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[miam020] Takara

Une envie de sukiyaki, de tempuras, la nécessité de se retrouver dans un cadre qui ne fasse pas trop « cantine » (business is business)…
Dans ce cas, on se tourne vers une valeur sûre : Takara est, paraît-il, le plus ancien restaurant japonais de Paris, et permet de se régaler de nombreuses spécialités japonaises traditionnelles, loin des « sushis/brochettes » lancés à chaque coins de rue par des restaurateurs n’ayant jamais mis un pied au Japon ni la main sur un couteau.
Il se situe, comme beaucoup d’établissements de ce type, dans le quartier japonais, entre les Tuileries et l’Opéra.

A notre arrivée, on a tout le temps d’étudier le décor, qui ne le distingue guère d’un autre restaurant japonais, car le personnel de salle est absent, ou occupé, et nous restons donc à attendre quelques longs instants dans l’entrée, les bras ballants. Rien de très grave pour autant.

On s’installe, on commence à consulter la carte, très longue, très variée. Je suis toujours un peu mal à l’aise avec une telle débauche de plats dans tous les sens, mais à y regarder de plus près, deux pages du menus sont, par exemple, entièrement dédiées aux poissons crus.
Pour ceux qui ne savent trancher lorsqu’ils sont soumis à des choix cornéliens, trois menus sont proposés.
Dans l’intervalle de temps, les deux personnes nous ayant rejoints ont été obligées de réclamer le menu.

Les tempuras : très agréables, légers, variés. Les crevettes sont d’une dimension impressionnantes. La bière Asahi est toujours aussi infâme.
Le sukiyaki, c’est rigolo et c’est bon, mais quand on est installés à quatre sur une table format bistrot et que les deux autres personnes choisissent un autre plat, ça laisse peu de place, à moins de se tasser et de jouer au puzzle avec les assiettes. Ca a son charme.

La serveuse lance le réchaud et prépare le tout : oignons, champignons, tofu, et une assiette de viande de boeuf découpée très finement. Le tout réchauffant dans ce bouillon sucré si particulier… après quelques minutes, les ingrédients commencent à caraméliser, et là, c’est délicieux !
Avec une soupe miso et un excellent riz, on ne finira pas l’ensemble des légumes proposés. On nous prévient alors que les dernières commandes de préparations culinaires doivent se faire maintenant, mais que l’on a encore un peu de temps pour les desserts et boissons. Après quelques menues discussions, on demande la carte pour les desserts, ce à quoi on nous répond qu’il n’y en a plus pour ce soir. Etrange…

Qu’en dire ? Le service, qui peut se faire charmant et discret, est surtout invisible, et difficile à obtenir. A leur décharge, c’était un samedi soir, donc le restaurant était bondé, mais tout de même. La nourriture ? Très bien (le sukiyaki ne nécessite pas non plus la main de maître d’un grand chef), mais c’est cher. 320EUR à quatre pour deux pintes de bière, quelques thés, quatre soupes miso, un sukiyaki pour deux, deux assortiments de sushis et deux cafés… c’est difficile à justifier. J’imagine sans peine que quelques restaurants voisins proposent le même type de plats à un tarif bien plus abordable. On en ressort tout de même contents, avec le sentiment de la mission accomplie, quoiqu’un peu tardivement.

Est-ce que je vous recommande Takara ? Si vraiment vous voulez y aller, pourquoi pas, vous ne serez probablement pas déçus. Mais je recommanderais plutôt d’être plus aventureux et d’aller visiter les restaurants des rues voisines pour y dénicher de meilleurs rapports qualité-prix.

Takara
14, rue Molière
75001 Paris
M°Pyramides (L7, L14) ou Palais Royal (L1, L7)
01 42 96 08 38

[miam010] Pâtisserie Stohrer

Cette gentille petite pâtisserie est située dans le quartier ô combien apprécié des gourmets et autres cuistots du dimanche de Montorgueil, et existe depuis 1730. Nicolas Stohrer inventa même, paraît-il, le Baba au Rhum.
Très jolie devanture, intérieur à l’avenant, c’est d’époque et c’est classé monument historique. Si vous avez des amerloques à emmener en balade, c’est parfait.
Le service est très agréable sans pour autant être rigide, ce qui n’est pas le cas partout à Paris. Ici, les goûts existent, ils arrivent avec leurs gros bras et se la jouent franc du collier. On n’est pas dans le registre de la finesse à outrance d’un Hermé, mais plus dans le registre « pâtisserie d’il y a deux siècles », souvent plus l’apanage de boutiques de provinces que de
la capitale.

Mille-feuilles : frais, généreux, bon feuilletage, crème légèrement allégée et arômatisée, parfait pour nos (grands-)parents.

Tarte aux pommes Chiboust : classique, pommes revenues au calva, belle Chiboust ne tirant ni trop sur le blanc d’oeuf ni sur la lourdeur de la crème, fond de pâte un poil détrempé, elle était peut-être meilleure le matin.

Ali-baba : baba au rhum garni de crème pâtissière et de raisins secs. Un vrai Baba avec du vrai Rhum et une vraie bonne crème. Classique, parfait pour cette saison de froid.

Pas goûté quoi que ça soit à base de fraise des bois, autre spécialité de la maison selon le monsieur qui m’a accueilli… c’est pas tellement la saison, mais on pourra discuter de la bûche Diva le 25.

Les prix restent légèrement inférieurs à la moyenne des pâtisseries les plus en vue, compter 3 EUR à 3,80 EUR pour un petit gâteau. Si vous êtes dans le coin pour – au hasard – acheter votre matériel de cuisine ou vos ingrédients introuvables chez G. Detou, n’hésitez pas !

Stohrer
51, rue Montorgueil, IIe
01.42.33.38.20.

[miam009] Le Versance

Après deux semaines de vacances passées à ingurgiter les mêmes plats au déjeuner et au dîner, et après avoir dévoré le dernier livre deMillau, j’attendais avec impatience de pouvoir aller dîner dans un restaurant bien de chez nous.
L’ouvrage sus-cité m’avait donné une énorme envie de lièvre à la royale. Malheureusement rares semblent les restaurants parisiens à inscrire ce plat à la carte régulièrement, même lors de la saison du gibier.
Finalement, ça sera le Versance, restaurant situé à deux pas du Truskel (beurk beurk), rue Feydau dans le IIe.

L’apéritif se prend dans un petit salon attenant à la salle du rez-de-chaussée. Tables basses, fauteuils confortables, décoration apaisante faite de blanc et de gris, ambiance feutrée, c’est l’idéal pour se remettre d’avoir entendu une partie de la balance de Cotton Field Blues Band, groupe à qui l’on souhaite déjà une très courte carrière.

Deux verres de Moutardier, des flûtes de pâte feuilletée et une petite mise en bouche à base de saumon et de crème au raifort, on passe à table. Pour des raisons de commodité, on restera au rez-de-chaussée, je ne saurais donc dire comment est la salle de l’étage.

On choisit les entrées et plats recommandés par le chef pour ce jour. Tout d’abord, le « foie gras à la plancha et son crumble, artichaut et son émulsion à l’huile de truffe ». Ouf. Les portions de foie gras sont généreuse, et celui-ci est de qualité. La cuisson est bonne, et le fin crumble apporte un contraste de texture et de goût intéressant. Les artichauts braisés restent discrets et supportent élégamment la viande. La truffe de l’huile de truffe, elle, reste en revanche lointaine…

En plat, une « cuisse de lapin confite au piment d’espelette et citronelle, polenta à l’huile de cèpe et ses herbes ». Plat de belle
composition, il y a du volume, des couleurs, de la légèreté et de la rigidité. On n’est pas non plus chez Gagnaire non plus, mais c’est toujours agréable d’avoir une belle assiette. La cuisse de lapin est très fondante et bien cuite, on retrouve bien
la viande mais le goût du lapin cède cependant un peu devant la citronnelle, ce qui en peut dérouter certains. La polenta aux herbes se révèle une bonne surprise et fait figure de parfait accompagnement, l’accord se fait bien avec le Chassagnes-Montrachet. Ca n’est pas un plat « classique », du fait des épices et herbes employées, mais le chef insiste sur le fait qu’il ne fait pas non plus de cuisine « fusion ».

Très longue attente avant d’être débarassés de nos assiettes, puis nouveau flottement avant de recevoir la carte pour les desserts. J’ai encore faim et l’on hésite entre trois d’entre eux, on décide donc de se les partager à deux (j’ai vu F. Simon faire ça, donc on doit pouvoir se le permettre !).
Crémeux café, coeur au Baileys et sauce chocolat fort : crémeux bon mais un peu passe-partout, chocolat très épicé, effectivement tout en puissance, enivrant. Le chef emploie de nombreuses épices pour le préparer : cannelle, clous de girofle, poivre de Sichouan, poivre et gingembre… et pour autant aucune ne domine les autres, bravo. Duo poires et chocolat, tuile carambar et son yaourt glacé : yaourt glacé et tuile carambar comme on les attend, mais néanmoins très bons. Les petites poires revenues sur le fin gâteau craquant/moelleux au chocolat font merveille. Le verre de Maury servi en accompagnement est également bien choisi.
Délices bananes et pain d’épices, ananas frais, croustillant et coulis aux fruits de la passion : complètement à l’opposé des desserts précédents. Ici, les goûts explosent dans tous les sens, c’est frais, acide, sucré, juteux… l’ananas est effectivement très bon, le duo bananes/pain d’épices est effectivement agréable et les petits cubes  d’ananas ainsi que le coulis fruits de la passion permettent d’apporter la touche d’acidité nécessaire à l’équilibre de l’ensemble.

La carte des cafés, thés et digestifs est intéressante et les prix, comme pour les vins, restent très corrects.

Moins de 180EUR pour deux en y allant à fond, de l’apéritif au digestif, avec trois desserts, pour la qualité de la cuisine, le cadre et le service très attentionné (quand il ne vous oublie pas…) c’est franchement très bien. Ca n’est pas pour tous les jours non plus.

Le Versance
16 rue Feydeau
75002 Paris
01 45 08 00 08
http://www.leversance.fr