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[miam021] Jean Georges

Premier miam international pour l’un des trois restaurants triple-étoilés de New York. Tout comme Le Bernardin, mais à l’inverse de Per Se, Jean Georges est tenu par un chef français, Jean-Georges Vongerichten.

On ne sera donc guère dépaysés par la cuisine que délivre dans son établissement phare cet alsacien d’origine, “executive chef” (comprendre que, s’il supervise le tout, il n’est probablement que rarement présent en cuisine) de pas moins de 17 restaurants. Un chef d’entreprise comme on en voit de plus en plus dans la restauration haut de gamme. On pourrait le déplorer, débattre longuement du sujet, ça n’est pas l’objet de ce miam.

Ce restaurant est situé au rez-de-chaussée de l’immense Trump International Hotel. Une fois passée la lourde porte d’entrée, quelques hôtesses nous accueillent, puis nous amènent à notre table. On passe ainsi de la salle “casual” dédiée au restaurant Nougatine, à l’ambiance plus proche du bistro de luxe à la salle “formal” où l’atmosphère est plus feutrée, l’espace entre les tables plus grand, la décoration plus classieuse, les tables plus joliment dressées et les fauteils probablement plus confortables. Là encore, pas très dépaysant par rapport aux établissements parisiens les plus luxueux, mais c’est en tout cas plutôt sobre et joli.

Le service est très formel, et toujours impeccable à tous les niveaux. C’est courtois, agréable, attentionné sans être intrusif. On est là pour profiter du rapport qualité-prix prétendument imbattable du déjeuner avec une formule dont j’aimerais que quelques établissements parisiens s’insipirent : pour 28$, un choix de deux
plats parmi une carte en comportant une vingtaine, variés dans les ingrédients, préparations et quantités. Il est possible de commander des plats supplémentaires pour 12$ chacun, et les desserts sont proposés à 8$. C’est effectivement imbattable dans cette catégorie.

Comme il faut se détendre un peu, se mettre en appétit en parcourant le menu et en attendant nos plats, on sirote une flûte de champagne. Une fois la commande prise, arrivent les amuses-bouches. J’ai malheureusement mal suivi la description de la verrine et impossible après coup d’en retrouver la composition… j’ai encore du travail. A côté, une petite brochette composée d’une crevette et d’un morceau de fenouil, agréable et enfin un petit morceau de mangue ne ressemblant pas tout à fait à celles que je connais. Dans l’ensemble, c’est correct, des goûts plutôt clairs, un peu de vivacité, on est prêts à attaquer le repas.

Les premiers plats arrivent rapidement, et ce sont ceux qui font en partie la réputation de la maison, parfait pour rentrer dans le vif du sujet. Le “Foie Gras Brulé” et sa confiture d’ananas, tout d’abord. La description correspond bien à ce que l’on a dans l’assiette : un petit bloc de foie gras circulaire, très fondant, crémeux même, posée sur une brioche moelleuse, le tout couvert d’une petite croûte craquante caramélisée. Le tout est agréable, et se marie bien avec la confiture. Cependant, j’ai trouvé plus d’intérêt dans le jeu des textures qu’au niveau des saveurs : d’autres variations autour de ce produit m’ont plus impressionnées.
Par ailleurs, l’”Egg Caviar” (supplément de 25$ au déjeuner). Un oeuf légèrement brouillé, de la crème fouettée, une cuillérée de caviar sur le dessus : c’est simple, mais efficace, un peu à la manière d’une
brouillade d’oeufs à la truffe.

En bref, un bon début, pas complètement ébouriffant, mais rassurant et intéressant.

“Skate With Chateau-Chalon Sauce” : un filet de raie, une petite brunoise de légumes, et la fameuse sauce au Château Chalon versée au moment du service. La simplicité absolue, c’est très bon, mais un peu désarmant dans ce genre de restaurant : préparation et ingrédients simplissimes (quoique le Château Chalon est probablement rare aux USA), présentation minimaliste… c’est bien, mais on pense plus à un bon plat de bistrot français qu’à celui servi à l’une des plus grandes tables de Manhattan.
De même la “Warm Green Asparagus Salad” est aussi simple que bonne, dans un style qui rassure sur la compétence du chef ainsi que sur les ingrédients sélectionnés, mais là encore pas de quoi sauter au plafond !

La même impression domine les troisièmes plats que nous avions commandé, à savoir d’un côté la “Short Rib Vinaigrette, Spring Pea Puree and Baby Carrots” et de l’autre les “Sea Scallops, Caramelized Cauliflower, Caper Raisin Emulsion” : bons produits, préparation juste, belle harmonie… mais ne manque-t-il pas un petit quelque-chose, un peu plus d’allant et de mordant. Non pas que je réclame de l’original à tout prix ni du luxe pour impressionner, quelque chose de simple et bon me ravit. C’est certes plein d’application, mais sans l’étincelle, la petite marque de génie, la tension d’un plat que l’on sent en équilibre instable et qu’un rien dans la cuisson ou l’aissaisonnement pourrait faire basculer… comme si la cuisine faisait du très beau, du très bon, mais sans le supplément d’âme qui fait que l’on a l’impression que chaque assiette a effectivement été réalisée en pensant à nous. Difficile cependant d’expliquer pourquoi.

Les desserts ? Ils sont déclinés par produit : Pomme, Rhubarbe, Chocolat, Agrumes. On opte tous les deux pour le chocolat, et l’on prend également la rhubarbe et la pomme. Chacun est composé de deux parties formant unt out : effectivement, ils sont bons, et c’est peut-être le seul endroit à NYC où j’ai mangé du chocolat qui en avait vraiment le goût. J’ai en revanche été destabilisé par la rhubarbe, en n’y retrouvant pas le goût que je lui connais en Europe. Elle est ici très fruitée et moins acidulée, et me plait un peu moins. Même impression quelques jours plus tard au Momofuku Ssäm Bar…

Le repas se termine agréablement, même si en demandant un café on se retrouve avec d’immenses tasses de café filtre que l’on nous propose de remplir sitôt sirotées… apparemment aux Etats-Unis, et même dans
un restaurant étoilé tenu par un Français, il faut clairement demander un expresso pour en avoir un (même si au Starbucks, quand j’ai demandé un expresso, on m’a demandé si ce que je voulais était un “Solo shot”… au secours !). Quelques mignardises : de minuscules macarons, pas fantastiques, trois chocolats gentiment oubliables, et trois morceaux de guimauve découpés devant nous, dont on peut également se passer. C’est en-dessous du reste du repas, et notammant moins bon que l’amuse-bouche servi en début de repas.

Un mot sur les vins : outre le champagne en apéritif, nous avions opté pour différents vins au verre. Ils étaient tous décevant, malgré des tarifs en ligne avec ce qui se fait en France. Les deux vins blancs américains notamment, très typés mais auxquels manquaient la subtilité et la complexité auquel nous sommes malgré nous habitués, et les vins Français (un Saint-Emilion et un Banyuls pour le dessert), certes pas mauvais mais “plats”… on trouve quantité de bouteilles à 10EUR bien meilleures dans nos supermarchés, peut-être qu’aux US, la donne est différente. Mieux vaut peut-être se rabattre sur une sélection de demi-bouteilles que j’espère plus juste (je n’ai pas consulté la carte des vins), car ceux servis au verre ne contribuent guère à faire passer un moment exceptionnel, ce qui est pourtant à mon sens le but d’un restaurant gastronomique.

2h30 pour un déjeuner agréable dans un endroit qui ne l’est pas moins. La note est plutôt douce pour ce type de repas : un peu plus de 200EUR, services et taxes incluses, pour 3 plats, 2 desserts, et plusieurs verres de vin. Malgré mes petites réserves, et s’il ne vaut pas le déplacement à lui tout seul, Jean Georges mérite tout de même le détour. Si vous voulez des produits plus luxueux et une débauche de plats, les menus du dîner sont également proposés à des tarifs abordables étant donné le taux de change actuel.

Prochain séjour à New York, je me laisserai probablement tenter par son voisin d’en face, le Per Se de Thomas Keller.

Jean Georges
1, Central Park West
New York, NY 10023
+1 212-299-3900
http://www.jean-georges.com

Pierre Gagnaire – dîner du 28/03/2008

S’il me semble difficile d’exprimer avec mon vocabulaire et mon style limités toutes les sensations, toutes les émotions ressenties lors de ce dîner d’anthologie, après le ressenti général de mon [miam019] je vais quand-même livrer une description de ce repas, plat par plat, à froid et sans avoir pris de notes. Le récit en sera donc imprécis et ne prétend aucunement relater l’expérience Pierre Gagnaire comme elle est vécue au restaurant.

En apéritif, pour accompagner un verre de champagne, quelques amuses bouches nous sont proposés. On s’ouvre donc l’appétit avec, tour à tour, de l’anguille laquée, un gobelet comprenant un croquant aux épices tandoori, un autre recouvert d’un fin filet d’anchois, un cornet à la cacaouhète ainsi qu’une crème dont j’ai oublié la composition ; un assemblage de deux tuiles, l’une à la roquette l’autre au fromage, avec une petite sauce à la framboise, et dont le goût rappelle étrangement les “Paille d’Or” et enfin une cuillérèe d’oignon et de lard. Le tout est très fin, très bon, mais n’a pour seul objet que de mettre les sens aux abois, l’estomac en condition.

Devant la complexité du menu, le nombre de plats et de saveurs, difficile de choisir un vin précis. On s’oriente donc vers du champagne, car de toute façon un seul plat de viande est au programme. Le sommelier nous précise que l’approche “vins au verre” n’est pas préconisée par la maison, car la cuisine de Pierre Gagnaire ne la favorise pas. Il nous oriente vers une bouteille d’un vineux Egly-Ouriet Blanc de Noirs, deux fois moins chère que celle présélectionnée, et qui s’avèrera un excellent choix.

Pressé de tourteau, gelée d’agrumes à l’aneth.
Aiguilles de raie, chaud-froid d’huile d’olive foisonnée au miel du désert des Agriates.
Abricots secs et navets croquants déglacés de cidre fermier.

Belle façon de commencer le repas. C’est vif, d’un goût juste. L’association entre les trois composantes du plat ne fonctionne toutefois pas vraiment, il vaut mieux les aborder comme trois entités distinctes, et finalement presque comme une continuité des amuses-bouches, en plus consistant, plus complexe et plus goûtu. On se laisse maintenant complètement aller pour le reste du repas.

Blanc de Saint Pierre raidi dans un beurre mousseux estragon et piment d’Espelette ; coeur de tomate, rouelles croustillantes d’oignon doux. Salade d’encornets en fond d’assiette ; sirop de rhubarbe acidulé.

Là on touche au ridicule. Un plat quasiment inconcevable : sur le papier, c’est peu lisible, on se demande si c’est vraiment cohérent et bienvenu que de présenter tout ça dans la même assiette. Mais c’est ridiculement bon, absolument génial. On se retrouve propulsé au nirvana gastronomique. C’est probablement dû à mon inexpérience de ce type de cuisine, mais je ne trouve pas les mots pour décrire l’inconcevable. Tout fonctionne, que ça soit pris séparément, ou en tant que partie d’un ensemble. On retrouve réellement tout ce que décrit la carte, sans que rien ne prenne le dessus ou ne vienne mettre en péril ce superbe numéro d’équilibriste.

Mousseline de sandre : fèves, petits pois et lard fumé.
Blette en paquet, choux coeur de boeuf, sauce Poulette.
Grenouilles meunières enrobées d’une fine polenta au colombo, ail des ours.

Alors que l’on est encore sur notre petit nuage après avoir dégusté le Saint Pierre, ce plat vient gentiment nous faire reprendre nos esprits. Les grenouilles : bonnes, mais l’ail masque le goût si fin de leur chair. Légumes et sauce Poulette : divin, on se retient tout juste de se saisir d’un morceau de pain pour saucer. La mousseline : seule, d’un intérêt limité, mais avec les féculents et le lard, c’est très bien. C’est à la fois doux et puissant, croquant et évanescent.

Homard bleu au gingembre frais ; crème de grenailles de Noirmoutier au Pineau des Charentes, cassée du jus de carcasse.

Homard parfaitement cuit, c’est à dire quasiment pas, quelques grains d’un bon riz, la fine couche de purée, la bisque du homard, et la vivacité du gingembre : on repart ici en force avec ce très bon plat. Pas grand chose à en redire, ça correspond exactement à ce que l’on pouvait attendre.

Glace d’asperge blanche à la cardamome ; velouté clair de concombre, olives vertes de Lucques, mangue du Vietnam.
Ventrèche crémeuse de thon blanc.

Une manière de “trou normand”. Alors que l’on se demande déjà comment on pourra déguster tout le reste, on se nettoie les papilles avec cette glace et ce velouté très frais, le thon excellent mais ne masquant pas les arômes plus fragiles des légumes. Un plat peu conventionnel et pourtant de toute évidence une fois en bouche. C’est quelque part simple (ça ne l’est clairement pas en cuisine !) et bon (pas de doute ici).

Poêlée de rouget de roche au vadouvan, huître Gillardeau et coquillages du moment. Artichauts poivrades croquants, dés de lisette et jus de bouillabaise en assaisonnement.

Un plat iodé, très typé. Rouget, huître, coquillages, bouillabaise… que des éléments forts en goût. Ca peut déstabiliser, surtout à un moment où l’appétit a été calmé. Pour moi, ça reste très bien, un excellent panorama de tout ce que la mer peut nous offrir.

Côte de veau de lait rôtie entière au plat.
On vous sert une tranche, badigeonnée de paprika et de curry doux de Madras, puis posée sur un coulis de poivron rouge à l’amarante.
Mascarpone et chlorophylle de roquette.

Wow ! Tout simplement : “wow !”. Après le fabuleux Saint Pierre et la suite d’excellents plats proposés depuis, je ne m’attendais pas à être renvoyé directement dans le fond de mon fauteuil à la première mastication de cette viande exceptionnelle. Une cuisson incroyable, la petite pointe de paprika, de curry qui ajoute tant tout en se faisant discrète au possible, le coulis de poivron… je ne sais pas combien de temps Gagnaire réfléchit avant de concevoir des plats comme celui-ci, mais on est de nouveau envoyé au 7e ciel. On se demande si tout les repas ne vont pas nous sembler insipides, inintéressants après celui-ci. On fait durer, on profite. Quelqus gorgées du Château Bellegrave 2001 ajoutent à la magie. On perd toute notion du temps, de l’espace, on sourit béatement.

C’est fini ? Pas vraiment.

Trois fromages…
Bourse de bleu de Termignon.
Parfait brebis, céleri doré au poivre, mélasse de caroube.
Brioche de camembert.

On déguste dans l’ordre recommandé par notre serveur.
Brioche de camembert : en fait, il s’agit d’une mousse de camembert sur laquelle sont déposés de petits cubes de brioche. On prend sa cuillère, on goûte… et l’on est de nouveau pris de court, car là où l’on s’attendait à un camembert effacé, c’est au contraire sa pleine puissance qui nous est offerte, simplement avec une texture différente. Cela m’a fait penser au camembert Jort, mais en aveugle, et à ce stade du repas, je serai bien incapable de dire s’il s’agissait de celui-ci ou d’un autre.
Bleu de Termignon : il est présenté dans une feuille (j’ai oublié sa dénomination) et avec un jus de laitue et du vinaigre balsamique. Je ne connaissais pas du tout ce fromage, et ne savait donc pas à quoi m’attendre. On coupe un petit morceau : c’est grumeleux, et pas forcément “bleu”. En bouche, c’est l’explosion. On s’imagine à la ferme, dans une étable, on pense au goût du lait fraîchement trait. J’ai rarement mangé un fromage aussi fort, aussi riche. Exactement le genre de choses auxquelles je pense lorsque j’entends le mot “terroir”. Attention, même les amateurs de sensation fromagères peuvent être déstabilisés.
Brebis : il est servi très frais, presque glacé, et effectivement cela se mange comme un dessert. Cette impression est renforcée par le glaçage à la mélasse de caroube. Cela permet également d’apaiser le feu provoqué par le bleu de Termignon, et constitue donc effectivement une bonne introduction aux desserts.

Les desserts de Pierre Gagnaire

Je pense que Gagnaire est conscient que le menu dégustation est extrêmement copieux, peut-être trop. Il propose donc en standard une succession de petits desserts frais, peu sucrés, plus propices à être appréciés à ce moment là, et parfaitement étudiés pour un retour à la réalité sans encombre.
Ils sont dans l’ensemble loin d’être aussi intéressants que les autres plats, certains étant simplement anecdotiques, presque superflus. Pour ceux qui prennent les plats à la carte, d’autres types de desserts, plus classiques sont proposés.

Une assiette de mignardises : guimauve, tuile (très) acidulée, godet chocolat blanc / sauce citron acide, griotte chocolat fourrée (amande ?), godet de chocolat noir/café, petite meringue à l’amande.
Un “mug” recouvert d’une fine feuille d’ananas très frais, au fond duquel on retrouve un sorbet au citron, encore une fois très acide. Très bien pour digérer.

Sauce au malabar, coulis de fraise, mousse à la bière blanche, parfait au citron : ça n’est pas “mauvais”, mais ça n’a à mon sens aucun intérêt. C’est presque une blague, on se dit que c’est amusant, le chef a dû se dire la même chose.
Assiette de “pâte” (ni une crème, ni une glace… difficile à décrire, je ne me souviens plus comment ça nous a été présenté) de pistache, lait de coco, perles du japon, copeau de noix de coco, cubes de gelée de groseille. L’équivalent sucré d’un plat comme le Saint Pierre du début de repas. Ca regorge de choses et d’autres, et ensemble, ça donne un tout cohérent. Très bien.

Chocolat Gagnaire : feuilles de nougatine, ganache au chocolat amer, sauce chocolat, amandes. Très bon dessert basé sur un chocolat très puissant. Encore faut il avoir l’appétit pour le terminer. C’était mon cas, j’ai même terminé la moitié qui restait dans l’assiette de ma voisine de table. Superbe !

Sorbet pomme verte, gelée et morceaux de concombres, sauce Izzara, feuilles de roquette. Contre toute attente, c’est également excellent, très frais, très léger.

On profite encore quelques instants de l’atmosphère du restaurant, on repense aux plats dégustés. Un petit expresso, un chocolat pour l’accompagner.

Au moment de récupérer nos manteaux, je remarque une petite table sur laquelle sont disposés des services à Gong Fu Cha qui me rappellent furieusement quelque chose. Et effectivement, c’est une petite tasse de Wu-Long de la Maison des 3 thés qui nous est servie avant de repartir. Belle manière de quitter ce lieu magique.

L’addition : 727 EUR pour deux, avec deux menus dégustation (255 EUR / pers.), deux flûtes de Champagne en apéritif, une bouteille de Champagne + deux verres de vin, deux cafés et deux bouteilles d’Evian. Evidemment, c’est hors de prix, mais on le sait avant même de réserver. Si avant d’y aller on se demande si ça n’est pas un peu fou que de dîner dans un tel endroit, en ressortant, plus aucune hésitation : ça vaut le coup.
Deux jours après, je continue de repenser à ce repas, en espérant pouvoir retrouver quelque chose d’aussi formidable dans un futur que j’espère le plus proche possible. En attendant, il sera difficile de retourner dîner ailleurs.

[miam019] Pierre Gagnaire

Aborder ce type de repas, ça n’est pas évident. On réserve sans difficulté un mois à l’avance, c’est normal. Du coup, un mois durant, on se prépare psychologiquement pour cette soirée. Que va-t-on manger ? Est-ce que l’on sera en forme ce soir là ? Et est-ce que ça sera bon ? Il faut dire qu’un dîner chez Gagnaire peut, paraît-il, ressembler à un parcours de montagnes russes : excitant, peut-être, effrayant, surtout et pas forcément agréable.

Le jour venu, on déjeune léger, on s’active un peu, on tente d’apprivoiser sa faim. Tour à tour, on piaffe d’impatience, on hésite, on appréhende… et on est déjà en route pour l’hôtel Balzac.

Pour un bleu dans mon genre, il y a toujours cette excitation à l’arrivée dans un établissement de ce niveau : impressionné, oui, enthousiaste, surtout. Passer en l’espace d’une minute ou deux du métro, de la grisaille parisienne et des établissements de restauration franchisés des Champs-Elysées à cette grande salle à l’ambiance feutrée, à l’éclairage tamisé, c’est réconfortant. La salle en elle-même n’a rien de très intéressant : ça n’est pas vraiment joli, et c’est très daté dans un style début des années 80. Tout semble cependant mis en oeuvre pour oublier ceci : les spacieuses tables, assez éloignées les unes des autres, sont éclairées d’une bougie et d’un petit lampadaire, l’éclairage général étant réduit à la portion congrue.

Le bruissement des conversations d’autres convives, le ballet des serveurs nous fait rentrer dans l’ambiance. Parés au décollage, avec la carte du restaurant en guise de checklist et une flûte de champagne catalytique. Le choix le plus simple ? Ne pas en faire, se laisser guider par le chef au fil d’un menu dégustation : 7 plats, fromages et desserts.

Dans l’assiette, c’est épique, des saveurs dans tous les sens, un génie de précision et d’inventivité. Le service ? Digne de ce type d’établissement. Maître d’hôtel aux petits soins, serveurs d’une grande amabilité, souriants, jeune sommelier d’excellent conseil. Tout ce personnel papillonne entre les tables, les uns affublés de plateaux d’argent et d’assiettes, les autres servant et présentant les plats. Le charme opère, le luxe est un plaisir facile, difficile d’y résister, surtout lorsque le dîner est plus que fameux.

On est déjà sous le charme. Puis, sort de ses cuisine Pierre Gagnaire. Tenue et tablier de cuisiner d’un blanc immaculé, cheveux blonds en bataille, on pourrait le croire entouré d’une aura, probablement celle de la générosité et de la sincérité : une apparition charismatique qui nous laisse un peu pantois lorsqu’il arrive à notre table. “Bonsoir”.

De révélations en surprises, d’émotions en interrogations, on arrive rapidement vers la fin du dîner. C’est copieux, même pour un ripailleur. Ca fait partie de l’expérience gastronomique, et il serait à mon sens inconcevable d’arriver à la fin du repas avec la moindre pointe de faim. Les desserts, légers, pour beaucoup acidulés et fruités se succèdent rapidement. Le sixième et dernier est très rafraîchissant, vivifiant, à ce moment là, c’est parfait. “Rapidement”, avais-je dit ? Pas loin de quatre heures se sont écoulées à la vitesse de l’éclair durant le service de cette dizaine de plat.

Bien évidemment, il faut régler l’addition. Dans un établissement de ce type, on le fait les yeux fermés, comme une évidence, une formalité presque grossière au regard de ce qui a précédé. Si l’on doit se poser la question du prix, il est malheureusement préférable de ne pas venir en premier lieu. Qu’en restera-t-il ? Le souvenir d’un moment magique, la découverte d’un référentiel gastronomique… qui risque de blaser quelques temps. Malgré tout, je fais confiance à ma gourmandise pour reprendre bien vite le dessus, et – puis-je l’espérer ? – à mon porte-monnaie pour pouvoir me faire dire de nouveau “Bonsoir, monsieur Gagnaire” !

Ma description du dîner du 28/03/2008, plat par plat.

Restaurant Pierre Gagnaire
6, rue Balzac
75008 Paris
M° George V (L1)
01 58 36 12 50

http://www.pierregagnaire.com

[miam003] Stella Maris

Ce soir, profitant d’une belle occasion, nous allons dîner au Stella Maris. C’est un restaurant tenu par un chef japonais, Tateru Yoshino qui a fait son apprentissage auprès de grands chefs français, comme Robuchon, et qui délivre une cuisine française tout ce qu’il y a de plus traditionnelle.

Comme on n’est pas du genre à faire des chichis, on opte pour le “grand menu dégustation”, conconté chaque soir par le chef en fonction des saisons.

Après avoir grignoté de bonnes petites gougères en sirotant notre apéritif, la valse des plats débute : en premier lieu, un gaspacho de tomates à tomber par terre… frais pile comme il faut, bonne texture ni trop liquide ni trop consistante, et un arrière-goût aillé bien équilibré, la mise en bouche augure déjà de grandes choses… On continue avec des noix de melon, jambon cru et gelée dont j’ai oublié la composition. Le tout est très frais, encore une fois parfaitement équilibré, relevé par une pointe anisée surprenante mais très à propos.

On commence ensuite à passer aux choses sérieuses : des écrevisses poêlées, servies avec une tuile de carapaces d’écrevisse et d’oeufs (très croustillante et légère, absolument pas grasse) accompagnées de courgettes (sous deux formes : coeur et extérieur finement râpé), le tout sur un lit de feuilles ben… à vrai dire j’ai oublié ce que c’était. Les écrevisses se seraient suffies à elles-mêmes… cuisson parfaite, d’un goût succulent difficile à décrire autrement que par la simple perfection d’un produit bien préparé sans artifice. A tomber par terre, l’un des grands moments du repas pour moi !

Deuxième entrée consistante avec une portion de filet de rouget accompagnée de sa terrine., le tout accompagné d’une petite purée d’avocats, d’une sauce au pistou et de tomates concassées aux noix. Cuisson du poisson millimétrée, consistance parfaite, une peau finement croustillante et une chair fondante sans être trop peu cuite… Par ailleurs je ne suis normalement pas grand amateur de terrines de poisson, mais celle-ci était en tout point excellente. Encore une fois, j’ai été frappé par la fraîcheur et la perfection dans la préparation des produits.

Premier plat “de résistance” : demi-filet de daurade, servi avec des légumes croquants (brocolis, haricots, pois gourmands, le tout lié légèrement par une préparation à l’oeuf) et d’un délicieux écrasé de pommes de terre surmonté d’une petite chips (détail à vrai dire un poil superflu, mais bon, on paye pour être gâtés après tout). Encore une fois, on a le produit dans son plus simple appareil, et c’est comme cela qu’il est le meilleur. Diffcile d’exprimer ce qui se passe dans l’assiette, c’est juste simple et absolument, divinement parfait.

Enfin, arrive le fois gras sur lequel le serveur vient déposer une fine feuille de chocolat. En accompagnement, des aubergines, également nappées de chocolat.
Je n’avais jamais goûté cette association, elle était ici magique. Je ne parle même pas de la brioche chaude servie avec, un monument de finesse et de légèreté. Attention, ne tentez pas cette expérience à la maison ! Ca sera forcément dégueulasse, alors que là, c’est évident, tout tombe sous le sens… c’est difficilement descriptible, encore une fois.

Pas de fromage (heu à la limite “ouf”), mais on passe directement au dessert. On opte pour le soufflé au chocolat, moyennant un petit supplément mais comme dit François Simon dans sa chronique du restau sur Paris-Première “faut jouer le jeu de la gastronomie”… Après une petite vingtaine de minutes d’attente, nécessaires à la préparation (nous étions prévenus) , arrivent nos assiettes : en bordure, une boule de glace vanille côtoit un trait de sauce chocolat, dans le fond c’est un magnifique chocolat fondu qui nous attend. Les énormes soufflés débarquent et sont démoulés devant nos yeux… tâche pas évidente, mais les serveurs s’en sortent avec brio. Là encore c’est délicieux. Le soufflé est bien gonflé, à la seconde près et ne retombe pas après démoulage. Il est très légèrement chocolaté mais le goût de l’oeuf reste présent. L’association avec le chocolat fondu se fait très naturellement, et le classique contraste apporté par la glace vanille, même s’il peut sembler éculé, fonctionne parfaitement, tant celle-ci est merveilleuse dans ses arômes tant que dans sa texture.

Pour finir, en accompagnement du café, les classiques mignardises : ici, un petit macaron au fruit de la passion, une petite tartelette aux framboises (très bonne) et un biscuit au beurre surmonté d’une crème citron (un peu trop gélatineuse à mon goût, mais le biscuit était parfait, dommage), ainsi que des fruits frais, très gouteux et à bonne maturité.

Le vin ayant accompagné notre repas était un Mâcon Villages 2001 Domaine de la Bongran qui était également superbe. Il nous a été conseillé par le sommelier, et, à ma grande surprise, celui-ci a visiblement su s’adapter à notre standing sans que j’aie à le demander, car il m’a proposé une bouteille d’un prix raisonnable eu égard aux montants stratosphériques d’une bonne partie des vins de la carte (ie. 150-200EUR pour beaucoup de bouteilles).

Par ailleurs, le service était très prévenant sans être guindé ni gênant ou intimidant. Encore une fois, le personnel semble donner l’impression de savoir se mettre au niveau de ses clients. Ainsi, avec nous, la maîtresse de salle était toute rigolarde voire blagueuse, alors qu’elle ne se permettait apparemment pas ce genre de “familiarité” avec d’autres convives.

Le cadre est très épuré, très japonais finalement. Décor blanc aux lignes simples mais harmonieuses. Ca n’est pas le cadre mirifique de certaines grandes maisons, mais ça fait le boulot, et de toute façon, l’émerveillement se trouve dans l’assiette, ça colle bien avec la cuisine du chef, et ça permet de rester concentré.

Bref, je ne pense malheureusement pas être à la hauteur pour pouvoir décrire la façon dont ce restaurant propose une cuisine française traditionnelle simple mais parfaite. On se dit juste que la nourriture, c’est ça et rien d’autre, qu’on pourrait manger comme ça tous les jours tellement ça semble évident… mais à moins d’avoir quelques dizaines d’années de cuisine professionnelle dans les pattes et beaucoup de temps à y consacrer, ça me semble malheureusement impossible. La seule solution qui me reste donc est de devenir rentier, ou alors de réserver ce genre de repas à des occasions spéciales… et finalement c’est mieux comme ça !

Stella Maris
4, rue Arsène Houssaye
75008 Paris
Tél : 01-42-89-16-22
http://www.stellamarisparis.com