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Le Cinq, novembre 2009

La galerie photos

Je retourne rarement plusieurs fois dans un même restaurant. Pas que je sois un éternel instatisfait, non, mais il y a tout simplement tant de choix à Paris qu’il serait dommage de se limiter à une poignée d’adresses. Certes, je retourne deux ou trois fois par an à la Régalade, parce que c’est pratique, pas trop cher et toujours bon, régulièrement excellent. Autre exception notable à cette règle : Le Cinq. J’étais un peu passé à côté de la première expérience, la deuxième m’avait déjà un peu plus enthousiasmé. Pourtant, aucun de ces deux repas ne fut parfait, loin s’en faut, et surtout, je n’avais toujours pas goûté ce plat emblématique de Briffard : le pithiviers de gibiers à plumes.J’étais bien décidé à foncer dessus cette année. Et puis, pour une occasion très spéciale, j’avais envie d’un restaurant où je savais que l’on serait à l’aise avec le service. Le choix s’est donc naturellement imposé : il fallait que je retourne une troisième fois au Cinq. L’abnégation, ça me connaît.

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Le Cinq – 31/10/2008

Le Cinq, deuxième. Comme on se l’était promis il y a deux semaines, retour au Cinq, toujours au déjeuner. L’idée, c’était de tenter le “menu du marché”, mais gros dilemme : le pithiviers de colvert et grouse nous avait fait de l’oeil la dernière fois… On finit par se dire que si c’est pour taper dans la carte, autant revenir un soir et en profiter à fond si ça nous tente.

Risotto aux cèpes

Risotto aux cèpes

L’expérience a été très différente de la fois précédente, à mon sens. Autant j’avais adoré le service, mais gardais un souvenir imprécis des assiettes, autant j’ai ici adoré tout les mets, mais ai été déçu par le service. Pour qu’il n’y ait pas de méprise, je dirais que le service au restaurant, à la limite, je m’en fiche un peu. S’il est inexistant et transparent, c’est très bien comme ça : je ne viens pas m’attabler avec les serveurs mais avec ma copine des amis ou de la famille par exemple.

Lorsqu’il est de qualité, cela contribue à rendre le moment encore plus agréable (pourvu que les plats soient à la hauteur, évidemment), et j’apprécie ça à sa juste valeur. En revanche, lorsqu’il tente d’être présent, mais s’avère vaguement à côté de la plaque, ça fait tâche, ça gâche.

Anguille

Anguille

Rien de très grave à vrai dire, de toute façon je ne suis pas du genre à m’en formaliser, mais nous demander deux fois si nous sommes français, en faire trop dans la présentation des plats et autres “goodies” et finalement parfois oublier l’essentiel, ça jurait tellement avec notre précédente expérience, qu’on ne pouvait pas ne pas le relever. Allez, ne blâmons pas le jeune homme qui s’est occupé de nous, il s’agissait peut-être de ses débuts, ou peut-être même était-il là temporairement pour combler les absences dues aux congés.
En revanche, le sommelier nous avait reconnu et était toujours aussi agréable, espiègle. On le sent passionné et on imagine qu’il a réalisé un rêve de gosse en ayant la chance de faire le lien entre la clientèle du  restaurant et l’une des plus belles caves parisiennes. Rapide exposé sur la place du whisky dans la carte des vins… qui y brille par son absence ! Pour garantir une meilleure “fraîcheur” des bouteilles, c’est la carte du bar qui est utilisée. J’apprends qu’ils ont tout de même un Port Ellen 1978 d’ouvert au restaurant. Dommage que je ne sois pas là pour dîner et donc prêt à m’attarder avec un bon digestif en fin de repas !

Epaules de lièvre

Epaules de lièvre

Par ailleurs, si le service ne s’est pas avéré à la hauteur de notre précédente expérience, j’ai beaucoup plus apprécié les plats qui nous furent servis. Pour pinailler, je dirais que, peut-être, les accras étaient moins légers, plus gras qu’il y a deux semaines. C’était peut-être juste une impression. Pour le reste, que du tout bon. Même amuse-bouches, sauf que la brioche était fourrée à l’aubergine et non plus à la châtaigne cette
fois ci. C’était peut-être encore meilleur à mon goût !
En entrée, mon risotto aux cèpes et palette de bellota était fantastique, en qualité et en quantité. Le goût du champignon était bien présent, le riz fameux (je vais me faire flinguer par la risotto-police pour oser dire ça d’un risotto dégusté hors du territoire italien mais qu’importe), et agrémenté d’un jus de viande fantastique au goût profond. On aurait envie d’en demander une saucière, et de tremper son pain dedans ! Les anguilles, pomme de terre, salade et crème fouettée étaient également très bonnes, d’exécution simple et quelque part rassurante.

Saint-jacque

Saint-jacques

Pour plat principal, raffolant du gibier, je ne pouvais pas ne pas choisir les épaules de lièvre confites et champignons de saison. Le plat arrivera après une longue attente. Qu’importe, c’était tout ce que je voulais : du lièvre cuit comme il faut, pas trop, de sorte à ne pas l’assécher, une sauce intense, et quelques chanterelles, de la figue, une échalotte et deux ravioles aux champignons. Encore une fois, c’est copieux, mais ça se termine sans problème, arrosé d’un verre de cornas Tardieu-Laurent 2000. Par ailleurs, les saint-jacques servies en coquilles accompagnée d’une sauce au cresson et d’une purée de potiron avait quelque chose de subtilement délicieux dans l’assemblage des saveurs. Servie à part, je n’ai pas goûté la saint-jacques en bouillon de poule aromatisé à la citronelle. A priori, c’était bon, mais détonnait avec le reste du plat.

Les desserts… encore une longueur du service. On avait demandé à n’effectuer le choix qu’après le plat principal, et nous devons redemander la carte, puis attendre encore. Pré-dessert : une fois de plus, encore plus enthousiasmant que précédemment. Il s’agissait d’une petite crème brûlée sous des morceaux de pomme rôtie, le tout coiffé d’un surprenant granité au cidre. Belle idée, et comme toujours ici, excellente exécution.

Dôme au chocolat et cassis

Dôme au chocolat et cassis

Le repas se termine aussi bien qu’il s’était déroulé jusqu’alors, gastronomiquement parlant. Le dôme glacé chocolat au coeur de cassis est servi avec une quenelle de glace au chocolat. Cette dernière, servie sur un petit sablé, est peu amère, mais peut-être également un peu trop légère en cacao à mon goût. Le dôme glacé était en revanche plus convaincant. L’acidité du cassis casse agréablement le gras de la crème chocolatée et y ajoute des notes fruitées que l’on retrouve dans certains cacaos, l’ensemble est cohérent. Une petite couche croustillante que, dans ma gloutonnerie, je n’ai pas identifiée apporte une texture supplémentaire bienvenue. J’y suis allé un peu vite, mais c’est bon signe. Le quatre-quart à la poire est parti tout aussi rapidement. La boule de glace à la vanille servie en accompagnement avait de la tenue, mais n’était peut-être pas assez marquée par l’épice… ceci dit il n’y a jamais assez de vanille à mon goût. Le gâteau lui-même ressemblait plus à un “sponge-cake” ou un pudding qu’à un quatre-quart dans le sens où il était beaucoup moins riche et mastoc, mais néanmoins excellent, à s’en lécher les babines.

Quatre-quart aux poires

Quatre-quart aux poires

Au final, je suis heureux d’être retourné goûter la cuisine de Briffard. Ce menu-déjeuner est d’un rapport qualité-prix fantastique, même si, pour le commun des mortels, ça ne sera évidemment pas pour tous les jours ! Si en plus, on prend en compte le cadre intéressant et le service fantastique (je persiste à croire que l’on a joué de malchance), cela fait autant de bonnes raisons de se laisser tenter. Seul vrai regret, avec le café nous fut amené le fameux chariot de confiseries, identiques à la dernière fois… à ma question sur la
provenance de ces fantastiques caramels, notre serveur, après un énorme looping verbal, m’avait répondu qu’il allait se renseigner, mais ne m’a finalement pas donné la réponse. Est-ce à dire qu’il faudra y retourner, pour déguster le pithiviers et pour connaître le fournisseur de ces sucreries..?

[miam040] Le Cinq

Le Cinq, c’est le restaurant gastronomique du mythique hôtel George V à Paris. En quelques années, Philippe Legendre était parvenu à décrocher les trois étoiles au guide Michelin. Puis en perdit une tout aussi rapidement.
Au début du printemps 2008, Legendre jeta l’éponge. Sa succession fut vite organisée : Eric Briffard reprit alors les cuisines du Cinq durant l’été. Excellente nouvelle pour certains : Briffard qui officiait jusqu’alors aux Elysées du Vernet offrait une cuisine de très haut vol, que d’aucuns considéraient comme un des meilleurs plans gastronomiques de la capitale. Avec les moyens du George V, ça ne pouvait qu’être grandiose. Pour ma part, je dois avoir été quelque peu déçu à la lecture de cette annonce : le restaurant les Elysées était en effet dans ma liste “à faire” depuis qu’une de mes réservations avaient été annulée pour travaux. Au Cinq, j’imaginais évidemment les tarifs grimper en flèche, rendant donc la cuisine de Briffard quasi-inabordable pour le commun des mortels.

On comprendra donc aisément que je m’étais efforcé de l’oublier temporairement. Il fut rappelé à ma mémoire il y a quelques semaines de cela. Plusieurs critiques dythirambiques sur ce restaurant parurent alors, mettant en avant deux points d’importance  : la cuisine de Briffard est au moins aussi fantastique qu’aux Elysées, et les menus proposés au déjeuner ne rendaient pas obligatoire le braquage d’une banque (est-ce encore lucratif de nos jours ?) avant le repas. Pas question de tergiverser cette fois-ci : ni une ni deux, je posai un congé et réservai une table. Aux regrets succédaient l’impatience la plus vive, telle que je n’en avais guère connue depuis mes réservations chez Gagnaire ou Yasuda, deux repas qui ont changé ma vie (traitez-moi de frappadingue si vous le voulez, mais c’est vrai !).

Voilà pour l’introduction, nécessaire à la compréhension de mon expérience au Cinq. Pour faire encore plus simple, je vais la prolonger un peu plus en commençant par la fin : je suis sorti de mon déjeuner déphasé et perplexe.

Le déphasage s’explique aisément. Par la fatigue, tout d’abord. Par un décalage avec la réalité de mon quotidien par ailleurs. Passer en quelques instants de son appartement mal rangé au métro puis à l’un
des plus somptueux palaces parisiens, tout ça le lendemain d’un concert rock avec bière et gobelets en plastique, bonjour le choc. On survit.
Le lieu est réellement magnifique. Aucune des photos de la salle de restauration que j’ai pu voir par ailleurs ne rendent réellement justice à ce lieu magique. Je ne suis pourtant pas spécialement attiré par cette débauche de luxe, assez grandiloquant, il faut bien le dire, mais il y a quelque chose d’irréel et de tout simplement envoûtant à ce retrouver là durant quelques heures. A tel point qu’il faut parfois se forcer à prendre du recul, se frotter les yeux, regarder autour de soi pour se dire que tout ça est bien réel, qu’on est vraiment là, et que ça n’est pas une blague. Très différent de chez Gagnaire où j’avais trouvé une ambiance style “speakeasy” version grand luxe gastronomique et ses quelques happy-fews ayant accès à des mets
secrets délivrés par un personnage charismatique (et dire que je me plains toujours de n’avoir pas d’imagination).
Le service contribue fortement à cette impression de faire partie d’une grande famille. Malgré mon âge deux fois inférieur à la moyenne des clients présents ce jour là et ma tignasse ébouriffée, on m’a traité comme si j’étais un initié, ou mieux, un ami de la maison. Tout ça est orchestré de main de maître par Eric Beaumard, un vice-meilleur sommelier du monde, présent au Cinq depuis bien longtemps. Notre maître d’hôtel (ou était-ce un chef de rang ? je patauge dans la hiérarchie hôtelière) était également parfait. Jamais la moindre trace de condescendance, aucune pression à la consommation non plus, et les quelques phrases échangées ne font jamais tâche. C’est un vrai talent que d’être capable de mettre aussi facilement sa clientèle à l’aise.

Ma perplexité est plus délicate à exprimer. D’un côté, j’ai l’impression n’avoir pas été aussi ému que j’espérais l’être. Il faut dire que la cuisine de Briffard m’a paru très directe. Des plats sans détour, donc, mais portant pourtant bien la griffe d’un chef talentueux. Les accras de crevettes et encornets servis avec l’apéritif ? Délicieux, aériens, fondants… en un mot : fantastiques. Le foie gras rôti et sa figue ? Un très beau produit et un équilibre parfait avec le fruit prouvent qu’en cuisine, on a le soucis de la précision, de la perfection tout simplement. Impression confirmée avec le filet d’agneau : fondants, goûteux à souhait, accompagné d’un peu de tapenade, sans amertume superflue… une petite sauce à base de harissa servie à part relève légèrement le tout : la meilleure viande que j’ai dégusté depuis quelques temps déjà, divin ! Servis en accompagnement, les légumes façon tajine étaient également très plaisants.
Toutefois, la première entrée, un tartare de saint-jacques m’a posé problème. En soi, le plat était très bon, certes. Malheureusement, j’ai trouvé qu’il répondait mal à son intitulé : le goût fin du mollusque ne ressortant pas, comme écrasé par la mousse au chou-fleur et la gelée (à l’estragon ?)l’accompagnant.
A l’inverse, les desserts correspondaient en tout point à ce que l’on pouvait imaginer à la lecture de la carte, et ça m’a également préoccupé. Premièrement, celui à base d’ananas et de gelée d’hibiscus pouvait paraître quelque peu redondant après le pré-dessert mangue/ananas. D’autre part, j’aurais espéré un “wow” de surprise devant quelque chose transcendant ce à quoi je m’attendais. Ca aurait sûrement été le cas ailleurs, mais attendant de ce repas l’exceptionnel à chaque instant, j’ai presque été déçu de me retrouver en face d’un plat simplement excellent. Au rang des belles attentions, à apporter au crédit de l’équipe présente en salle : un verre d’Aleatico Passito offert par la maison avec le foie gras (excellent accord !), et le sommelier proposant un vin hors carte des vins au verre pour accompagner ma viande qui s’avéra être un Léoville Las Cases. De même, la petite boîte de caramels offerte à mademoiselle après le service des mignardises, c’est certes convenu et automatique, mais tout de même bien vu.

Alors au final que retenir de tout ça ? Que s’attabler au Cinq, c’est être certain de passer un excellent moment, à tous points de vue. La cuisine est excellente, peut-être même plus que cela. Malheureusement,
je n’étais pas à la hauteur pour l’apprécier convenablement ce jour là, c’est désormais assez clair dans mon esprit. Pour le reste, c’est un vrai show qui illustre bien un certain art de vivre à la française. Certes, ça ne s’adresse pas à n’importe qui : compter au moins 100 EUR par personne, et encore, uniquement au déjeuner et en étant raisonnable, mais cela mérite d’être vécu. On peut y aller comme l’on irait à un spectacle musical, à un opéra, au théâtre, en sachant que l’on sera aux toutes premières loges. Finalement, ce vague sentiment
de déception que j’avais au sortir du restaurant probablement dû au fait de m’être fait dépassé par les événéments. J’y retournerai donc très prochainement, plus en forme, en sachant mieux à quoi m’attendre, et quelque chose me dit, que j’en retirerai encore plus que cette fois-ci.

Pour information, nous avions choisi le menu “Saveurs d’automne” en quatre plats, proposé à 155 EUR. Au déjeuner, présence également d’un menu en trois plats à 85 EUR (foncez ! foncez ! foncez !). A la carte, c’est plus rude : 220 à 350 EUR en moyenne pour un repas complet. Je n’ai pas consulté la carte des vins. Au verre, ils sont proposés entre 19 et 30 EUR.
La réservation est indispensable, bien sûr, mais, c’est un peu moins courant, la veste également pour les hommes : un client visiblement peu au fait du dress-code imposé par la maison a dû s’en faire prêter une par l’établissement le temps du déjeuner !

Le Cinq
Tel. : 01 49 52 70 00
Hôtel George V
31, avenue George V
75008 Paris
M° George V (L1)
http://www.fourseasons.com/paris/dining.html

P.-S. : je sais, les photos sont plutôt mochesj’étais dos à la source de lumière et j’ai voulu faire vite : ça se voit !