome to NY… encore une fois, j’adore !). Pour terminer sur une touche plus légère on commande le shortcake à la rhubarbe accompagnée de crème fouettée. Ouch. C’est peut-être encore « pire » que le reste. La rhubarbe a encore une fois ce côté très fruité, presque floral, même et très peu d’acidité, ce qui me perturbe toujours autant. Le shortcake l’accompagnant est excellent, de même que la crème fraîche fouettée, mais le tout revient probablement à ingurgiter une plaquette de beurre pour finir le repas. La brownie pie que l’on partagera n’est pas mauvaise du tout, mais encore une fois, pas pour ceux qui surveillent leur cholestérol.

Sans être extrêmement onéreux, tout ça n’est pas donné non plus : ce repas pour 4, avec une bouteille de saké, 200$ tout compris. On en sort dubitatif : rien de tout ça n’est objectivement mauvais, les
produits sont très bons, l’exécution soignée, il y a de l’idée, mais mais mais… Je persiste à penser que notre mode de dégustation des plats était très largement sous-optimal et nous a mené à saturation, partager 5 ou 6 assiettes nous aurait clairement permis d’y trouver plus d’intérêt, et surtout de ne pas souffrir de la même façon de l’avalanche lipidique imposée à notre système digestif. J’imagine
qu’il faut y aller l’esprit et le corps décomplexés, ce qui n’aura pu être notre cas ce jour là pour des raisons pratiques. A l’écriture de ces lignes, j’ai presque envie d’y retourner, car j’ai le sentiment
d’être passé à côté d’un restaurant qui à défaut d’être gastronomiquement sensationnel possède un potentiel d’amusement que je n’ai pas exploité.
Il fallait en tout cas en être, mission accomplie. Même si en 2008, ça fait très suiveur…

Momofuku Ssäm Bar
207 2nd ave. NYC 10003, NY
corner of 13th and 2nd
http://www.momofuku.com/ssam

[miam025] PDT (+ Crif Dogs)

St Marks’ Place & 1st Avenue, East Village à New York. La nuit est tombée depuis quelques heures. Petits immeubles en brique, faune un peu plus jeune et bigarrée que la moyenne des quartiers plus policés.
Quelques restaurants sans prétention, quelques bars, des boutiques vaguement alternatives rappelant le passé plus sulfureux du quartier. Au 113, le Crif Dogs. On descend une courte volée de marches. L’entrée
est exiguë, car l’espace à droite est occupé par de vieilles machines d’arcade : Centipede, Ms. Pacman…
La spécialité de la maison, c’est le hot dog à la saucisse frite dans l’huile. A quelque chose près, on pourrait se croire dans un kebab français, certes un peu plus propre que la moyenne.

Sur la gauche, une double porte en bois aux vitres fumées : il s’agit d’une cabine téléphonique. On rentre, on décroche le combiné et l’on presse sur un bouton. Quelques secondes d’une impatience nerveuse plus tard, une porte s’ouvre du côté opposé à celui par lequel on a pénétré dans la cabine. Une charmante hôtesse apparaît. Derrière elle, non pas une salle remplie de scientifiques en blouse blanche travaillant sur une arme bactériologique dernier cri, le côté James Bond s’arrête là… encore que !
Toutefois, ça n’est pas maintenant que nous pourrons pénétrer dans l’antre. Malgré une demande de mise sur liste d’attente une trentaine de minutes plus tôt, nous ne pouvons toujours pas rentrer. On décide de faire un tour du pâté de maison.

La seconde tentative est la bonne. Même protocole, même personne à l’accueil vérification des cartes d’identité (on fait si jeunes que ça ?), on pénètre dans la pièce. Murs en brique, animaux réels ou imaginaires (un lapin cornu, par exemple) empaillés, photo anciennes kitschouilles, lumière tamisée, ambiance feutrée malgré une musique assez forte, dont la sélection « pop » au sens très large du terme semble quasi-aléatoire. A ce dernier détail près, l’ambiance fait très club privé, on pourrait toujours se prendre pour un agent secret en goguette.

Bar ou table ? On opte pour la table. Moins d’interaction avec les barmen qui versent, mélangent, secouent coktail sur cocktail. C’est en effet ce qui fait la réputation de l’endroit tenu par un ancien du Pegu Club, référence du genre à New York.

On découvre rapidement la carte. Une sélection d’une vingtaine de cocktails de saison est proposée, de même que quelques vins au verre et une demi-douzaine de bières locales. Il est aussi possible de se
restaurer, grâce au partage de la cuisine avec le Crif Dogs. Chaque boisson est décrite sur quelques lignes pour préciser le choix des ingrédients ainsi que la philosophie ayant présidé à sa conception. Il est a priori tout à fait possible de commander n’importe quel cocktail des plus classiques aux plus improbables. Toutefois, n’ayant aucune connaissance en la matière, et souhaitant découvrir les créations maison, on restera sur les choix offerts par la carte.

Pour la première tournée, on se laisse tenter par le « Bee’s Sip » (Chamomile infused Barsol Quebranta Pisco, Masumi « OkudenKantsukuri » sake, Barenjager Honey Liqueur) et le « Benton’s Old Fashioned » (Bacon infused Four Roses Bourbon, Maple Syrup, Bitters). Et pour éponger, un John John Deragon (hot dog préparé version bagel avec du « cream cheese » et quelques épices) et le Wylie Dog (saucisse frite, tube de mayonnaise frite, mélasse de tomates, oignons séchés laitue), conçu par Willy Dufresnes, chef du WD-50, restaurant de cuisine inventive. Après un peu d’attente pour nos boissons, ce qui s’explique par la grande méticulosité apportée à la préparation des cocktails, la commande arrive.

Première impression : on s’est trompé pour mon verre… ça ne doit pas être le Benton’s Old Fashioned. Je demande confirmation à notre serveuse, qui confirme que si, c’est bien ça. Intrigué, j’y regoute avec plus d’attention, et effectivement, les saveurs du bacon utilisé pour infuser le bourbon et du sirop d’érable sont extrêmement subtiles. Les bitters sont en revanche bien présents. Même si ça ne ressemble pas à ce à quoi je m’attendais, c’est loin d’être désagréable, très équilibré, ça se boit facilement, et ça n’est pas écoeurant, ce qui me rebute assez souvent dans ce type de consommation. Le Bee’s Sip étonne également. On retrouve un peu plus aisément la composition (en ayant la carte sous les yeux, bien sûr !), mais là encore ça reste extrêmement buvable.
Les hot dogs ? Ils apportent un contrepoint rustique à la sophistication des boissons. Le John John Deragon est excellent, et ressemble effectivement beaucoup à un « bagel & cream cheese », mais avec plus de contrastes de textures, de température et de saveurs grâce à la présence de la saucisse et des épices. Le Wylie Dog est dans le fond plus classique. C’est ici surtout la forme qui change du hot-dog traditionnel, mais cela rend le sandwich plus difficile à manger sans mettre partout de la salade (elle déborde) et de la mayonnaise (une fois le tube croqué, elle a tendance à dégouliner). Il est du coup moins appréciable.

Malgré le coup de téléphone pour se mettre sur liste d’attente et la balade pour patienter un quart d’heure supplémentaire, il fallait s’estimer chanceux d’être là : le bar est tellement prisé que les réservations à faire à 15h pour le soir-même sont difficiles à obtenir, et la queue pour l’entrée au bar parfois très longue. Du coup, on commande une deuxième tournée.
Le Rhubarbarita (Partida Reposado Tequila, lemon, rhubarb puree, Grand Marnier, Veloce) est plus classique que le Bee’s Sip, mais j’ai décidément un problème avec la rhubarbe servie là bas. Le Mariner (Compass Box Oak Cross, pineapple juice, lemon, smoked cardamom syrup) est étonnament plaisant, et le whisky utilisé (de la gamme Compass Box, superbe série de blends, si si, on peut boire autre chose que du single malt !) apporte une finale légèrement fumée et longue en bouche.
En acompagnement solide : des frites ondulées avec du « fromage » (un genre de sauce épaisse brunâtre au goût indéterminé) et de petits piments. Génial, en tout cas ça remplit bien mieux son office que la « finger-food » de luxe que l’on pourrait imaginer être servie dans un bar à cocktails.

Pour terminer en douceur, une pinte de Brooklynator Doppelbock, une doppelbock produite localement (pour les amateurs, la brasserie de Brooklyn produit une Brooklyn Achouffe en collaboration avec la célèbre brasserie belge… je n’ai pas eu l’occasion de la goûter). Elle est excellente, ce qui aura été une constante avec les productions américaines testées durant le séjour.

On tient donc là un très bon bar qui peut faire office de « warm-up » avant de passer à des choses plus sérieuses, ou pour une soirée plus cool pour groupes peu nombreux. J’imagine que l’entrée dérobée peut produire son effet sur les personnes non averties, donc si vous voulez impressionner vos copains/copines lors d’un séjour à NYC et boire quelques boissons soigneusement mises au point et préparées, n’hésitez pas. Le gros point noir reste que l’on ne peut y débarquer et rentrer instantanément, sauf coup de chance. A vrai dire, si un endroit de ce type existait à Paris, j’irais probablement régulièrement.

Les cocktails de la carte coûtent 12$, les hot dogs 5$.

PDT
113 St Marks Pl,
New York, NY 10009
+1 212-614-0386
http://www.pdtnyc.com/

[miam024] Grimaldi’s

S’il est une chose qui fédère la fierté de l’immense majorité des new yorkais, ça n’est ni une équipe sportive, ni un patrimoine architectural ou que sais-je encore, mais bel et bien la « NYC style pizza ».
Certains en sont tellement fous qu’ils ont tenté de découvrir le secret qui faisait la spécificité de ce mets pourtant universel. Est-ce l’eau courante de la ville (quelques pizzerias du New Jersey vont jusqu’à l’importer !), les fours utilisés depuis des décennies, autre chose ? Les avis divergent. Autre source de débats : quelle est la meilleure pizza new yorkaise ? Si cela est bien évidemment sujet à controverse, quelques établissements reviennent régulièrement en tête dans les classements de chacun. Grimaldi’s, située à Brooklyn, sous le pont du même nom en fait partie, et se trouve bien placée en fin de parcours de Brooklyn
Heights : parfait pour y reprendre quelques forces avant d’entamer la traversée à pieds vers Manhattan.

Et niveau forces, il y a de quoi faire dans une pizza new yorkaise, car même si la pâte y est fine (quoique bien levée si possible) et la garniture standard chiche (de la tomate, de la mozzarella, quelques feuiles de basilic), la taille « small » correspond à un disque de 16″ de diamètre qui se déguste donc idéalement à deux, éventuellement à trois pour les petits appétits.

A l’inverse de bon nombres de restaurants américains, on retrouve un agencement de bistrot, les tables et chaises entassées pour optimiser la capacité d’occupation de la salle. Pas de réservation possible, on fait la queue. L’attente fut très courte pour nous, mais la file peut s’allonger à l’occasion. A l’intérieur, ambiance plutôt familiale, le patron organisant l’entrée et la sortie des clients avec amabilité. Au fond, les pizzaiolo enchaînent la préparation des « pies » qu’ils enfournent dans le four en brique chauffé au charbon, équipement étant censé être le nec-plus-ultra pour obtenir une pizza parfaite.

Comme dans toutes les pizzerias de la ville, la commande est simple : on choisit une taille et d’éventuels compléments de garniture… on peut accompagner le tout de boisson, on se contentera d’un soda et d’une San Pellegrino. Il est possible de commander pour emporter, mais comme le précise un panneau sur la devanture : « no slices ». Comprendre que vous devez commander des pizzas entières. C’est aussi une garantie
de fraîcheur.

Le four a une capacité limité, la main d’oeuvre travaille aussi vite qu’elle peut et la salle est pleine à craquer alors qu’il n’est que 18h30, donc il faut patienter un bon quart d’heure avant de voir débarquer sur sa table la roue de carrosse fumante et odorante. C’est encore meilleur quand c’est brûlant, donc ni une ni deux, on se rue sur les parts prédécoupées, et effectivement, c’est excellent. La croûte n’est ni trop sèche ni détrempée par la garniture, ça n’est gras comme c’est parfois le cas ailleurs, les ingrédients utilisés sont plutôt bons. On aurait aimé une mozzarella de meilleure qualité, peut-être.

De là, le repas est vite envoyé : 3 parts et quelques minutes plus tard, on peut déjà rejoindre la sortie, délesté d’une trentaine de dollars (on peut toutefois s’en tirer pour 16$ + taxes et pourboires à deux, en ne prenant ni suppléments de garniture ni boisson), mais l’estomac suffisamment rempli pour rentrer jusqu’à l’hôtel.

S’agit-il du summum de la pizza à NY ? Elle était très bonne, certes, mais à part Abitino’s (une petite chaîne locale, correcte mais un ton en dessous de Grimaldi’s), je n’ai pas eu l’occasion d’en tester d’autres, comme Luzzo’s ou Una Pizza Napoletana : il aurait fallu faire au moins trois repas par jour pour prétendre avoir un bon horizon du sujet. En revanche, je peux comparer à ce que je connais en France (en attendant un éventuel pélerinage à Naples ?), et je dois dire que quelque part, mes favorites restent certaines des pizza que je mangeais à Caen (Buona Tavola pour le style classique italien, et le traiteur de la rue du Vaugueux pour quelque chose de très original, mais néanmoins excellent).

Grimaldi’s
19 Old Fulton St
Brooklyn, NY 11201, United States
Itinéraires
+1 718-858-4300
http://www.grimaldis.com/

[miam023] Sushi Yasuda

Le dîner chez Yasuda était l’un des repas dont j’attendais le plus lors de notre petit périple à New York. Ce chef japonais est à la tête d’un des restaurants de poisson crus des plus réputés là-bas. Ca n’est pas peu dire, car les gourmets internationaux s’accordent pour placer la ville comme deuxième ou troisième destination de choix pour goûter à une cuisine japonaise de qualité, derrière le Japon bien évidemment.

Pourtant, avec les moyens de transports modernes, les marchandises peuvent circuler vite, on pourrait donc s’attendre à une uniformisation du niveau général en la matière, du moins dans les grandes capitales. En tant qu’amateurs et ayant pu aborder un échantillon aussi bien du plus médiocre que du meilleur de ce qui se fait à Paris, tenter l’expérience d’un grand « sushi bar » new yorkais s’imposait.

La réservation est impérative, et deux semaines avant, il n’y avait déjà plus de place pour être placé devant le chef de la maison. Cependant, nous sommes tout de même au bar, le meilleur endroit pour profiter pleinement de l’expérience. Le restaurant est sobrement décoré, le bar est en bois clair, et les poissons sont rangés dans des réfrigérateurs situés sous celui-ci, et non pas derrière une vitrine frigorifiée comme c’est souvent le cas. Cinq chefs officient, chacun s’occupant de 2 à 4 personnes et préparant chacun quelques commandes pour les tables de la salle, sauf Yasuda lui-même qui semblait servir six personnes simultanément au bar.

Un large choix d’entrées et de boisson est proposée, nous choisissons cependant de nous concentrer sur les sushis, dont la carte nous est fournie sous forme d’une petite liste de poisson photocopiée. Ce « menu » est classé par type de poisson : thon, saumon, coquillages, « yellowtail » (« sériole » apparemment en Français, mais ça recouvre apparemment des choses assez différentes), etc. Au moins cinq variétés sont proposées pour chacun d’eux. Le choix est d’autant plus ardu, que certaines variétés ne sont présentées que sous forme de caractères japonais. Et à moins d’être un vrai connaisseur (que je ne suis pas !), difficile de connaître a priori la spécificité d’un même poisson pêché dans des mers de deux pays distincts. C’est aussi l’intérêt du restaurant : pouvoir se livrer à une dégustation verticale d’un même poisson, c’est rare.

Pour simplifier le choix, de petites marques indiquent sur la carte les poissons conseillés par le chef chaque jour, probablement en fonction des arrivages, de leur fraîcheur et des saisons.

Malgré tout cela, comme on aimerait à la fois tout commander, mais que manger une cinquantaine de sushis ne semble physiquement (et financièrement !) pas envisageable, on demande simplement à notre chef attitré de nous préparer quelques pièces représentatives. Il s’attèle à la découpe et à l’assemblage, ce qui nous laisse le temps de l’observer, de même que Yasuda lui-même, juste à notre droite. Ses mouvements sont impressionnants de précision et de rapidité. Après avoir découpé quelques lamelles de poisson, et tout en
discutant avec les personnes attablées, un oeil sur la salle, il assemble à une vitesse déconcertante quelques magnifiques petits sushis de ses mains abimées par l’ouvrage.

Yasuda à l'oeuvreYasuda - le bar

Quelques secondes plus tard, notre chef dépose deux nigiri-sushi en nous indiquant les poissons utilisés. C’est du « prêt à déguster ». J’entends par là qu’il n’est pas nécessaire d’ajouter de shoyu ni de wasabi, ils sont déjà présents dans ce qui est livré. Et, à mon goût du moins, le dosage est très juste. On attrappe avec précaution les délicates composition. Elles sont d’une taille inférieure à ce que l’on rencontre souvent par ailleurs. De plus, si le tout se tient très bien et ne se détériore pas lors du parcours jusqu’à notre bouche, on
devine le tout instable. La boulette de riz prête à se disloquer et se mêler harmonieusement avec le poisson cru. Et c’est le cas. La qualité, la temparature et l’assaisonnement du riz sont incroyables, le poisson fantastique. Au fil des bouchées, impossible de ne pas afficher un sourire béat de contentement. On redécouvre ici complètement la notion de sushi, même Isami ne délivre pas quelque chose d’un tant soit peu comparable. C’est une autre catégorie, plus que de la cuisine ou de l’art, c’est de la magie.

Toro Maki

Au total, nous avons tout de même dégusté chacun une quinzaine de sushis différents ainsi que deux makis. Tout est parfait : le toro plus éthéré que fondant, l’oursin crémeux, l’anguille, souvent cinquième roue du carrosse par ailleurs est ici juste grillée comme il faut, à la commande. On pourrait, on voudrait, même, prolonger le repas, mais il faut croire que la perfection appelle la raison. La note, taxes et généreux pourboire (y compris selon l’étalon américain) inclus : 200$, pour deux. Pour un repas somme toute léger, ça n’est pas donné, bien sûr, quoique le taux de change rend la chose comparativement peu chère par rapport à ce que l’on peut trouver à Paris. Cependant vous avez un chef pour vous, et surtout c’est tout simplement l’un des meilleurs repas que j’ai fait, tous types de cuisine confondus.
A quelques blocks de là, Masa fait paraît-il encore mieux en matière de poisson cru, mais il faut y débourser 500 à 600$ / personne, ça laisse rêveur et permet de relativiser !

Si vous avez la chance de passer par NYC, foncez, en n’oubliant pas de réserver (et confirmer la veille !). Dans l’échelle du guide Michelin, la notation « 3 étoiles » est censée distinguer les établissements méritant à eux seuls le voyage : pour moi, Yasuda en fait partie.

Sushi Yasuda
204 E, 43rd St
New York City, NY, 10017
+1 212.972.1001
http://www.sushiyasuda.com