[miam050] L’Arpège

July 10th, 2009

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Ah, ce dîner à l’Arpège, je l’ai attendu. Plusieurs fois, j’ai hésité à me lancer, pour reculer au dernier moment. Cette fois ci, sans savoir pourquoi, je m’étais décidé pour de bon. Réesrvation quelques semaines à l’avance, pour ne pas prendre de risque, mais également pour profiter de cette douce impatience à l’approche d’un évémenent attendu. Je craignais évidemment d’être déçu, car les avis concernant l’établissement divergent : l’un des tous meilleurs restaurants au monde pour certains, une cuisine quelconque à des tarifs exhorbitants selon d’autres…
Une longue journée de travail m’a empêché de me faire trop de noeuds au cerveau, j’arrivais donc dans des dispositions idéales pour passer un excellent moment.

Assiette de présentation

Nous arrivons tôt, et sommes donc parmi les premiers attablés dans la salle principale au décor d’un goût discutable. Il ne fut d’ailleurs pas évident de s’installer tant les tables sont resserrées, beaucoup plus que dans tout autre restau de cette gamme que j’ai eu la chance de fréquenter. Non loin de nous, une grande tablée de touristes américains, évidemment bruyants, mais sans plus. Je me demande s’ils ne sont pas recrutés par les restaurateurs tant cela semble faire partie du décor ! Qu’importe.

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[miam049] Cul de Poule

May 17th, 2009

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Généralement, je parle plutôt ici de ce que j’ai vraiment bien aimé. Deux raisons à cela, au moins. D’une part, je suis paresseux, et même si je n’y mets pas énormément d’application, écrire ces quelques billets, ajouter deux trois photos, ça prend du temps. D’autre part, quand l’on n’a pas particulièrement aimé, ça peut être par inexpérience de la chose, ou simplement parce que l’endroit ou la nourriture ne correspondent pas à la sensibilité, aux goûts, aux envies du moment. Et tout ceci même lorsque la réalisation est impeccable et les produits employés exemplaires.

Le Cul de Poule a ouvert ses portes au début de l’automne dernier, dans la rue des Martyrs, bien fournie en commerces de bouche de qualité. Les critiques étaient plutôt positives, parlant d’une cuisine simple mais agréable, à des prix sachant rester doux. J’étais précisément dans le quartier, et devais trouver un endroit pas trop onéreux pour dîner, la réservation était donc prise. Je commence par la conclusion : je n’ai pas été transporté d’admiration ni par l’endroit ni par ce qui m’a été servi. Et pourtant, le restaurant peut mériter quelques mots.
Chèvre frais et courgette
Première mise en garde d’importance : c’est l’endroit bobo par excellence. J’ai une certaine marge de tolérance à cet égard, mais là, c’est un peu trop pour moi… La déco s’en tire plutôt bien, dans le genre. La grosse trancheuse à charcuteries a du cachet, par exemple. Toutefois, les tables en formica, les chaises de récup tout droit sorties d’une école primaire, la carte consistant en une photocopie d’un menu calligraphié sur du papier millimétré, ça commence à faire trop. La lecture du menu fait perler quelques gouttes de sueur froide, non pas à cause de prix exorbitants, au contraire, mais plutôt du fait d’un “name-dropping” des producteurs “stars” à toutes les lignes. Arg.

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[miam048] Ledoyen

April 18th, 2009

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Le restaurant Ledoyen n’est pas de ceux qui défrayent régulièrement la chronique. Il faut dire que son chef, le Breton Christian Le Squer y est installé depuis déjà une dizaine d’années, et avait décroché le troisième macaron Michelin en 2002. On en était donc resté là. Le Squer a certes depuis ouvert “ETC…”, son bistrot haut de gamme. Pendant ce temps, son navire amiral continuait d’être considéré comme une grande institution voguant tranquillement dans les hautes eaux de la grande gastronomie parisienne.
Puis, récemment, sans raison apparente, de nombreux fins gourmets se sont rendus chez Ledoyen, et en sont revenus avec un discours enthousiaste. L’établissement est donc non seulement toujours vivant, mais apparemment en grande forme. La carte servie actuellement m’intéressait, j’avais envie de faire une “petite” folie… ni une ni deux, la réservation était prise.

Je ne sais pas s’il s’agissait de l’effet Vendredi Saint, pré-week-end et vacances de Pâques, le contexte économique actuel ou la sous-médiatisation du restaurant, mais j’ai pu obtenir une table pour dîner trois jours à l’avance seulement. Surprenant. D’ailleurs, toutes les tables de la salle principale ne furent pas occupées ce soir là.

Salle Le pavillon Ledoyen, dans lequel se trouve le restaurant ainsi que quelques salons privés, est discrètement situé à le long de l’avenue des Champs Elysées et entouré d’un petit jardin. Le directeur de salle, Patrick Simiand, nous accueille dès le pas de la porte franchi, pour nous accompagner à la salle principale de l’étage. Le décor y est très classique, et n’a pas bougé depuis l’ouverture du restaurant peu après la Révolution Française. En sus des plafonniers, il est éclairé par quelques lampes individuelles et bougies. La vue sur le jardin et l’avenue ajoute au côté romantique, de nuit. Car à y regarder de plus près, il est vrai que l’endroit gagnerait à être rafraîchi. Moquette vieillissante, peintures légèrement craquelées dans quelques coins… Ne vous y méprenez toutefois pas : l’impression générale reste excellente, il s’agit ici de pinaillage. Rien de grave, donc, mais de plein jour, l’impression serait peut-être légèrement moins favorable.

Grosses langoustines bretonnes Alors que nous étudions la carte, quelques petits amuses-bouche nous sont apportés avec l’apéritif : macaron “terre et rivière” (anguille et betterave), truffe en persillade, samoussa à la volaille et une petite bouchée de mozzarella/basilic. L’on peut déjà reconnaître ici la patte de Le Squer. Ces petites bouchées apéritives sont en effet préparées avec le plus grand sérieux, en faisant un usage raisonné de techniques “moléculaires” (la petite bille de mozzarella qui explose en bouche pour s’épandre sous une forme liquide, par exemple). Leur aspect engageant est également couplé à des goûts clairs et nets sans être détonnants : ici, on cherche visiblement plutôt à susciter des “hmmm” de contentement que des “wow” d’étonnement.

Une pré-entrée un peu plus conséquente nous est ensuite servie. Quelques dés de saumon cru sur une crème de poireaux parsemée de quelques oeufs de saumon. La texture de la crème est assez inattendue, plutôt ferme. Pourtant, en bouche, ça n’est pas gélatineux ni gras, elle fond naturellement sous le palais et révèle parfaitement le goût du légume. Les dés de saumon sont tendres et goûtus. L’accord entre les deux produits est très classique et parfaitement réalisé, avec une présentation qui ne cherche pas à en mettre plein la vue tandis que la préparation sublime les matériaux de base sans les dénaturer. Jambon blanc/morilles/truffe/spaghettis

En entrée, “Grosses Langoustines de Bretagne”, servies en deux préparations. L’une est légèrement cuite à la plancha, tandis que l’autre est frite. Dessus, les serveurs dressent une mayonnaise à l’huile d’olive et au citron. Force est de constater que l’intitulé de la carte ne ment pas. Ces langoustines sont d’un très gros calibre : pour une entrée, la portion est généreuse.
Les deux préparations sont excellentes, et là encore, le chef ne cherche pas à se mettre en avant : les produits sont bons et très bien préparés, probablement les meilleures langoustines que j’ai eu l’occasion de goûter jusqu’alors.
L’émulsion à l’huile d’olive fond lentement sur l’effet de la douce chaleur dégagée par les crustacés. Contrairement à ce que je craignais au moment de son dressage, sa saveur reste très légère, et vient réhausser légèrement le goût de la chair des langoustines sans toutefois le masquer. Au final, on comprend facilement pourquoi cette entrée fait partie des “grands classiques” de la maison.

Toast d'anguille brûlé, réduction de jus de raisin Premier plat : jambon blanc/truffes/morilles/spaghettis. L’intitulé ne paye pas de mine, et rend encore plus impressionnante la découverte de l’assiette. Les spaghettis sont en effet taillés au millimètre près puis alignés pour former un parallélépipède sur le dessus duquel reposent quelques morilles et dés de jambon blanc. La somme de travail qu’il y a derrière cet assemblage est probablement énorme ! A côté est versée une crème à la truffe et au parmesan, que l’on retrouve à l’intérieur en compagnie d’autres morceaux de jambon et champignons.
Sur le papier, c’est très simple, on n’est pas loin du concept de “comfort food”, mais la construction du “château” de spaghettis, les goûts fantastiques et parfaitement équilibrés en font un excellent plat digne d’un établissement comme Ledoyen. Le plat était accompagné d’un très bon verre de chassagne-montrachet 2001 d’Henri Boillot.

Fromages Second plat, que nous avons partagé : “Toast brûlé d’anguille, réduction de jus de raisin”. Sur le toast légèrement grillé et coloré mais toujours moelleux, repose l’anguille, recouverte de la sauce au vin. A côté, un petit cube de pomme de terre, creusé d’une demi-sphère remplie de crème. Le tout présente une belle fermeté, de la substance. De même, et peut-être pour la première fois de ce repas, les goûts sont très marqués, plus affirmés que sur les autres mets. Les saveurs sont aussi un peu plus rustiques, et à ce titre l’accord avec le cornas “Empreintes” 2004 du domaine Durand s’est révélé excellent. Une fois de plus, un plat excellent, qui ne cherche pas à en faire plus que ce qu’on lui demande, et qui se révèle magistral. Toutefois, à ce niveau du repas, la faim étant déjà assouvie, les papilles déjà contentées, c’est presque trop !

On hésite donc quelques instants pour le fromage. La vue de la sélection issue du célèbre affineur Bernard Antony efface rapidement toute trace de doute. Le sommelier nous propose quelques accords au verre : pour chaque fromage choisi, un verre de vin est proposé. Une fois le tout servi, la table jonchée d’une douzaine de verres, est assez impressionnante, un peu comme si s’y était déroulée une dégustation verticale. Je n’ai pas pris de note, et je dois dire qu’à ce stade du repas, la fatigue et l’alcool avaient déjà fait leur oeuvre : je ne me souviens donc pas du détail des vins proposés. L’ordre de la dégustation dépend des vins plus que de la puissance des fromages choisis. L’accord classique d’une Ste-Maure affinée comme je l’aime (entre deux) et un vin blanc de la Loire n’appelle pas de commentaire particulier. Celui du brie de Meaux avec un blanc de blanc de Ruinart sort déjà un peu plus des clous, et s’avère particulièrement intéressant. Le champagne permet de bien contrer l’acidité du brie sans pour autant s’écraser sous la puissance du fromage. Le reblochon m’a moins enthousiasmé. Probablement car il arrivait après le brie, d’une part, et semblait alors bien terne en bouche. Mais je dois avouer ne pas avoir tout à fait saisi l’association avec un pineau des Charentes. Enfin, le fameux Comté… je suis un grand amateur de ce fromage et ne loupe jamais l’occasion d’y goûter lorsque je me rends dans une fromagerie que je ne connais pas. Je ne sais pas si Le Squer bénéficie du meilleur de ce que produit Antony, mais celui servi à Ledoyen est un modèle du genre. Arrosé d’un très bon vin jaune, c’est évidemment divin.

Pré-desserts Nouvelle hésitation à la commande des desserts, rapidement résolue avec le conseil de notre serveur : nous partageons le “Grand Dessert Ledoyen”, à savoir des portions étudiées des cinq desserts.
En attendant, nous dégustons quelques pré-desserts succulents : une meringue peu cuite renfermant du citron vert confit, une meringue très légère (qui se désintègre immédiatement en bouche) au café, un petit macaron et une fraise confite.

Le premier dessert, une glace à la levure sur un lit à la coco et au chocolat blanc fait parfaitement la transition du salé vers le sucré : ses goûts sont relativement neutres et cela reste frais. J’en aurais presque mangé un peu plus, c’est bon signe. Le suivant, une composition à base de pamplemousse, fait partie des “spécialités” du chef. Cet assemblage de sorbet, quartiers de pamplemousse, fruit confit et sucre est effectivement très satisfaisant et convoie tout ce qui fait l’attrait du fruit, avec un bon dosage entre ses composantes amères, sucrées et acides. Pourtant, je dois avouer ne pas avoir été complètement transporté. On continue avec la fraise des bois d’Andalousie : une boule de meringue renfermant les fruits et une gelée à la rose et au citron vert. Rien à redire, et c’est peut-être le problème : pour aussi bon qu’il soit, ce dessert ne laisse pas d’impression impérissable. Autant je me remémore assez facilement le goût des autres, autant ma mémoire de celui-ci est plus floue. Levure glacée, râpé de chocolat blanc et d’amande Le riesling Noble Late Harvest 2005 du domaine Villiera y est peut-être pour quelque chose. Puis mon dessert préféré, le glacé de caramel fumé, pistils de chocolat. Parfaitement équilibré, pas de prédominance du fumé, caramel bien présent, de la fraîcheur… peut-être moins sophistiqué que le pamplemousse, mais tellement plus satisfaisant à mon goût ! On aurait pu voire dû s’arrêter là. Le dernier dessert : finger de chocolat, pralin citronné. Textures intéressantes, des goûts dans tous les sens, j’aurais pu l’adorer en tant qu’unique dessert, mais après toute cette farandole de douceurs, c’était compliqué. Toutefois, ce dessert permet, peut-être plus que le précédent d’apprécier le dernier verre de vin de la soirée : un strohwein de cabernet-sauvignon 2006.

Evidemment, on n’échappe pas aux mignardises avec le café. Quelques excellents caramels à la texture ferme mais fondante (que l’on a retrouvée sur d’autres plats ce soir là), et un “kouign-amann” allégé. Cela ressemble plus à une brioche qu’à un vrai kouign-amann suant de beurre, mais même sous cette forme qui parvient tout de même à conserver le croustillant, le beurré et le sucré de la recette originale, impossible de terminer.

Glacé de caramel fumé, pistils de chocolat Ce qui aura le plus transparu des mets dégustés lors de ce repas, c’est cette constante délicatesse dans les saveurs. Le Squer ne semble pas chercher à se mettre en avant, et ne triche pas en délivrant préparations très justes de produits excellents. Le service exhibe les mêmes caractéristiques : discret, mais agréable, jamais intrusifs, mais l’amabilité et le sourire bien calibré. Certes, le début du repas fut plus rigide, l’ordre des plats vu avec le sommelier n’avait pas été communiqué correctement aux cuisines, nous obligeant à renvoyer un plat (et de souffler un peu au passage !). Ceci s’est fait sans discussion et avec professionnalisme, c’est le moins que le puisse attendre dans ce type d’établissement. Autre léger faux-pas : en exprimant une certaine perplexité devant l’accord du reblochon avec le pineau, et alors que j’attendais plus des explications plus poussées sur leur choix, notre sommelier s’est vite placé sur la défensive. En revanche, rien à dire de la personne qui s’est occupée de nous sur la majorité du repas : un jeune homme apparemment passionné de gastronomie, très souriant, parfaitement dans le ton du restaurant.
En résumé, Ledoyen n’est peut-être pas le restaurant le plus “fun”, mais il me paraît parfait pour les gourmands plus intéressés par le contenu de leur assiette que de ce qui se passe autour ou pour un dîner romantique (demander une table près des fenêtres dans ce cas).

Ce qui fait plus mal, c’est l’addition : un petit peu plus de 800 EUR pour deux. Toutefois, la moitié de ce prix est passé en verres de vins : à deux, nous en avons consommé une quinzaine, plus deux verres de champagne en apéritif. Prendre une bouteille ou deux aurait été plus économique, mais les accords n’auraient pas été aussi simples non plus. De plus, les verres sont généreusement remplis lorsqu’ils sont terminés, donc on n’a pas l’impression de se faire spolier. Ne pas oublier non plus que nous avons dégusté entrée, plat, demi-plat, fromage et desserts. Et contrairement au reproche que l’on entend parfois à propos des restaurants haut de gamme, les portions sont ici conséquentes. Je pense pourtant avoir un bon appétit, mais là, sur la fin, c’était objectivement trop. Bref, il est tout à fait possible de déguster un repas complet, et déjà gargantuesque et varié (grâce à la possibilité de partager les plats à deux), avec des boissons pour 270 EUR par personne. On est certes encore à des niveaux de prix inabordables, mais justifiés. Autre option intéressante : un menu déjeuner est proposé à 85 EUR.

[miam047] Jacques Génin

April 7th, 2009

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Il y a quelques mois de cela, j’étais allé cherché du pain et une brioche dans l’une de mes boutiques favorites en la matière, Pichard, à propos de laquelle j’avais déjà écrit quelques lignes ici-même. Au moment de ma commande, horreur : une personne sort du fournil, une grille couverte de mille-feuilles tous frais à la main. Je n’étais pas venu pour de la pâtisserie, mais il aurait été criminel que de ne pas profiter de l’occasion. Ni une ni deux, je repars chez moi avec pain, brioche et surtout mille-feuilles dans les bras.
Cette pâtisserie, M. Pichard la réalise bien : sa pâte feuilletée est en effet exemplaire, et la crème pâtissière de très bonne tenue. Toutefois, le plaisir de la dégustation est inconstant, selon que la préparation ait été faite de longues heures plus tôt ou plus récemment. Là, une fois à la maison, révélation : le même gâteau, provenant d’une maison que je connais bien, n’avait absolument pas le même goût ni la même texture que ce que j’avais pu observer jusqu’alors. Inutile de chercher bien loin l’explication : la recette n’avait pas changé, le personnel et le niveau de l’exécution probablement pas non plus. La fraîcheur faisait la différence. Comprenez par là, un monde d’écart. On n’était pas si loin d’un mille-feuille de grand restaurant.

Malheureusement, en pâtisserie, on n’est jamais assuré de la fraîcheur de la préparation. Du coup, on peut facilement être déçu, même dans les meilleures boutiques. On du moins “on pouvait”, car c’était sans compter sans Jacques Génin. Ce nom, vous l’avez probablement beaucoup vu et lu dans la presse ces derniers temps. Des magazines féminins à certain grand quotidien du soir, ont au moins mentionné l’ouverture à l’automne dernier de la boutique de Jacques Génin.

Mille-feuilles

Le fameux mille-feuilles au chocolat

Le monsieur est discret. D’ailleurs, à part quelques curieux gourmands, peu avaient entendu parler de lui avant l’hiver dernier. Pourtant, du fond de son atelier du XVe arrondissement, il travaillait déjà pour quelques unes des plus grandes tables de la capitale. L’accès au public était limité, quasi-inexistant même. Cependant, les quelques happy-fews qui avaient l’honneur et le plaisir de goûter aux chocolats et autres confiseries de Génin décrivaient immuablement leur expérience avec grand enthousiasme.

L’ouverture d’une chocolaterie/confiserie/pâtisserie/salon de thé était donc une excellente nouvelle pour tous les gourmands parisiens : on allait enfin pouvoir goûter à tout cela sans avoir à se saigner aux quatre sangs pour un repas dans quelque restaurant triplement étoilé. Ouf !
Le lieu est à la fois central mais près de rien, on ne tombe donc pas dessus par hasard. L’intérieur ne ressemble à rien de connu dans le genre. L’espace est immense, quelque centaines de mètres carrés à vue de nez, et pourtant, seulement deux longs comptoirs occupent l’espace de vente. L’un, divisé en deux est occupé par les pâtisseries et les chocolats, l’autre, situé le long d’un mur perpendiculaire au premier présente les confiseries (caramels, nougats, marrons glacés…). Le reste de la place est occupé par le salon de thé. Confortables fauteuils, tables espacées, vue dégagée sur la belle salle au mobilier et à la décoration moderne et raffinée, mais aux murs de pierre d’origine donnant un aspect plus rustique à l’ensemble.
Enfin, au beau milieu de l’immense boutique, le plus important : un escalier hélicoïdal menant à un étage supérieur.

En quoi cet escalier est il le plus important ? Car il mène au saint des saints : l’atelier où sont confectionnés les produits tout au long de la journée. Il suffit de passer quelques instants dans la boutique pour voir défiler sans cesse éclairs, paris-brest, tartes individuelles au citron ou à la framboise, etc. C’est la garantie que ce qui est derrière la vitrine des pâtisserie n’y reste jamais très longtemps. Mieux encore, le mille-feuille n’est proposé qu’à la commande, et l’on est plutôt encouragé à le déguster sur place.
On peut d’ailleurs s’étonner, lors des premières visites, de toute la préciosité qui entoure la manipulation des produits finis. Toutefois, lorsque l’on y goûte, on comprend : chaque pâtisserie, chaque chocolat, chaque confiserie a été préparé dans les règles de l’art avec un souci de précision, de perfection qui ne souffre pas la moindre approximation. Et qui ne saurait être proposé autrement que de toute première fraîcheur.

Le mille-feuilles, une tasse de thé... miam !

Le mille-feuilles, une tasse de thé... miam !

Alors oui, conceptuellement ça tient la route, mais au goût ? Au goût, c’est parfait. Rien de plus, rien de moins. Il ne faut pas s’attendre à découvrir des saveurs ou des textures inédites à proprement parler chez Génin : on retrouve simplement les goûts “vrais” des produits proposés… ce qui est très rare ! Ah, la pâte feuilletée du millefeuille tout juste assemblé à la commande… un plaisir rare que l’on ne pouvait jusqu’alors s’offrir avec certitude qu’à la maison (mais c’est du boulot, et encore !) ou dans les meilleurs restaurants (mais à quel prix !). Et deux constantes d’importance : la légèreté et le côté peu sucré.
Alors, certes le choix pourra paraître limité, les préparations sont archi classiques, mais ce sont probablement les meilleures sur Paris, de façon régulière. Bref, c’est le top.

Les chocolats, spécialité de Jacques Génin, je ne les ai goûté qu’après plusieurs visites. Je n’aurais pas dû attendre si longtemps. Les saveurs sont franches sans toutefois dominer le cacao. Là encore, c’est extrêmement frais, et ça se sent. Les prochaines visites le confirmeront sûrement, mais je pense avoir trouvé là mon chocolatier préféré (j’étais jusqu’alors très fan de Michel Chaudun, ne serait-ce que pour ses “Pavés de l’Université”, ainsi que de Hévin, dans un style plus moderne)

Le chocolat chaud, très épais, très riche, très bon

Le chocolat chaud, très épais, très riche, très bon

Les prix sont, forcément, plutôt élevés dans l’absolu, mais la qualité les vaut largement. Compter environ 5 à 6 EUR pour la vente à emporter de pâtisserie (+1 EUR environ si dégustation sur place), 120 EUR / kg pour les caramels… je ne me rappelle plus exactement des prix des chocolats, mais cela doit tourner autour d’un euro l’unité. Ils sont présentés dans de belles boîtes métallisées, sur un seul étage. Toutes les bouchées étant de forme identiques mais présentant des motifs différents, cela crée une belle mosaïque, et en fait une superbe idée cadeau pour les gourmands !
Par ailleurs, si d’aventure vous avez quelques instants devant vous, je ne peux que vous recommander de vous reposer quelques instants dans le salon de thé, avec une pâtisserie (le mille-feuille, si possible, car on ne peut l’emporter… il sera toujours temps de faire quelques emplettes le moment du départ venu !) et un chocolat chaud ou un excellent thé de la Maison des Trois Thés. Et pour une petite quinzaine d’euros, vous aurez ainsi accès à de la pâtisserie/chocolaterie 3 étoiles.

Jacques Génin
01 45 77 29 01
133 rue de Turenne
Paris IIIe
M° République, Filles du Calvaire

A few months ago, I went to get some bread and a brioche at a favorite of mine, Pichard, about whom I already wrote a few lines on this site. When it was my turn to order, horror!, an employee came out of the fournil with a handful of fresh millefeuilles in her hands. I did not came for pastry, but it would have been criminal not to take the opportunity to taste them when they have just been made. I did not hesitate more than a second, and came back home with my bread, my brioche and two delicious-looking millefeuilles.
This is one of the pastry that M. Pichard does well: he has mastered puff pastry and the crème pâtissière is very good, too. However, the pleasure of eating one of his millefeuille is inconsistent, depending on the fact that it had been assembled hours ago or more recently. That time I got them just when they were made, it was a revelation: this very same pastry, from the same shop I know quite well did not have the same taste nor the same texture at all. The difference was the freshness, and this made a whole world of difference. This was not far from a very good restaurant’s mille-feuille.

Unfortunately, when it comes to pastry, one can never know how fresh the final product is. As a result, it’s easy to be disappointed, even in the best shops. Or at least it was, as it’s now possible to go to Jacques Génin. This name has seen a lot of press recently. From women magazines to some very famous evening paper, everyone of them have at least mentioned the opening of Jacques Génin’s shop last fall.

Mille-feuilles

Le fameux mille-feuilles au chocolat

Génin is a low-key person. For that matter, besides a few curious gourmets, there weren’t many who had heard about him before this winter. And yet, from his 15th ward workshop in Paris, he already worked for some of the greatest restaurants of the city. But it was hard, if not impossible, to access it for the mere mortals. Only some happy-fews that could afford to spend hundreds of euros at 3-stars restaurants had the chance to taste his chocolates and other candies, which they all praised.

Therefore, the opening of this chocolate/candy/pastry shop doubled with a tea salon was an excellent news for all the parisian “foodies”: at last, we were entitled to taste all these sweet treats without having to sell our houses. I don’t even own mine…

The location is quite central, but near almost nothing, so it’s very unlikely one stumbles on it by pure chance. The inside doesn’t look like anything else for this kind of shop. It is a huge place, a few hundred square meters I’d say, and still, there are only two long counters dedicated to the sales part. One is divided in two, and contains pastries and chocolates. The other one, on a perpendicular wall is filled with other candies (caramels, nougats…). All the remaining space is occupied by the tea salon. Comfortable sofas and armchairs, well spaced tables, a clear view on the beautiful room with refined and modern furniture and decoration, but with apparently very old stone walls, making the place look warmer. And, finally, in the center of the room, the most important part: a helicoidal stairway.

Why is that stairway that important? Because it leads to the holy of holies: the workshop were every product sold here are prepared all day long. One just has to spend a little time in the shop to see a parade of éclairs, paris-brest, tartes, etc. And this is the proof that what is behind the glass counter hasn’t been sitting here for long hours. Even better: the mille-feuilles are only made to order, and the staff really discourages bringing it home. The preciosity with which everything is manipulated can be surprising at first, but a quick sampling makes it very clear: every cake, every chocolate or candy has been prepared in the best possible way with great care. This is perfection that could not suffer any approximation and that can only be offered extra-fresh.

Le mille-feuilles, une tasse de thé... miam !

Le mille-feuilles, une tasse de thé... miam !

OK, so, on the paper, everything looks very good, but those items are meant to be eaten after all. Well, no surprise: tastes are perfect. Nothing more, nothing less. Don’t expect new flavors or textures here, at least not strickly speaking: these only are the flavors of the “real” products… and sadly, it’s very rare! Ah, the millefeuille’s puff pastry… a great pleasure, that is seldom encountered, except at some of the best restaurants tables. Two very important constants in Génin’s production: it’s light and it’s not oversweet. Some might find the selection rather limited, the products too conservative, but these are just the best, in a consistent way, in Paris.

Chocolates are Génin’s specialty, but I only tasted them after a few visits. I should not have waited that long. The flavors are distinct but never overpower the cocoa aroma. They also are very fresh, and it shows (or, might I say, it tastes). This may well be my new favorite chocolatier in town, next to Michel Chaudun (if only for his “Pavés de l’Université”) or Hévin.

Le chocolat chaud, très épais, très riche, très bon

Le chocolat chaud, très épais, très riche, très bon

It expectedly is a bit pricey, but this is justified by the quality. Individual cakes are sold for about 5 to 6 EUR, caramels are 110EUR/kg and chocolates are around 0,80EUR / bites. Speaking of which, they’re all molded the same way, but exhibit distinctive patterns. They’re sold on square metal boxes, and spread on only one level, so that it looks like a beautiful chocolate mosaïc when one opens it: an excellent gift idea!

The tea salon is really great to relax with a mille-feuille (five different flavors), a hot chocolate or an excellent tea from Maison des Trois Thés. And then, for about 15 EUR, it’s now easy to taste 3-stars pastry.

Jacques Génin
01 45 77 29 01
133 rue de Turenne
Paris IIIe
M° République, Filles du Calvaire

[miam046] Comme des poissons

February 16th, 2009

Depuis mon voyage à New York l’an passé, j’avais enfin pu comprendre ce qu’était un excellent sushi. Un poisson de qualité et de la plus grande fraîcheur possible, bien sûr, un bon riz à la bonne température, évidemment. Plus le tour de main du chef. On pense immédiatement à la découpe du poisson, essentielle, mais ça ne fait pas tout : l’assemblage de la lamelle de poisson cru et des grains de riz constitue la touche finale pouvant sublimer le tout. Je ne doute pas que Paris compte de personnes compétentes sur ces derniers points. Mais, le plus souvent, la qualité des matières premières laisse à désirer. Même chez Isami, que j’avais adoré à notre première visite, j’avais été déçu la seconde fois : si le poisson était frais, il manquait singulièrement de répondant : goûts transparents et textures uniformes. Etrange impression…
Ceci dit, comme il faut savoir faire avec ce que l’on a sous la main, j’ai souhaité tenter un autre sushi bar parisien apprécié de quelques amateurs : Comme des Poissons. Il ne s’agit clairement pas du plus connu, Korin, Bizan, Isami ou les plus huppés BenKay et Kinugawa étant plus souvent cités. Il faut dire que Comme des Poissons ne peut accueillir que 8 personnes et est un peu perdu au beau milieu de sa petite rue du XVIe arrondissement…
Thon, saumon...
Le cadre n’est pas particulièrement attrayant non plus : on s’assoit au comptoir devant le chef. Ceci dit, ne pas compter sur une grande interaction avec celui-ci : il ne relève guère la tête de son ouvrage, et laisse le soin à deux jeunes gens (ses enfants ?) de prendre les commandes. Pas d’éclairage tamisé, pas de beaux couverts, mais baguettes en bois et serviettes en papier. On est là pour manger. Bref, le climat est austère, ça ne rigole pas spécialement. C’est d’autant plus gênant lorsque l’on est les deux seules personnes attablées. Heureusement, d’autres clients arriveront un peu plus tard, ce qui permit de nous décontracter enfin.

La carte est assez simple : divers assortiments de sushis, sashimis et makis sont proposés. Quelques autres plats pour varier un peu sont proposés, mais globalement, on vient ici avant tout pour déguster du poisson cru.
Les sushis sont préparés rapidement, avec peut-être un peu moins de soin que ce que l’on aimerait voir. D’ailleurs, le dosage du wasabi m’a parfois semblé un peu approximatif. En revanche, pour une fois, je ne suis pas déçu par la qualité du poisson servi et le riz est également très bon. Je devrais avoir honte d’en consommer, mais je dois bien avouer que le toro était bien meilleur que celui dégusté chez Isami, par exemple. D’une manière générale, tout de même, les sushis sont peut-être un tout petit peu gros à mon goût, mais restent heureusement mangeables sans s’étouffer. Une mise en garde : les futomakis sont vraiment énormes, et peuvent presque constituer un repas à eux seuls pour les plus petits appétits !
Finalement, même si tout cela n’est guère aguicheur, l’adresse mérite d’être retenue. Alors évidemment, l’ambiance n’y est pas folichonne. Bien sûr, on peut pinailler sur le fait que l’on n’ait pas en face de soi des sushis de compétition sculptés au grain de riz près… mais la qualité des produits et le niveau général d’exécution place tout de même Comme des Poissons en tête des restaurants de poisson cru que j’ai pu fréquenter… à Paris !
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Etant donné le nombre très restreint de places, il faut bien évidemment réserver. Tenir compte également du fait que, le soir, le restaurant ferme à 21h. Il est en revanche possible de commander à emporter, et ça, c’est une excellente nouvelle !

L’assortiment de 10 sushis + un maki est à 26,50 EUR sur place (25 EUR à emporter). Et à ce prix là, ça n’est pas un simple panachage maguro / saumon : toro, saint-jacques sont, entre autres, de la partie. Bref, ça n’est pas plus cher qu’ailleurs, mais c’est certainement meilleur !

Comme des poissons
Mardi-dimanche : 11h30 – 15h et 17h30 – 21h
Fermé lundi toute la journée et dimanche au déjeuner
01 45 20 70 37
24, Rue de la Tour
75016 Paris
M° Passy (L6)