Posts Tagged ‘ sushi

[miam023] Sushi Yasuda

Le dîner chez Yasuda était l’un des repas dont j’attendais le plus lors de notre petit périple à New York. Ce chef japonais est à la tête d’un des restaurants de poisson crus des plus réputés là-bas. Ca n’est pas peu dire, car les gourmets internationaux s’accordent pour placer la ville comme deuxième ou troisième destination de choix pour goûter à une cuisine japonaise de qualité, derrière le Japon bien évidemment.

Pourtant, avec les moyens de transports modernes, les marchandises peuvent circuler vite, on pourrait donc s’attendre à une uniformisation du niveau général en la matière, du moins dans les grandes capitales. En tant qu’amateurs et ayant pu aborder un échantillon aussi bien du plus médiocre que du meilleur de ce qui se fait à Paris, tenter l’expérience d’un grand “sushi bar” new yorkais s’imposait.

La réservation est impérative, et deux semaines avant, il n’y avait déjà plus de place pour être placé devant le chef de la maison. Cependant, nous sommes tout de même au bar, le meilleur endroit pour profiter pleinement de l’expérience. Le restaurant est sobrement décoré, le bar est en bois clair, et les poissons sont rangés dans des réfrigérateurs situés sous celui-ci, et non pas derrière une vitrine frigorifiée comme c’est souvent le cas. Cinq chefs officient, chacun s’occupant de 2 à 4 personnes et préparant chacun quelques commandes pour les tables de la salle, sauf Yasuda lui-même qui semblait servir six personnes simultanément au bar.

Un large choix d’entrées et de boisson est proposée, nous choisissons cependant de nous concentrer sur les sushis, dont la carte nous est fournie sous forme d’une petite liste de poisson photocopiée. Ce “menu” est classé par type de poisson : thon, saumon, coquillages, “yellowtail” (“sériole” apparemment en Français, mais ça recouvre apparemment des choses assez différentes), etc. Au moins cinq variétés sont proposées pour chacun d’eux. Le choix est d’autant plus ardu, que certaines variétés ne sont présentées que sous forme de caractères japonais. Et à moins d’être un vrai connaisseur (que je ne suis pas !), difficile de connaître a priori la spécificité d’un même poisson pêché dans des mers de deux pays distincts. C’est aussi l’intérêt du restaurant : pouvoir se livrer à une dégustation verticale d’un même poisson, c’est rare.

Pour simplifier le choix, de petites marques indiquent sur la carte les poissons conseillés par le chef chaque jour, probablement en fonction des arrivages, de leur fraîcheur et des saisons.

Malgré tout cela, comme on aimerait à la fois tout commander, mais que manger une cinquantaine de sushis ne semble physiquement (et financièrement !) pas envisageable, on demande simplement à notre chef attitré de nous préparer quelques pièces représentatives. Il s’attèle à la découpe et à l’assemblage, ce qui nous laisse le temps de l’observer, de même que Yasuda lui-même, juste à notre droite. Ses mouvements sont impressionnants de précision et de rapidité. Après avoir découpé quelques lamelles de poisson, et tout en
discutant avec les personnes attablées, un oeil sur la salle, il assemble à une vitesse déconcertante quelques magnifiques petits sushis de ses mains abimées par l’ouvrage.

Yasuda à l'oeuvreYasuda - le bar

Quelques secondes plus tard, notre chef dépose deux nigiri-sushi en nous indiquant les poissons utilisés. C’est du “prêt à déguster”. J’entends par là qu’il n’est pas nécessaire d’ajouter de shoyu ni de wasabi, ils sont déjà présents dans ce qui est livré. Et, à mon goût du moins, le dosage est très juste. On attrappe avec précaution les délicates composition. Elles sont d’une taille inférieure à ce que l’on rencontre souvent par ailleurs. De plus, si le tout se tient très bien et ne se détériore pas lors du parcours jusqu’à notre bouche, on
devine le tout instable. La boulette de riz prête à se disloquer et se mêler harmonieusement avec le poisson cru. Et c’est le cas. La qualité, la temparature et l’assaisonnement du riz sont incroyables, le poisson fantastique. Au fil des bouchées, impossible de ne pas afficher un sourire béat de contentement. On redécouvre ici complètement la notion de sushi, même Isami ne délivre pas quelque chose d’un tant soit peu comparable. C’est une autre catégorie, plus que de la cuisine ou de l’art, c’est de la magie.

Toro Maki

Au total, nous avons tout de même dégusté chacun une quinzaine de sushis différents ainsi que deux makis. Tout est parfait : le toro plus éthéré que fondant, l’oursin crémeux, l’anguille, souvent cinquième roue du carrosse par ailleurs est ici juste grillée comme il faut, à la commande. On pourrait, on voudrait, même, prolonger le repas, mais il faut croire que la perfection appelle la raison. La note, taxes et généreux pourboire (y compris selon l’étalon américain) inclus : 200$, pour deux. Pour un repas somme toute léger, ça n’est pas donné, bien sûr, quoique le taux de change rend la chose comparativement peu chère par rapport à ce que l’on peut trouver à Paris. Cependant vous avez un chef pour vous, et surtout c’est tout simplement l’un des meilleurs repas que j’ai fait, tous types de cuisine confondus.
A quelques blocks de là, Masa fait paraît-il encore mieux en matière de poisson cru, mais il faut y débourser 500 à 600$ / personne, ça laisse rêveur et permet de relativiser !

Si vous avez la chance de passer par NYC, foncez, en n’oubliant pas de réserver (et confirmer la veille !). Dans l’échelle du guide Michelin, la notation “3 étoiles” est censée distinguer les établissements méritant à eux seuls le voyage : pour moi, Yasuda en fait partie.

Sushi Yasuda
204 E, 43rd St
New York City, NY, 10017
+1 212.972.1001
http://www.sushiyasuda.com

[miam005] Isami

Il y aurait beaucoup de choses à raconter sur ce petit restaurant japonais de poissons (crus, pour la plupart) de l’Île Saint-Louis.

Par exemple que c’est vraiment tout petit : les 5/6 tables et 6 places au comptoir sont rapidement prises d’assaut, visiblement il vaut mieux s’y prendre la veille ou l’avant-veille pour être certain d’avoir de la place, voire de choisir son emplacement.

On ajouterait que se retrouver au bar, ça vaut le coup. Evidemment si l’on est plus de deux, ça ne doit pas être très convivial, mais sinon, ça permet de se mettre l’eau à la bouche et les gargouillis à l’estomac dès l’arrivée. Parce qu’à voir alignés devant vous des filets d’une quinzaine de poissons, tous très beaux et soigneusement taillés, et admirer le travail du chef (un vrai Japonais, est-il besoin de le préciser ?), on sait déjà qu’on va se régaler.

Il pourrait également se dire que service y est courtois et qu’il cherche à vous faire passer un bon moment, et que l’on passe bien évidemment sur les éventuels petits problèmes de communication que l’on pourra éventuellement rencontrer. C’est de l’authentique, ça ajoute au charme. De plus, lors de la commande d’un plateau “prédéfini” de sushis, le serveur vous présente les poissons présents sur celui-ci et vous permet d’opérer des modifications si certains ne conviennent pas à votre goût.

Avant de parler des stars de l’assiette, les sushis, on évoquerait comme de bien entendu ce hors d’oeuvre d’émincé de chinchard mariné partagé à deux, qui donne déjà le ton : c’est frais, c’est succulent, pile poil comme il faut. Ca parviendrait presque à faire oublier cette double mise en bouche de bulots (OK, mais rien de fabuleux non plus) et de thon mariné d’un fondant inattendu. En bref, avant de commencer le repas, on est déjà satisfaits.

Une description du chef concentré sur son travail de découpage de poisson et d’assemblage des sushis ne serait pas malvenue non plus. Il exerce son art avec une aisance telle que l’on se demande si ça n’est pas à la portée du premier venu. La réponse est dans les autres restaurants du même genre : non !

On enchaînerait ensuite avec les premières impressions à l’arrivée des plateaux. Présentation impeccable : les sushis sont millimétrés, les poissons magnifiques… et dire que tout ça a été préparé en 5 minutes à peine !
Alors on se lance. La première sensation gustative est à la hauteur du visuel : c’est parfaitement dosé, y compris le wasabi glissé entre la boulette de riz et le poisson, c’est fondant, les textures parfaites, le goût inouï (ou ingoûté, peut-être ?), et le riz parfait. On s’enfile ainsi de l’anguille, du saumon, du chinchard, de la daurade, de la seiche, de la saint-jacques, de la crevette (pas cuite et coriace comme partout ailleurs, non, translucide et fondante, un régal pour une fois), quelques trucs non identifiés (certains makis ont des goûts assez particuliers et inattendus, comme un qui se rapproche de la pomme…). C’est fantastique, et ça donne une idée de ce qu’est un sushi… on l’oublie facilement en se fournissant dans le premier
bouiboui ouvert dans le quartier, malheureusement.

L’avant-dernière précision à apporter concernerait les desserts : pas grand chose à dire, ils sont bons dans le genre, mais rien de transcendant non plus. Mon petit gâteau aux haricots rouges était bon, mais ils font mieux chez Toraya par exemple. La glace matcha de ma compagne, elle aussi appréciable, restait un ton et demi en dessous de l’excellence des poissons. Comme en plus ils sont plutôt chers, vous pouvez en rester aux poissons et aller prendre une glace Berthillon
dans le coin s’il y a une échoppe encore ouverte qui en propose à cette heure là (c’était le cas hier soir, mais était-ce dû au match, aucune idée).

Voilà en gros à quoi pourrait ressembler un compte-rendu d’Isami. Et pourtant, sa significativité pourrait être augmentée, son contenu résumé en une seule phrase : on y a dîné à côté de Julie Andrieu.

Plateau d’une quinzaine de pièces à 30 et 33EUR (je recommande celui à 33EUR, qui propose des poissons “supérieurs”), à la pièce c’est 2,50EUR à 7EUR pour l’oursin. En hors d’oeuvre, nombreuses marinades de poissons (les arêtes de saumon marinées je savais pas que ça se mangeait !) et quelques grillades.

Carte des sakés non testée ce soir là, mais pourquoi pas.

Isami
4, Quai d’Orléans, 75004
Paris
Tel : 01 40 46 06 97
M° Pont-Marie (L7)