Posts Tagged ‘ restaurant

[miam018] Lao Lane Xang 2

Avant toute chose, une précision : ça se prononce “Lao Lane Tsang 2″. Ca vous évitera de vous faire taper sur les doigts par les laophiles. Si vous me lisez, c’est que vous êtes moins idiots que la moyenne, donc vous aurez compris que ce restau sert principalement de la cuisine lao et thaï. Il est bien évidemment situé dans le Chinatown parisien, comprendre le XIIIe arrondissement, avenue d’Ivry plus précisément.

La première chose qui frappe à l’abord de cet établissement, c’est la devanture, la décoration intérieure ainsi que la vaisselle et les couverts. On s’éloigne ici nettement du boui-boui asiatique kitschissime, pour se rapprocher d’un esprit plus moderne, voire “lounge”. Ceci étant dit, le tout n’évite pas l’aspect “cantine” : ça tourne, il y a beaucoup de monde, des tables serrées, une file d’attente en quasi-permanence… on était 3, nous n’avions pas réservé, et même à 19h30, certes un samedi-soir, nous avons dû patienter dix minutes.

Une aimable serveuse nous apporte promptement la carte, longue comme le bras. J’ai souvent tendance à penser que c’est mauvais signe, que si l’on ne se concentre pas sur quelques produits et préparations, ça sera forcément au détriment de la qualité, de la fraîcheur des produits, du soin apporté à la cuisine en général.
La plupart des plats tombent dans le registre lao-thaï avec quelques plats très traditionnels, un peu de cuisine vietnamienne, les sautés et les plats servis avec du riz. Le riz gluant (dites khao-nia si vous souhaitez vous la péter) est bien présent. C’est rassurant.

Le principe de la gastronomie laotienne est d’apporter quelques milliers de plats sur la table et de les partager. On opte pour cette approche pour les entrées. Petits joueurs, on en prend trois : lap de boeuf (légèrement cuit), nem lao (riz croustillant) et tam som (ou tam makhoung en laotien, soit une salade de papaye verte).
C’est copieux, c’est pimenté, bien à mon goût, mais pour un occidental ne goûtant que peu à ce type de plats relevés, ça peut sembler fort.
La viande du lap, notamment est excellente, et dans l’ensemble, tout doute concernant la fraîcheur des aliments peut être écarté.

On aurait presque pu en rester là, mais nous avions aussi choisi de prendre des plats “principaux”. Pour ma part, des tranches de canard laqué au curry rouge. Bonne viande là encore, bonne cuisson, c’est tendre et fondant, accompagné d’un peu de riz gluant et des légumes servis avec, c’est parfait, et de plus ça rassasie son homme. Les soupes de nouilles au curry/lait de coco servies à côté et en face de moi paraissaient plutôt bonnes également, mais évidemment extrêmement
nourrissantes. Bref, si vous avez un appétit d’oiseau, vous pouvez vous contenter de partager des entrées, ça suffira amplement !

Malheureusement pour nous, la carte des desserts rapidement apportée après avoir été débarassés mentionne la présence de durian au riz gluant… on se sent obligé d’en commander.
Ca commence à être trop niveau quantités, mais on a tellement peu l’occasion de consommer ce fruit dont l’odeur fait le bonheur des initiés et le malheur des autres que l’on finit quand-même nos petits bols. C’est encore une fois très bon, même si on aurait pu apprécier d’avoir des tranches de durian un peu plus épaisses.

L’addition arrive, elle est toute douce, 72EUR pour 3 personnes repues, avec deux jus de coco (pas d’expresso Blue Mountain, je me voyais difficilement avaler quelque chose de plus, mais c’est bien qu’un restaurant non triple-étoilé en serve !), ça change agréablement des 50EUR/personne minimum.
Bref, si vous voulez goûter à la cuisine laotienne, vous pouvez y aller, non pas les yeux fermés, mais après avoir réservé, à moins de vous armer de patience.
A noter : si cet établissement a ouvert tout récemment, la même famille possède également les deux restaurants situés juste en face, à savoir Lao Lane Xang et Rouammit, qui servent à peu de choses près les mêmes plats aux mêmes prix.

Lao Lane Xang 2
102, avenue d’Ivry
Paris, XIIIe
M°Tolbiac
01 58 89 00 00

[miam015] Ze Kitchen Galerie, Aïda et le guide rouge Michelin 2008

C’est aujourd’hui qu’a été rendue officielle la liste des établissements récompensés et déchus de l’édition 2008 du guide rouge Michelin.
Pas degrosse surprise, d’autant que la plupart de ces décisions  faisaient figure de secret de Polichinelle : depuis plusieurs semaines déjà couraient des rumeurs qui se sont avérées fondées.

Ce qui risque de faire le plus couler d’encre sera probablement l’obtention de la 3e étoile par Passédat et la perte de celle-ci par Guy Martin. En marge de ceci, cinq établissements parisiens ont obtenu leur premier macaron cette année. Chose peu commune, trois d’entre eux servent des cuisines étrangères. Il Vino ouvert récemment rue de la Tour Maubourg par le sommelier Enrico Bernardo, d’inspiration italienne et au concept novateur (choisissez un vin, on vous sert le plat l’accompagnant), comme son nom l’indique, fait partie de cette liste, de même que Ze Kitchen Galerie et Aïda qui puisent leurs produits, saveurs et techniques dans la gastronomie asiatique.

Cependant, les points communs entre ces deux tables s’arrêtent là. En effet, William Ledeuil de Ze Kitchen Galerie se propose de nous faire redécouvrir les cuisines du sud-est asiatique, et plus particulièrement celle de la Thaïlande, tandis que l’art de Koji Aïda trouve ses sources au Japon.

Ze Kitchen Galerie se situe à proximité immédiate du quai des Grands Augustins, et côtoie quelques autres tables parisienne en vue comme Lapérouse, les Bouquinistes de Savoy, Fogon ou encore le Relais Louis XIII. Grandes baies vitrées, mobilier sobre donnant dans les couleurs sombres, murs blancs sur lesquels figurent quelques peintures justifiant ainsi le nom du restaurant, du monde, du bruit, mais lumières tamisée et sans la promiscuité du classique bistrot parisien… on se croirait plutôt à New-York (peut-être surtout lorsque l’on y est jamais allé, c’est mon cas) qu’à proximité du centre historique de Paris.
L’accueil y est courtois, le maître d’hôtel connaît visiblement son métier. Cependant, nous ne le reverrons vraiment qu’à notre départ du restaurant, et les trois autres serveurs n’apparaîtront que le temps de nous apporter et présenter nos plats. Sans qu’il y ait eu de réelle faute, on comprend mal ce qui vaut aux convives d’être traités de façon si expéditive alors que le nombre de couvert ne doit pas excéder la soixantaine.

Nous sommes définitivement aux antipodes chez Aïda : le restaurant est perdu au fin fond d’une petite rue du 7e arrondissement, à proximité de la fameuse fromagerie Quatrehomme. Une enseigne discrète nous indique la présence du restaurant, mais un badaud distrait ne la remarquerait probablement pas. Et du 7e arrondissement, on atterit directement à Kobe en pénétrant dans cette minuscule salle. Autour du teppanyaki (vaste plaque chauffante) où le chef officie, huit
couverts. Une petite table de quatre personnes derrière nous, et un salon privé à l’étage n’accueillait ce soir là que cinq personnes. On y parle japonais plus que français, ce qui nous donne l’agréable impression d’être un couple de touristes invités à la table de Koji Aïda. Le service est extrêmement courtois et discret, empreint de ce respect propre à la culture nippone.
On s’installe donc en douceur, et l’on se laisse porter par le spectacle offert par le chef sur sa plaque chauffante et sa planche à découper, qui nous fait bien vite oublier les prix élevés affichés sur la carte. Le choix y est simplissime : trois menus au choix, 68EUR, 90EUR et 160EUR, nous optons pour ce dernier sans réellement hésiter.

A Ze Kitchen Galerie, le menu est plus déconcertant : les entrées peuvent être choisies entre crustacés et poissons, bouillons, plats de pâtes… le choix est toutefois plus simple pour les plats “a la plancha” et les desserts. Pour ceux qui souhaitent découvrir l’étendue du savoir-faire de la maison, un menu dégustation à 76EUR est proposé. C’est celui-ci que nous choisirons, ça facilite les choses. Notez qu’au déjeuner, différentes formules permettet de manger pour des prix plus doux, compris entre 24EUR (un plat seul) à 35EUR (menu complet entrée, plat, dessert)., avec un verre de vin et un café.
Une coupe de champagne assez quelconque, et arrive le premier plat. Un surprenant poulpe mariné d’une grande tendresse dont le côté subtilement marin est contrebalancé par l’acidité et la fraîcheur apportées par la mangue verte et les condiments l’accompagnant. Avec le bouillon aux escargot suivant cette première entrée, la citronnelle fait son entrée en jeu ; elle servira ensuite de fil conducteur tout au long du repas. C’est là aussi très bon, à la fois inattendu dans l’alliance des produits, mais d’un goût très typique de la cuisine thaï. On le retrouve d’ailleurs dans le plat de macaronis à l’araignée de mer. Belle cuisson des pâtes, al dente, qui résistent sans toutefois être sous-cuites. De même, le cabillaud à la plancha puis les trois morceaux de cochon de lait confit et grillé sont parfaitement fondants, c’est remarquable.
L’une des forces de la cuisine de Ledeuil réside clairement dans la maîtrise des cuissons, pour tous les types de plats proposés. Ceci permet de restituer pleinement les produits dans leurs textures et leurs saveurs.

Et pourtant, cet art est encore plus impressionnant chez Aïda. Ici, la cuisson est toujours minimale, tout juste ce qu’il faut : on ne transforme pas la matière première, ou si peu, mais on exhausse son goût sans jamais rien perdre en fraîcheur.
Pour moitié les plats y sont crus, comme ces magnifiques sashimis de daurade, barbeau et lieu (j’ai comme un doute pour ce dernier, à y repenser… passons !), une saint-jacques succulente, certes légèrement saisie, un tartare de veau et d’huître fascinant… de l’oursin et des langoustines ayant tout juste été pochées dans un bouillon… paradoxalement, les mots peuvent manquer pour décrire cette sublime simplicité.
Les plats cuits sur la plaque ne sont pas en reste : de très  généreuses huîtres saisies sur un feu vif dans du beurre, accompagnées d’épinards également réchauffées la seconde précédente ou ce magnifique chateaubriand aussi tendre que le meilleur des poissons crus.
Il faudrait des pages entières pour décrire cet étonnant spectacle de jeu de cuisson, de découpe au millimètre (vous n’avez probablement jamais vu un couteau si vous n’êtes pas allé chez Aïda). C’est propre, c’est frais, les gestes sont précis, rien n’est forcé, aucune surenchère, le chef orchestre le dîner de ses convives avec une facilité déconcertante. Souvent galvaudé, le terme de “cuisine de vérité” prend ici tout son sens. C’est magique.

Et c’est finalement ce qui, au delà de la maîtrise technique, manque à Ze Kitchen Galerie. Ce supplément d’âme, cette beauté insaisissable, l’instant où au détour d’un plat, d’un geste, on bascule dans un autre monde, on s’oublie complètement et on se laisse prendre en main par le chef, par sa cuisine. Non, à la Galerie, on mange très bien, mais on reste les pieds sur terre. On apprécie avec les papilles, avec le cerveau, mais le coeur n’est pas concerné. Même le fabuleux premier dessert, glace chocolat blanc/wasabi, sauce au thé vert et pistaches ne parvient pas à nous emporter complètement. C’est un très bon restaurant, même si la quasi-absence de service n’est peut-être pas ce que l’on attendrait d’un étoilé en France. C’est possiblement un endroit idéal pour débuter une soirée en ville. Un lieu vaguement branché, une cuisine innovante à sa façon, mais qui ne vous donnera pas envie de vous y abandonner des heures durant. Parfait avant d’aller rejoindre ses copains yuppies. 200EUR pour deux, avec un menu dégustation, apéritifs, demi-bouteille de vin et thé, à Paris, on est
finalement dans une moyenne acceptable, mais on préfèrerait payer moins cher.

Chez Aïda, on aimerait rester la nuit… seuls clients occidentaux restant à la fin du service, on voudrait saisir les mots qui
s’échangent en japonais entre clientèle et personnel dans cette ambiance de sereine convivialité, tandis que le chef range ses
produits, et nettoie ses ustensiles. On aimerait juste se dire que l’on n’est vraiment plus à Paris, que demain, le chef va nous
réinviter chez lui… un peu plus de 300EUR pour deux, avec deux coupes de champagne, deux verres de vin, Chateldon, deux thés offerts, et de l’émotion pour au moins une semaine, c’est à la fois moins cher que prévu (car plus de homard ce soir là, inscrit normalement dans le menu “omakasse”), mais bien évidemment trop onéreux. Ca ne nous aurait pourtant pas vraiment dérangé de payer plus cher.

Un peu en marge de tout ça, et pour finir, parmi les trois teppanyaki testés à Paris, Aïda se situe entre la cuisine très occidentalisée de Benkay et celle bien plus traditionnelle d’Azabu. C’est à mon sens le meilleur des trois, mais il faut être capable de faire l’impasse sur le montant de l’addition, au moins le temps du repas. Le jeu en vaut la chandelle.

Ze Kitchen Galerie
4, rue des Grands Augustins
75006, Paris
M° Saint-Michel, L4
01.44.32.00.32
http://www.zekitchengalerie.fr

Aïda
1, rue Pierre Leroux
75007 Paris
M° Vaneau, L10
01.43.06.14.18
http://www.aidaparis.com

[miam013] Chen, Soleil d’Est

Déguster un bon canard à la pékinoise sans pour autant avoir à quitter la capitale… a priori on se dit que parmi la palanquée de restaurants chinois parisiens, il doit bien y avoir de quoi satisfaire son envie. Cependant, s’il s’agit de ne pas se louper parce que l’on invite du monde, et plutôt du genre exigeant, difficile de foncer vers le premier bouiboui du XIIIe venu.
Alors on se tourne vers une valeur sûre. En l’occurence, c’est Chez Chen, Soleil d’Est que l’on réserve notre table. Ce fut le premier restaurant de cuisine chinoise à obtenir un macaron Michelin, notamment pour leur spécialité de canard laqué.

On se retrouve donc dans une petite salle d’une quinzaine de couverts au rez-de-chaussée. Le style est plutôt raffiné, on est loin des cantines façon RU ou des kitscheries de mauvais goût. Le service est un peu particulier. D’une part, peu de personnel : deux serveurs, le maître d’hôtel et la patronne. La salle étant peu remplie ce soir là, je ne pense pas que ce soit un handicap. En revanche, si les deux serveurs sont affables à l’extrême, au point de ne pas vous adresser la parole, le maître d’hôtel qui circule entre les tables se montre quelque peu irritant.
C’est une chose que de vouloir mettre à l’aise les gens ou que de vouloir parler de la cuisine du chef, et c’est le rôle du personnel de salle de tout restaurant propre sur lui. Malheureusement, tout ceci est édicté sur un ton faisant le grand écart entre le docte et la boutade de comptoir. L’impression qui en ressort, c’est celle d’un homme en décalage complet entre l’image qu’il souhaite visiblement renvoyer (l’image d’Epinal du maître d’hôtel très classe, connaisseur, raffiné mais prompt à délivrer un bon mot à la clientèle) et celle réellement renvoyée. C’est troublant, et on aurait presque envie de lui demander de nous parler en chinois à la place, ça l’amuserait sûrement tout autant, ça renforcerait le côté “couleur locale” et épargnerait une gêne certaine aux clients. J’en fais tout un plat, ça n’est au final pas si grave que cela, mais il est mauvais dans son rôle, et lorsque l’on fréquente ce type d’établissement, c’est aussi pour s’y sentir à l’aise…
Bref.

La carte présente une demi-douzaine de choix d’entrées de 15EUR à 95EUR, et à peu près autant de plats (je n’ai pas relevé les prix, on était de toute façon venu pour le canard laqué). Les desserts sont principalement des composition à base de fruits, 15EUR en moyenne.

La carte des vins est très standard, ce qui peut encore une fois surprendre pour un établissement censé offrir d’excellentes
prestations, un peu courte et surtout très centrée sur la Bourgogne et le Bordelais. L’Est de la France y brille par son absence pure et simple. Elle est par ailleurs, comme on pouvait s’y attendre, chèrement tarifée, avec des coefficients d’environ 4* / 4,5*. Rien à moins de 70EUR (pour un vin à 15EUR au supermarché, donc), et ça monte très rapidement pour atteindre plusieurs centaines voire le millier d’euros pour les habituels grands crus.

Quelques petits amuses-bouche arrivent : c’était bon, mais deux semaines après je ne m’en rappelle qu’à peine…
En entrée, on opte pour des fleurs de courgettes au tourteau. Pas grand chose à dire sur ce plat : c’est à peu près ce à quoi on s’attend en lisant l’intitulé, et c’est finalement là le problème. Pour le prix d’un menu complet dans un bon bistrot, on a un plat pas mauvais mais complètement inoffensif et que l’on pourrait tout aussi bien reproduire à la maison. Le canard, vite ! Après une longue attente, il arrive enfin, entier, superbement doré. Premier service : la peau craquante est découpée devant nous, enrobée de petites galettes nappées d’une sauce sucrée. On est loin de la molle déception de l’entrée. Là, c’est magnifique (un petit poil trop de sauce, s’il fallait pinailler), la peau est craquante, pleine d’arômes, c’est très légèrement gras, juste comme il faut. C’est presque un dessert.
Le canard repart en cuisine pour la préparation du deuxième service. Celui-ci arrive longtemps après, encore une fois. La chair de la bête, découpée en dés est accompagnée d’une sauce légèrement relevée et de nouilles sautées. Là encore c’est magnifique : les nouilles sont excellentes, et pourtant c’est le genre de plat sur lequel je suis plutôt mauvais client. La viande est tendrissime, d’un goût excellent, et la sauce l’accompagne à merveille. Difficile de faire mieux. Enfin, le troisième service est un petit bouillon de canard, puissant sans être écoeurant.
Pour rester sur cette bonne impression, et étant donné les temps d’attente extrêmement longs, on demande l’addition sans prendre desserts ni cafés.
Un peu plus de 350EUR à quatre avec entrées, plats, une bouteille de vin correcte et deux bouteilles d’eau, c’est salé, on s’y attendait, et nous sommes pourtant restés sur des mets parmi les moins coûteux de la carte.

Alors quoi ? C’est sûr, le canard laqué y est excellent, et dans ce type de situation où l’on n’a pas envie de se louper, pas d’inquiétude à avoir chez Chen. En revanche, le reste de la carte, le service, les tarifs et l’attente posent problème, et pour ces raisons j’aurais du mal à recommander l’adresse.
(je signale au passage que c’est juste derrière le bien plus recommandable BenKay, dans le quartier Beaugrenelle, c’est très moche et complètement mort, donc soit vous rentrez chez vous après le repas, soit vous marchez sur 500m pour prendre un métro et aller vous amuser ailleurs)

Je ne retournerai probablement pas dans ce restaurant, mais je suis impatient de trouver une autre adresse servant un aussi beau canard, aussi bien dans le choix du produit et dans sa préparation.

Chez Chen Soleil d’Est
15, rue du Théâtre
Paris, XVe
01 45 79 34 34

[miam009] Le Versance

Après deux semaines de vacances passées à ingurgiter les mêmes plats au déjeuner et au dîner, et après avoir dévoré le dernier livre deMillau, j’attendais avec impatience de pouvoir aller dîner dans un restaurant bien de chez nous.
L’ouvrage sus-cité m’avait donné une énorme envie de lièvre à la royale. Malheureusement rares semblent les restaurants parisiens à inscrire ce plat à la carte régulièrement, même lors de la saison du gibier.
Finalement, ça sera le Versance, restaurant situé à deux pas du Truskel (beurk beurk), rue Feydau dans le IIe.

L’apéritif se prend dans un petit salon attenant à la salle du rez-de-chaussée. Tables basses, fauteuils confortables, décoration apaisante faite de blanc et de gris, ambiance feutrée, c’est l’idéal pour se remettre d’avoir entendu une partie de la balance de Cotton Field Blues Band, groupe à qui l’on souhaite déjà une très courte carrière.

Deux verres de Moutardier, des flûtes de pâte feuilletée et une petite mise en bouche à base de saumon et de crème au raifort, on passe à table. Pour des raisons de commodité, on restera au rez-de-chaussée, je ne saurais donc dire comment est la salle de l’étage.

On choisit les entrées et plats recommandés par le chef pour ce jour. Tout d’abord, le “foie gras à la plancha et son crumble, artichaut et son émulsion à l’huile de truffe”. Ouf. Les portions de foie gras sont généreuse, et celui-ci est de qualité. La cuisson est bonne, et le fin crumble apporte un contraste de texture et de goût intéressant. Les artichauts braisés restent discrets et supportent élégamment la viande. La truffe de l’huile de truffe, elle, reste en revanche lointaine…

En plat, une “cuisse de lapin confite au piment d’espelette et citronelle, polenta à l’huile de cèpe et ses herbes”. Plat de belle
composition, il y a du volume, des couleurs, de la légèreté et de la rigidité. On n’est pas non plus chez Gagnaire non plus, mais c’est toujours agréable d’avoir une belle assiette. La cuisse de lapin est très fondante et bien cuite, on retrouve bien
la viande mais le goût du lapin cède cependant un peu devant la citronnelle, ce qui en peut dérouter certains. La polenta aux herbes se révèle une bonne surprise et fait figure de parfait accompagnement, l’accord se fait bien avec le Chassagnes-Montrachet. Ca n’est pas un plat “classique”, du fait des épices et herbes employées, mais le chef insiste sur le fait qu’il ne fait pas non plus de cuisine “fusion”.

Très longue attente avant d’être débarassés de nos assiettes, puis nouveau flottement avant de recevoir la carte pour les desserts. J’ai encore faim et l’on hésite entre trois d’entre eux, on décide donc de se les partager à deux (j’ai vu F. Simon faire ça, donc on doit pouvoir se le permettre !).
Crémeux café, coeur au Baileys et sauce chocolat fort : crémeux bon mais un peu passe-partout, chocolat très épicé, effectivement tout en puissance, enivrant. Le chef emploie de nombreuses épices pour le préparer : cannelle, clous de girofle, poivre de Sichouan, poivre et gingembre… et pour autant aucune ne domine les autres, bravo. Duo poires et chocolat, tuile carambar et son yaourt glacé : yaourt glacé et tuile carambar comme on les attend, mais néanmoins très bons. Les petites poires revenues sur le fin gâteau craquant/moelleux au chocolat font merveille. Le verre de Maury servi en accompagnement est également bien choisi.
Délices bananes et pain d’épices, ananas frais, croustillant et coulis aux fruits de la passion : complètement à l’opposé des desserts précédents. Ici, les goûts explosent dans tous les sens, c’est frais, acide, sucré, juteux… l’ananas est effectivement très bon, le duo bananes/pain d’épices est effectivement agréable et les petits cubes  d’ananas ainsi que le coulis fruits de la passion permettent d’apporter la touche d’acidité nécessaire à l’équilibre de l’ensemble.

La carte des cafés, thés et digestifs est intéressante et les prix, comme pour les vins, restent très corrects.

Moins de 180EUR pour deux en y allant à fond, de l’apéritif au digestif, avec trois desserts, pour la qualité de la cuisine, le cadre et le service très attentionné (quand il ne vous oublie pas…) c’est franchement très bien. Ca n’est pas pour tous les jours non plus.

Le Versance
16 rue Feydeau
75002 Paris
01 45 08 00 08
http://www.leversance.fr

[miam06] Afaria

Où est-ce qu’on mange ce soir ? Dans un restaurant ouvert tout récemment, Afaria, bistrot basque sis dans le XVe arrondissement parisien. Son chef, Julien Duboué a déjà roulé sa bosse dans quelques tables de renom comme le Carré des Feuillants. Ca part donc a priori du bon pied. De plus, les chroniques dithyrambiques défilent dans la presse.

Alors on y va l’appétit trouillard, la faim angoissée, l’inquiétude chevillée à l’estomac… devant tant de louanges, l’on ne peut être que déçu… le plaisir de la découverte, il n’en reste forcément rien… Voilà un peu l’état d’esprit dans lequel j’aborde
l’établissement, à tout juste 20h15, un jeudi soir.

C’est plutôt joli. C’est un bistrot, donc oubliez les moulures, dorures, marbre et linge de table brodé. Mais c’est sobre, net, précis et très propre. C’est neuf, mais ça n’est pas tape à l’oeil. Au moins ça de gagné.

L’accueil est tout de suite très agréable. On s’installe et l’on s’étonne… Trois tables d’occupées seulement ? Certes on est en
semaine, mais tout de même… on n’est pas les seuls à lire la presse. Si ? Ou alors ceux qui ne sont pas là savent qu’il ne faut pas leur faire confiance, à ces raclures de journalistes, qui nous dirigent vers des tables médiocres pour pouvoir déguster les plats les plus fins et bon marché au calme ? On va voir…

C’est en sirotant un petit Mâcon-Villages correct que l’on découvre la carte. Petite originalité, au lieu d’être organisée par type de plats (“Entrée”, “Poissons”, “Viandes”, “Desserts”), c’est une déclinaison de quatre menus par thèmes qui est proposée : “Les Sudistes”, “A partager à deux”, “Petits appétits” et un dernier dont l’intitulé m’échappe déjà. Chaque thème propose une entrée, un plat et un dessert, mais rien n’oblige à s’y cantonner. On peut donc prendre l’entrée de l’un, le plat d’un autre et le dessert d’un troisième. Manquerait plus que ça.
Le Chef propose également un menu dégustation en 5 services concoté selon les produits et envies du moment : deux entrées, un poisson, une viande et un dessert. Le tout en demi-portions, comme il se doit. En clair, c’est concis, net et précis.

Après quelques minutes, un peu longues sous le coup de la faim, et peut-être même dans l’absolu, nos entrées arrivent. Dans mon assiette, le fameux boudin aux pommes en croûte de moutarde tant attendu, le fameux “plat de la rentrée”, et en face, c’est une soupe d’artichauts qui est servie. Cette dernière est fabuleusement onctueuse, presque crémeuse, et fraîche. Ca a effectivement goût d’artichaut, ce qui est certes la moindre des choses, mais ne serait pas forcément évident chez certains restaurateurs.
Armé de l’équipement maison, j’attaque le petit millefeuille noir et or qui me fait de l’oeil depuis trop longtemps déjà, fièrement dressé comme une brique de concentré gastronomique. A la découpe, on devine déjà sous le couteau une rare douceur, une texture d’un moelleux très cohérent. En bouche, le goût rejoint les apparences. C’est doux, fondant, équilibré et pour autant pas commun. Le boudin est là, oui, la pomme aussi… la moutarde vient en contrepoint apporter une petite
touche acide à cette débauche de douceur, tout juste grasse comme il faut. Les goûts se mêlent sans s’entrechoquer, que dire de plus ? Rien parce que l’on ne mange pas la bouche ouverte, et que l’on ne va pas s’arrêter pour parler alors qu’on pourrait se foutre du boudin dans la bouche à la place. C’est quand-même plus important.

C’est vite fini et ça a un fort goût de reviens-y, mais il faut bien passer aux plats. Ce qui n’est pas le parti-pris de tout le monde, car une table voisine fit changer l’échine de porce par un 2e boudin aux pommes, et ce pour les deux convives. Si c’est pas un gage de qualité ! Et d’ailleurs, cette entrée était omniprésente. On imaginerait presque les gens s’asseoir à leur table et réclamer en chantant leur boudin aux pommes dont les mérites seraient vantés jusqu’au delà du boulevard périphérique. Un ris de veau de mon côté, une daurade grillée à la plancha de l’autre. La daurade, parfaite, cuite juste comme il faut. Elle est servie sur un lit de spaghetti façon paëlla. Ce ne sont pas vraiment des spaghettis en fait, mais les versions longues des tagliatelles, dont le nom ne me revient pas (allez faire un tour sur le site de De Cecco si vous voulez, là, j’ai la flemme). Tout ce qui compte c’est que c’est délicieux. Ca a vraiment goût de paëlla, et pas n’importe laquelle. Epices équlibrées, fruits de mer frais et présents (on évite le coup de la moule solitaire qui se balade dans le plat, et dont on s’aperçoit que, trop cuit, le mollusque avait quitté la coquille). Mon riz de veau ? Convaincant. Mallheureusement pas transcendant, car peut-être un pilochouïa trop cuit. Le riz sauvage et la sauce d’accompagnement faisaient très bon office. C’est le genre de plat qui correspond bien à son intitulé… mais j’en aurais presque voulu plus. Ca reste du bon ris de veau, et comme j’adore ça, je n’ai pas fait la fine bouche.

Un dessert ? Allez, moi j’avais encore faim de toute façon. Salade de fruits, chocolats et gourmandises à tremper dedans, crème au chocolat, tourtière aux pommes ? Ce sont ces deux derniers que nous choisissons. On craint encore une fois le pire. On est dans un bistrot, donc pas vraiment de chef pâtissier attitré. On risque le dessert rassis de l’avant-veille, le claquage sucré. Et pourtant… la crème au chocolat, sauce caramel à la fève de tonka et coulis de fruit rouges de ma compagne : surprenante ! C’est léger, ça a du goût, des goûts, même, on s’en lècherait les babines après avoir plongé le bec dans la coupelle pour l’essuyer sauvagement.
Ma tourtière aux pommes, glace à l’armagnac et aux pruneaux ? Fantastique ! Les gâteaux aux pommes, c’est toujours dangereux, on est sur la corde raide, magnifique quand c’est bon, dégueulasse si c’est ne serait-ce qu’un rien moins qu’exceptionnel. Et bien là on n’est pas déçus. Deux fines couches de pâte enveloppant la pomme, le tout légèrement relevé de notes de cannelle. Délicieux. La glace qui l’accompagne ? Douce, servie à bonne température, accompagnement
idéal. Des desserts qui parviennent presque à nous faire oublier le reste du repas, dans un endroit comme celui-ci, c’est surprenant. On est conquis.

Le service ? Trois agréables jeunes femmes qui papillonnent entre les 55 couverts du restaurant. Elles sont parfois débordées, lors du coup de feu de 21h, la salle pleine à craquer, un poil bruyante et surchauffée. Ca reste quand-même très bien. Mention spéciale à notre serveuse, très charmante petite jeune femme brune. Malheureusement on est accompagné et c’est – je crois – la femme du patron. On est là pour manger de toute façon.

Les prix ? A la carte, comptez entre 25 et 40 EUR selon les plats choisis. Menu dégustation à 42 EUR, menus du midi entre 17 EUR et 27 EUR.
Petite sélection de vins dans tous les registres… une ou deux bouteilles par région, ça peut faire juste.
Quelques vins aux verre, de 4 à 6 EUR.

Ah et il y a aussi une carte de tapas, ainsi qu’une grande table de 8/10 personnes pour les déguster (mais on peut aussi les commander dans la salle de restaurant). Ca a l’air un poil cher (7 EUR la tortilla, toute juste pour deux), mais quelque chose me dit qu’on y retournera pour essayer !

Afaria
15, rue Desnouettes (M° Convention)
Paris XVe
01.48.56.15.36