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[miam050] L’Arpège

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Ah, ce dîner à l’Arpège, je l’ai attendu. Plusieurs fois, j’ai hésité à me lancer, pour reculer au dernier moment. Cette fois ci, sans savoir pourquoi, je m’étais décidé pour de bon. Réesrvation quelques semaines à l’avance, pour ne pas prendre de risque, mais également pour profiter de cette douce impatience à l’approche d’un évémenent attendu. Je craignais évidemment d’être déçu, car les avis concernant l’établissement divergent : l’un des tous meilleurs restaurants au monde pour certains, une cuisine quelconque à des tarifs exhorbitants selon d’autres…
Une longue journée de travail m’a empêché de me faire trop de noeuds au cerveau, j’arrivais donc dans des dispositions idéales pour passer un excellent moment.

Assiette de présentation

Nous arrivons tôt, et sommes donc parmi les premiers attablés dans la salle principale au décor d’un goût discutable. Il ne fut d’ailleurs pas évident de s’installer tant les tables sont resserrées, beaucoup plus que dans tout autre restau de cette gamme que j’ai eu la chance de fréquenter. Non loin de nous, une grande tablée de touristes américains, évidemment bruyants, mais sans plus. Je me demande s’ils ne sont pas recrutés par les restaurateurs tant cela semble faire partie du décor ! Qu’importe.

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[miam048] Ledoyen

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Le restaurant Ledoyen n’est pas de ceux qui défrayent régulièrement la chronique. Il faut dire que son chef, le Breton Christian Le Squer y est installé depuis déjà une dizaine d’années, et avait décroché le troisième macaron Michelin en 2002. On en était donc resté là. Le Squer a certes depuis ouvert “ETC…”, son bistrot haut de gamme. Pendant ce temps, son navire amiral continuait d’être considéré comme une grande institution voguant tranquillement dans les hautes eaux de la grande gastronomie parisienne.
Puis, récemment, sans raison apparente, de nombreux fins gourmets se sont rendus chez Ledoyen, et en sont revenus avec un discours enthousiaste. L’établissement est donc non seulement toujours vivant, mais apparemment en grande forme. La carte servie actuellement m’intéressait, j’avais envie de faire une “petite” folie… ni une ni deux, la réservation était prise.

Je ne sais pas s’il s’agissait de l’effet Vendredi Saint, pré-week-end et vacances de Pâques, le contexte économique actuel ou la sous-médiatisation du restaurant, mais j’ai pu obtenir une table pour dîner trois jours à l’avance seulement. Surprenant. D’ailleurs, toutes les tables de la salle principale ne furent pas occupées ce soir là.

Salle Le pavillon Ledoyen, dans lequel se trouve le restaurant ainsi que quelques salons privés, est discrètement situé à le long de l’avenue des Champs Elysées et entouré d’un petit jardin. Le directeur de salle, Patrick Simiand, nous accueille dès le pas de la porte franchi, pour nous accompagner à la salle principale de l’étage. Le décor y est très classique, et n’a pas bougé depuis l’ouverture du restaurant peu après la Révolution Française. En sus des plafonniers, il est éclairé par quelques lampes individuelles et bougies. La vue sur le jardin et l’avenue ajoute au côté romantique, de nuit. Car à y regarder de plus près, il est vrai que l’endroit gagnerait à être rafraîchi. Moquette vieillissante, peintures légèrement craquelées dans quelques coins… Ne vous y méprenez toutefois pas : l’impression générale reste excellente, il s’agit ici de pinaillage. Rien de grave, donc, mais de plein jour, l’impression serait peut-être légèrement moins favorable.

Grosses langoustines bretonnes Alors que nous étudions la carte, quelques petits amuses-bouche nous sont apportés avec l’apéritif : macaron “terre et rivière” (anguille et betterave), truffe en persillade, samoussa à la volaille et une petite bouchée de mozzarella/basilic. L’on peut déjà reconnaître ici la patte de Le Squer. Ces petites bouchées apéritives sont en effet préparées avec le plus grand sérieux, en faisant un usage raisonné de techniques “moléculaires” (la petite bille de mozzarella qui explose en bouche pour s’épandre sous une forme liquide, par exemple). Leur aspect engageant est également couplé à des goûts clairs et nets sans être détonnants : ici, on cherche visiblement plutôt à susciter des “hmmm” de contentement que des “wow” d’étonnement.

Une pré-entrée un peu plus conséquente nous est ensuite servie. Quelques dés de saumon cru sur une crème de poireaux parsemée de quelques oeufs de saumon. La texture de la crème est assez inattendue, plutôt ferme. Pourtant, en bouche, ça n’est pas gélatineux ni gras, elle fond naturellement sous le palais et révèle parfaitement le goût du légume. Les dés de saumon sont tendres et goûtus. L’accord entre les deux produits est très classique et parfaitement réalisé, avec une présentation qui ne cherche pas à en mettre plein la vue tandis que la préparation sublime les matériaux de base sans les dénaturer. Jambon blanc/morilles/truffe/spaghettis

En entrée, “Grosses Langoustines de Bretagne”, servies en deux préparations. L’une est légèrement cuite à la plancha, tandis que l’autre est frite. Dessus, les serveurs dressent une mayonnaise à l’huile d’olive et au citron. Force est de constater que l’intitulé de la carte ne ment pas. Ces langoustines sont d’un très gros calibre : pour une entrée, la portion est généreuse.
Les deux préparations sont excellentes, et là encore, le chef ne cherche pas à se mettre en avant : les produits sont bons et très bien préparés, probablement les meilleures langoustines que j’ai eu l’occasion de goûter jusqu’alors.
L’émulsion à l’huile d’olive fond lentement sur l’effet de la douce chaleur dégagée par les crustacés. Contrairement à ce que je craignais au moment de son dressage, sa saveur reste très légère, et vient réhausser légèrement le goût de la chair des langoustines sans toutefois le masquer. Au final, on comprend facilement pourquoi cette entrée fait partie des “grands classiques” de la maison.

Toast d'anguille brûlé, réduction de jus de raisin Premier plat : jambon blanc/truffes/morilles/spaghettis. L’intitulé ne paye pas de mine, et rend encore plus impressionnante la découverte de l’assiette. Les spaghettis sont en effet taillés au millimètre près puis alignés pour former un parallélépipède sur le dessus duquel reposent quelques morilles et dés de jambon blanc. La somme de travail qu’il y a derrière cet assemblage est probablement énorme ! A côté est versée une crème à la truffe et au parmesan, que l’on retrouve à l’intérieur en compagnie d’autres morceaux de jambon et champignons.
Sur le papier, c’est très simple, on n’est pas loin du concept de “comfort food”, mais la construction du “château” de spaghettis, les goûts fantastiques et parfaitement équilibrés en font un excellent plat digne d’un établissement comme Ledoyen. Le plat était accompagné d’un très bon verre de chassagne-montrachet 2001 d’Henri Boillot.

Fromages Second plat, que nous avons partagé : “Toast brûlé d’anguille, réduction de jus de raisin”. Sur le toast légèrement grillé et coloré mais toujours moelleux, repose l’anguille, recouverte de la sauce au vin. A côté, un petit cube de pomme de terre, creusé d’une demi-sphère remplie de crème. Le tout présente une belle fermeté, de la substance. De même, et peut-être pour la première fois de ce repas, les goûts sont très marqués, plus affirmés que sur les autres mets. Les saveurs sont aussi un peu plus rustiques, et à ce titre l’accord avec le cornas “Empreintes” 2004 du domaine Durand s’est révélé excellent. Une fois de plus, un plat excellent, qui ne cherche pas à en faire plus que ce qu’on lui demande, et qui se révèle magistral. Toutefois, à ce niveau du repas, la faim étant déjà assouvie, les papilles déjà contentées, c’est presque trop !

On hésite donc quelques instants pour le fromage. La vue de la sélection issue du célèbre affineur Bernard Antony efface rapidement toute trace de doute. Le sommelier nous propose quelques accords au verre : pour chaque fromage choisi, un verre de vin est proposé. Une fois le tout servi, la table jonchée d’une douzaine de verres, est assez impressionnante, un peu comme si s’y était déroulée une dégustation verticale. Je n’ai pas pris de note, et je dois dire qu’à ce stade du repas, la fatigue et l’alcool avaient déjà fait leur oeuvre : je ne me souviens donc pas du détail des vins proposés. L’ordre de la dégustation dépend des vins plus que de la puissance des fromages choisis. L’accord classique d’une Ste-Maure affinée comme je l’aime (entre deux) et un vin blanc de la Loire n’appelle pas de commentaire particulier. Celui du brie de Meaux avec un blanc de blanc de Ruinart sort déjà un peu plus des clous, et s’avère particulièrement intéressant. Le champagne permet de bien contrer l’acidité du brie sans pour autant s’écraser sous la puissance du fromage. Le reblochon m’a moins enthousiasmé. Probablement car il arrivait après le brie, d’une part, et semblait alors bien terne en bouche. Mais je dois avouer ne pas avoir tout à fait saisi l’association avec un pineau des Charentes. Enfin, le fameux Comté… je suis un grand amateur de ce fromage et ne loupe jamais l’occasion d’y goûter lorsque je me rends dans une fromagerie que je ne connais pas. Je ne sais pas si Le Squer bénéficie du meilleur de ce que produit Antony, mais celui servi à Ledoyen est un modèle du genre. Arrosé d’un très bon vin jaune, c’est évidemment divin.

Pré-desserts Nouvelle hésitation à la commande des desserts, rapidement résolue avec le conseil de notre serveur : nous partageons le “Grand Dessert Ledoyen”, à savoir des portions étudiées des cinq desserts.
En attendant, nous dégustons quelques pré-desserts succulents : une meringue peu cuite renfermant du citron vert confit, une meringue très légère (qui se désintègre immédiatement en bouche) au café, un petit macaron et une fraise confite.

Le premier dessert, une glace à la levure sur un lit à la coco et au chocolat blanc fait parfaitement la transition du salé vers le sucré : ses goûts sont relativement neutres et cela reste frais. J’en aurais presque mangé un peu plus, c’est bon signe. Le suivant, une composition à base de pamplemousse, fait partie des “spécialités” du chef. Cet assemblage de sorbet, quartiers de pamplemousse, fruit confit et sucre est effectivement très satisfaisant et convoie tout ce qui fait l’attrait du fruit, avec un bon dosage entre ses composantes amères, sucrées et acides. Pourtant, je dois avouer ne pas avoir été complètement transporté. On continue avec la fraise des bois d’Andalousie : une boule de meringue renfermant les fruits et une gelée à la rose et au citron vert. Rien à redire, et c’est peut-être le problème : pour aussi bon qu’il soit, ce dessert ne laisse pas d’impression impérissable. Autant je me remémore assez facilement le goût des autres, autant ma mémoire de celui-ci est plus floue. Levure glacée, râpé de chocolat blanc et d’amande Le riesling Noble Late Harvest 2005 du domaine Villiera y est peut-être pour quelque chose. Puis mon dessert préféré, le glacé de caramel fumé, pistils de chocolat. Parfaitement équilibré, pas de prédominance du fumé, caramel bien présent, de la fraîcheur… peut-être moins sophistiqué que le pamplemousse, mais tellement plus satisfaisant à mon goût ! On aurait pu voire dû s’arrêter là. Le dernier dessert : finger de chocolat, pralin citronné. Textures intéressantes, des goûts dans tous les sens, j’aurais pu l’adorer en tant qu’unique dessert, mais après toute cette farandole de douceurs, c’était compliqué. Toutefois, ce dessert permet, peut-être plus que le précédent d’apprécier le dernier verre de vin de la soirée : un strohwein de cabernet-sauvignon 2006.

Evidemment, on n’échappe pas aux mignardises avec le café. Quelques excellents caramels à la texture ferme mais fondante (que l’on a retrouvée sur d’autres plats ce soir là), et un “kouign-amann” allégé. Cela ressemble plus à une brioche qu’à un vrai kouign-amann suant de beurre, mais même sous cette forme qui parvient tout de même à conserver le croustillant, le beurré et le sucré de la recette originale, impossible de terminer.

Glacé de caramel fumé, pistils de chocolat Ce qui aura le plus transparu des mets dégustés lors de ce repas, c’est cette constante délicatesse dans les saveurs. Le Squer ne semble pas chercher à se mettre en avant, et ne triche pas en délivrant préparations très justes de produits excellents. Le service exhibe les mêmes caractéristiques : discret, mais agréable, jamais intrusifs, mais l’amabilité et le sourire bien calibré. Certes, le début du repas fut plus rigide, l’ordre des plats vu avec le sommelier n’avait pas été communiqué correctement aux cuisines, nous obligeant à renvoyer un plat (et de souffler un peu au passage !). Ceci s’est fait sans discussion et avec professionnalisme, c’est le moins que le puisse attendre dans ce type d’établissement. Autre léger faux-pas : en exprimant une certaine perplexité devant l’accord du reblochon avec le pineau, et alors que j’attendais plus des explications plus poussées sur leur choix, notre sommelier s’est vite placé sur la défensive. En revanche, rien à dire de la personne qui s’est occupée de nous sur la majorité du repas : un jeune homme apparemment passionné de gastronomie, très souriant, parfaitement dans le ton du restaurant.
En résumé, Ledoyen n’est peut-être pas le restaurant le plus “fun”, mais il me paraît parfait pour les gourmands plus intéressés par le contenu de leur assiette que de ce qui se passe autour ou pour un dîner romantique (demander une table près des fenêtres dans ce cas).

Ce qui fait plus mal, c’est l’addition : un petit peu plus de 800 EUR pour deux. Toutefois, la moitié de ce prix est passé en verres de vins : à deux, nous en avons consommé une quinzaine, plus deux verres de champagne en apéritif. Prendre une bouteille ou deux aurait été plus économique, mais les accords n’auraient pas été aussi simples non plus. De plus, les verres sont généreusement remplis lorsqu’ils sont terminés, donc on n’a pas l’impression de se faire spolier. Ne pas oublier non plus que nous avons dégusté entrée, plat, demi-plat, fromage et desserts. Et contrairement au reproche que l’on entend parfois à propos des restaurants haut de gamme, les portions sont ici conséquentes. Je pense pourtant avoir un bon appétit, mais là, sur la fin, c’était objectivement trop. Bref, il est tout à fait possible de déguster un repas complet, et déjà gargantuesque et varié (grâce à la possibilité de partager les plats à deux), avec des boissons pour 270 EUR par personne. On est certes encore à des niveaux de prix inabordables, mais justifiés. Autre option intéressante : un menu déjeuner est proposé à 85 EUR.


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Nowadays, Ledoyen is hardly ever mentioned in the press. That may be explained by the fact that its chef, Christian Le Squer who comes from Brittany, has been cooking there for about a decade, and had received its much-coveted third Michelin star in 2002. From then, not much happened there. Le Squer opened “ETC…”, his high-end bistrot in the XVIth, but meanwhile, the flagship was peacefully sailing in the high seas of fine parisian dining.
More recently, and without a specific reason of my knowledge, the restaurant got more attention from gourmets, who went back with good to excellent impressions. Ledoyen is apparently still alive, and in a very good shape. The menu picked my interest, I wanted to spend a little fortune on a meal, so I made reservations…

I don’t know if this was because of the forthcoming Easter week-end, the economic situation or the fact that Ledoyen doesn’t really hits the headlines but I was able to get a table for two on a Friday night three days in advance. Quite surprising for this kind of restaurant. Actually, the room was never full the day we went.

Salle The Pavillon Ledoyen, where the main restaurant room as well as private salons are located, is just a few steps from the Champs Elysées. It’s surrounded by a small patch of grass and trees, so you don’t feel all the rush and noise from the most famous street in the world. Restaurant’s director Patrick Simiand welcomed us as soon as we got past the door, and showed us to our table in the main room. The decor is very classic and old-fashioned, which is easily understood when one knows that the restaurant opened just a few year after the French Revolution and is now classified as a historical monument. The tables are lit by individual lamps and candles. The view on the garden and the avenue adds to the romantic feeling of the place. That is by night, because when one looks more closely, it becomes apparent that the place could use a little refreshment. The carpet is starting to wear a bit, there’s a few little cracks of paint on the walls… Don’t get the wrong impression: I’m being really picky there, on the whole, the room is really beautiful. Nothing too serious, but daylight could reveal more crudely some of these little imperfections.

Grosses langoustines bretonnes While we were still studying the menu, we were presented a set of four amuses: “earth & river” macaroon (eel & beet), truffle persillade, chicken samossa and a small bit of liquid mozzarella & basil. We could already recognize Le Squer at work here: these foodbits were prepared with the utmost care, with a reasonable use of “molecular” techniques (like for the mozzarella ball that explodes in the mouth). Their appealing apparence was coupled to very understated, clear and precise tastes. It feels like the chef is more interested in giving his customers “hmmm”s of content than only “wows” of stupor.

A more substantial pre-appetizer was then served. Some dice of raw salmon on a leek mousse, sprinkled with a few salmon eggs. The mousse/crème showed a firmness that I found unexpected. However, it was not the slightiest gelatinous nor greasy, and it melted very naturally in the mouth, revealing a magnificent taste of leek. Salmon dices were very tender and tasty. The association of the two products is very classic and was particularly well done here. Jambon blanc/morilles/truffe/spaghettis

Our starter were the “Gross Langoustines de Bretagne”, served two ways. One was lightly cooked “à la plancha” whereas the other one was fried. The waiters spreaded a very airy olive oil and lemon mayonnaise that slowly melted under the warmth of the langoustines, which indeed were of a very good caliber. This was a very generous starter, and the langoustines were truly excellent, perhaps the best I’ve ever had. There were of course some difference in texture between the two, but it was really hard picking a favorite preparation. Perhaps I liked the “a la plancha” a bit more, as it was softer and somehow closer to the original product. Contrary to what I feared, the mayonnaise did not overpower the delicate taste of the crustaceans at all, and perhaps made the even better. All in all, it’s really easy to understand why this is one of the “signature” dishes.

Toast d'anguille brûlé, réduction de jus de raisin Then, the first main course was the “white ham/truffle/morels/spaghettis”. Reading this does not prepare and can’t do any justice to what we found on our plates. The pastas were cut very precisely at the same size and aligned to form a perfect parallelepiped on which rested some morels and ham dices. There obviously a lot of hard work involved in this dish. On the side, the waiters poured a truffle and parmesan cream, that was also present inside the spaghettis case, with other bites of truffle, morel and ham.
This dish almost plays in the “comfort food” register, but the building of the spaghetti “castle” and the perfect balance of these excellent flavors make this a dish that totally deserves its place on the menu of a high-end restaurant like Ledoyen. Very “gourmand” and very classy at the same time. I could eat this everyday.

Fromages We shared the second main course: “Burnt eel toast, grape juice reduction”. The eel rested on a slightly toasted (but still soft) crustless and colored bread, and the whole was covered in the wine sauce. Next to it, sat a small potato cube in which a semi-spheric hole was carved and filled with cream. This dish showed some firmness under the fork, but was really tender in the mouth. Also, and maybe for the first time during this meal, the flavors were quite strong, maybe even “rustic”, which made the pairing with a 2004 “Empreintes” cornas from domaine Durand excellent. Once again, this was absolutely excellent and enjoyable, in a totally different way from the previous dish. However, at this point of the meal, we were already full, and may not have been able to enjoy it as much as deserved.

Thus, we wondered if we should order some cheese or not. However, when the cart with the selection from Bernard Antony, a very reknowned “affineur”, arrived in front of us, there was no hint of a doubt. We ordered a few cheeses, which were all matched with a corresponding wine by our sommelier. The order in which we were recommended to eat them was dictated by the wines and not by the cheeses, which led to some surprising transitions, like going from a very ripe and strong brie de Meaux to a softer reblochon. The pairings were really good, some I never tried, like the Ruinart blanc de blancs with brie, some I didn’t really understand (pineau des Charentes with Reblochon), but the star of the night was the Comté, really.The one we were offered had been aged for 36 months, and of course paired with a very good vin jaune from Jura (the French region, not the Scottish island!). Antony is known for offering some of the best Comté in the world, and I must say it lived up to its reputation.

Pré-desserts We also couldn’t settle on which dessert(s) to order from the menu. Our waiter made an excellent recommandation and we decided to share the “Grand Dessert Ledoyen”. Before the parade began, we were given some pre-desserts that were really good: an almost unbaked meringue with lime, a more crunchy but very light and airy coffee meringue, a small macaroon and a candied strawberrry.
The first dessert was the Levure glacée, râpé de chocolat blanc et d’amande, which was an excellent transition dish: it was somewhat neutral in taste while remaining very fresh. I would have gladly eaten more of this one, which is always a good sign.
The next one was the signature dessert: Croquant de pamplemousse cuit et cru. This was a combination of candied grapefruit, fresh grapefruit wedges and some sorbet and sheets of sugar. It was very satisfying and conveyed all the aromas of the fruit perfectly, with a good balance of bitter, sweet and acidity. However, I can’t say I was blown away… it may just not be my type of dessert.
We went on with the Fraise des bois d’Andalousie: a ball of meringue containing wild strawberries and a lemon and rose jelly. I remember enjoying this one very much (I’m a sucker for wild strawberries), but I realize I can’t really remember the tastes… maybe because of the one or just because it was more simple and conventional, thus more easily forgettable.
Then, came our favorite dessert of the night: Glacé de caramel fumé, pistils de chocolat, which was perfectly balanced, maybe simpler than the grapefruit one, but nevertheless immensely enjoyable. Maybe at that point of the meal, I just needed something that didn’t require me to pay too much attention to really understand and enjoy.
And that’s also probably why I couldn’t enjoy the Finger de chocolat, pralin citronné as much as I would, had I not been full: textures were interesting, flavors aplenty, but that was just too much for me.

Of course, they also brought mignardises with the coffee: some excellent caramels with a firm texture which slowly melted in the mouth — perfect; and a light version of the classic Brittany pastry, “the kouign-amann”. Here, it was more of a brioche than a real kouign-amann full of butter, but even in this form that still had some of the crunchiness and the sugary and buttery taste of the original recipe, we could not finish it.

Glacé de caramel fumé, pistils de chocolat What transpired the most from the dishes we tasted during this meal was the understatedness of the flavors. Not that the food wasn’t tasty, on the contrary, but these were only very natural flavors that the chef didn’t try to modify in any way, unlike what Gagnaire can offer, for example. The service displayed the same characteristics: discreet but very pleasant, never intrusive and with finely tuned kindness and smiles. That said, it seemed more rigid at the beginning of the meal. There were some minor mistakes, like the fact the order of the dishes recommended by the sommelier was not properly communicated to the kitchen, so we had to send one back. This happened without trouble, though. Other slight imperfection: when I mentioned I didn’t really get the reblochon/pineau pairing, our sommelier was prompt to get defensive. I was just looking for his view on the subject, and the reasons of this choice, but he seemed to get caught off-guard. Once again, nothing really serious. The person that was taking care of us for most of the dinner was consistently good: a young man, apparently passionate about gastronomy, always smiling and who fitted perfectly in the restaurant’s atmosphere.
All in all, Ledoyen might not be the “funniest” restaurant in town, but it’s almost perfect for food-lovers who are more interested by what’s in their plate than what’s happening around it, or for a romantic dinner (maybe even more so with a table near the windows).

Of course, one has to pay for all of this, and Ledoyen sure isn’t cheap: a little bit more than 800 EUR for two. However, half of that went into wines: the two of us drank around fifteen glasses, not including the two glasses of champagne we had at the beginning of the meal. A bottle would have been less expensive, but the pairings not as good. Moreover, our glasses were always refilled when finished, with no extra charge of course, so we didn’t feel ripped. Also, let’s not forget that we each had an appetizer, one main course, a half main course, the cheese course and half the “Grand Dessert”… Contrary to what some people say about high-end restaurants, portions are very large here. I believe I have a good appetite, but this was clearly too much food. So I guess it’s possible to have one full (and gargantuan!) meal here with drinks for around 270EUR per person. Still very expensive, of course, but totally worth it in my opinion. The 85 EUR prix fixe lunch menu might also be an excellent option.

Le Cinq – 31/10/2008

Le Cinq, deuxième. Comme on se l’était promis il y a deux semaines, retour au Cinq, toujours au déjeuner. L’idée, c’était de tenter le “menu du marché”, mais gros dilemme : le pithiviers de colvert et grouse nous avait fait de l’oeil la dernière fois… On finit par se dire que si c’est pour taper dans la carte, autant revenir un soir et en profiter à fond si ça nous tente.

Risotto aux cèpes

Risotto aux cèpes

L’expérience a été très différente de la fois précédente, à mon sens. Autant j’avais adoré le service, mais gardais un souvenir imprécis des assiettes, autant j’ai ici adoré tout les mets, mais ai été déçu par le service. Pour qu’il n’y ait pas de méprise, je dirais que le service au restaurant, à la limite, je m’en fiche un peu. S’il est inexistant et transparent, c’est très bien comme ça : je ne viens pas m’attabler avec les serveurs mais avec ma copine des amis ou de la famille par exemple.

Lorsqu’il est de qualité, cela contribue à rendre le moment encore plus agréable (pourvu que les plats soient à la hauteur, évidemment), et j’apprécie ça à sa juste valeur. En revanche, lorsqu’il tente d’être présent, mais s’avère vaguement à côté de la plaque, ça fait tâche, ça gâche.

Anguille

Anguille

Rien de très grave à vrai dire, de toute façon je ne suis pas du genre à m’en formaliser, mais nous demander deux fois si nous sommes français, en faire trop dans la présentation des plats et autres “goodies” et finalement parfois oublier l’essentiel, ça jurait tellement avec notre précédente expérience, qu’on ne pouvait pas ne pas le relever. Allez, ne blâmons pas le jeune homme qui s’est occupé de nous, il s’agissait peut-être de ses débuts, ou peut-être même était-il là temporairement pour combler les absences dues aux congés.
En revanche, le sommelier nous avait reconnu et était toujours aussi agréable, espiègle. On le sent passionné et on imagine qu’il a réalisé un rêve de gosse en ayant la chance de faire le lien entre la clientèle du  restaurant et l’une des plus belles caves parisiennes. Rapide exposé sur la place du whisky dans la carte des vins… qui y brille par son absence ! Pour garantir une meilleure “fraîcheur” des bouteilles, c’est la carte du bar qui est utilisée. J’apprends qu’ils ont tout de même un Port Ellen 1978 d’ouvert au restaurant. Dommage que je ne sois pas là pour dîner et donc prêt à m’attarder avec un bon digestif en fin de repas !

Epaules de lièvre

Epaules de lièvre

Par ailleurs, si le service ne s’est pas avéré à la hauteur de notre précédente expérience, j’ai beaucoup plus apprécié les plats qui nous furent servis. Pour pinailler, je dirais que, peut-être, les accras étaient moins légers, plus gras qu’il y a deux semaines. C’était peut-être juste une impression. Pour le reste, que du tout bon. Même amuse-bouches, sauf que la brioche était fourrée à l’aubergine et non plus à la châtaigne cette
fois ci. C’était peut-être encore meilleur à mon goût !
En entrée, mon risotto aux cèpes et palette de bellota était fantastique, en qualité et en quantité. Le goût du champignon était bien présent, le riz fameux (je vais me faire flinguer par la risotto-police pour oser dire ça d’un risotto dégusté hors du territoire italien mais qu’importe), et agrémenté d’un jus de viande fantastique au goût profond. On aurait envie d’en demander une saucière, et de tremper son pain dedans ! Les anguilles, pomme de terre, salade et crème fouettée étaient également très bonnes, d’exécution simple et quelque part rassurante.

Saint-jacque

Saint-jacques

Pour plat principal, raffolant du gibier, je ne pouvais pas ne pas choisir les épaules de lièvre confites et champignons de saison. Le plat arrivera après une longue attente. Qu’importe, c’était tout ce que je voulais : du lièvre cuit comme il faut, pas trop, de sorte à ne pas l’assécher, une sauce intense, et quelques chanterelles, de la figue, une échalotte et deux ravioles aux champignons. Encore une fois, c’est copieux, mais ça se termine sans problème, arrosé d’un verre de cornas Tardieu-Laurent 2000. Par ailleurs, les saint-jacques servies en coquilles accompagnée d’une sauce au cresson et d’une purée de potiron avait quelque chose de subtilement délicieux dans l’assemblage des saveurs. Servie à part, je n’ai pas goûté la saint-jacques en bouillon de poule aromatisé à la citronelle. A priori, c’était bon, mais détonnait avec le reste du plat.

Les desserts… encore une longueur du service. On avait demandé à n’effectuer le choix qu’après le plat principal, et nous devons redemander la carte, puis attendre encore. Pré-dessert : une fois de plus, encore plus enthousiasmant que précédemment. Il s’agissait d’une petite crème brûlée sous des morceaux de pomme rôtie, le tout coiffé d’un surprenant granité au cidre. Belle idée, et comme toujours ici, excellente exécution.

Dôme au chocolat et cassis

Dôme au chocolat et cassis

Le repas se termine aussi bien qu’il s’était déroulé jusqu’alors, gastronomiquement parlant. Le dôme glacé chocolat au coeur de cassis est servi avec une quenelle de glace au chocolat. Cette dernière, servie sur un petit sablé, est peu amère, mais peut-être également un peu trop légère en cacao à mon goût. Le dôme glacé était en revanche plus convaincant. L’acidité du cassis casse agréablement le gras de la crème chocolatée et y ajoute des notes fruitées que l’on retrouve dans certains cacaos, l’ensemble est cohérent. Une petite couche croustillante que, dans ma gloutonnerie, je n’ai pas identifiée apporte une texture supplémentaire bienvenue. J’y suis allé un peu vite, mais c’est bon signe. Le quatre-quart à la poire est parti tout aussi rapidement. La boule de glace à la vanille servie en accompagnement avait de la tenue, mais n’était peut-être pas assez marquée par l’épice… ceci dit il n’y a jamais assez de vanille à mon goût. Le gâteau lui-même ressemblait plus à un “sponge-cake” ou un pudding qu’à un quatre-quart dans le sens où il était beaucoup moins riche et mastoc, mais néanmoins excellent, à s’en lécher les babines.

Quatre-quart aux poires

Quatre-quart aux poires

Au final, je suis heureux d’être retourné goûter la cuisine de Briffard. Ce menu-déjeuner est d’un rapport qualité-prix fantastique, même si, pour le commun des mortels, ça ne sera évidemment pas pour tous les jours ! Si en plus, on prend en compte le cadre intéressant et le service fantastique (je persiste à croire que l’on a joué de malchance), cela fait autant de bonnes raisons de se laisser tenter. Seul vrai regret, avec le café nous fut amené le fameux chariot de confiseries, identiques à la dernière fois… à ma question sur la
provenance de ces fantastiques caramels, notre serveur, après un énorme looping verbal, m’avait répondu qu’il allait se renseigner, mais ne m’a finalement pas donné la réponse. Est-ce à dire qu’il faudra y retourner, pour déguster le pithiviers et pour connaître le fournisseur de ces sucreries..?

[miam040] Le Cinq

Le Cinq, c’est le restaurant gastronomique du mythique hôtel George V à Paris. En quelques années, Philippe Legendre était parvenu à décrocher les trois étoiles au guide Michelin. Puis en perdit une tout aussi rapidement.
Au début du printemps 2008, Legendre jeta l’éponge. Sa succession fut vite organisée : Eric Briffard reprit alors les cuisines du Cinq durant l’été. Excellente nouvelle pour certains : Briffard qui officiait jusqu’alors aux Elysées du Vernet offrait une cuisine de très haut vol, que d’aucuns considéraient comme un des meilleurs plans gastronomiques de la capitale. Avec les moyens du George V, ça ne pouvait qu’être grandiose. Pour ma part, je dois avoir été quelque peu déçu à la lecture de cette annonce : le restaurant les Elysées était en effet dans ma liste “à faire” depuis qu’une de mes réservations avaient été annulée pour travaux. Au Cinq, j’imaginais évidemment les tarifs grimper en flèche, rendant donc la cuisine de Briffard quasi-inabordable pour le commun des mortels.

On comprendra donc aisément que je m’étais efforcé de l’oublier temporairement. Il fut rappelé à ma mémoire il y a quelques semaines de cela. Plusieurs critiques dythirambiques sur ce restaurant parurent alors, mettant en avant deux points d’importance  : la cuisine de Briffard est au moins aussi fantastique qu’aux Elysées, et les menus proposés au déjeuner ne rendaient pas obligatoire le braquage d’une banque (est-ce encore lucratif de nos jours ?) avant le repas. Pas question de tergiverser cette fois-ci : ni une ni deux, je posai un congé et réservai une table. Aux regrets succédaient l’impatience la plus vive, telle que je n’en avais guère connue depuis mes réservations chez Gagnaire ou Yasuda, deux repas qui ont changé ma vie (traitez-moi de frappadingue si vous le voulez, mais c’est vrai !).

Voilà pour l’introduction, nécessaire à la compréhension de mon expérience au Cinq. Pour faire encore plus simple, je vais la prolonger un peu plus en commençant par la fin : je suis sorti de mon déjeuner déphasé et perplexe.

Le déphasage s’explique aisément. Par la fatigue, tout d’abord. Par un décalage avec la réalité de mon quotidien par ailleurs. Passer en quelques instants de son appartement mal rangé au métro puis à l’un
des plus somptueux palaces parisiens, tout ça le lendemain d’un concert rock avec bière et gobelets en plastique, bonjour le choc. On survit.
Le lieu est réellement magnifique. Aucune des photos de la salle de restauration que j’ai pu voir par ailleurs ne rendent réellement justice à ce lieu magique. Je ne suis pourtant pas spécialement attiré par cette débauche de luxe, assez grandiloquant, il faut bien le dire, mais il y a quelque chose d’irréel et de tout simplement envoûtant à ce retrouver là durant quelques heures. A tel point qu’il faut parfois se forcer à prendre du recul, se frotter les yeux, regarder autour de soi pour se dire que tout ça est bien réel, qu’on est vraiment là, et que ça n’est pas une blague. Très différent de chez Gagnaire où j’avais trouvé une ambiance style “speakeasy” version grand luxe gastronomique et ses quelques happy-fews ayant accès à des mets
secrets délivrés par un personnage charismatique (et dire que je me plains toujours de n’avoir pas d’imagination).
Le service contribue fortement à cette impression de faire partie d’une grande famille. Malgré mon âge deux fois inférieur à la moyenne des clients présents ce jour là et ma tignasse ébouriffée, on m’a traité comme si j’étais un initié, ou mieux, un ami de la maison. Tout ça est orchestré de main de maître par Eric Beaumard, un vice-meilleur sommelier du monde, présent au Cinq depuis bien longtemps. Notre maître d’hôtel (ou était-ce un chef de rang ? je patauge dans la hiérarchie hôtelière) était également parfait. Jamais la moindre trace de condescendance, aucune pression à la consommation non plus, et les quelques phrases échangées ne font jamais tâche. C’est un vrai talent que d’être capable de mettre aussi facilement sa clientèle à l’aise.

Ma perplexité est plus délicate à exprimer. D’un côté, j’ai l’impression n’avoir pas été aussi ému que j’espérais l’être. Il faut dire que la cuisine de Briffard m’a paru très directe. Des plats sans détour, donc, mais portant pourtant bien la griffe d’un chef talentueux. Les accras de crevettes et encornets servis avec l’apéritif ? Délicieux, aériens, fondants… en un mot : fantastiques. Le foie gras rôti et sa figue ? Un très beau produit et un équilibre parfait avec le fruit prouvent qu’en cuisine, on a le soucis de la précision, de la perfection tout simplement. Impression confirmée avec le filet d’agneau : fondants, goûteux à souhait, accompagné d’un peu de tapenade, sans amertume superflue… une petite sauce à base de harissa servie à part relève légèrement le tout : la meilleure viande que j’ai dégusté depuis quelques temps déjà, divin ! Servis en accompagnement, les légumes façon tajine étaient également très plaisants.
Toutefois, la première entrée, un tartare de saint-jacques m’a posé problème. En soi, le plat était très bon, certes. Malheureusement, j’ai trouvé qu’il répondait mal à son intitulé : le goût fin du mollusque ne ressortant pas, comme écrasé par la mousse au chou-fleur et la gelée (à l’estragon ?)l’accompagnant.
A l’inverse, les desserts correspondaient en tout point à ce que l’on pouvait imaginer à la lecture de la carte, et ça m’a également préoccupé. Premièrement, celui à base d’ananas et de gelée d’hibiscus pouvait paraître quelque peu redondant après le pré-dessert mangue/ananas. D’autre part, j’aurais espéré un “wow” de surprise devant quelque chose transcendant ce à quoi je m’attendais. Ca aurait sûrement été le cas ailleurs, mais attendant de ce repas l’exceptionnel à chaque instant, j’ai presque été déçu de me retrouver en face d’un plat simplement excellent. Au rang des belles attentions, à apporter au crédit de l’équipe présente en salle : un verre d’Aleatico Passito offert par la maison avec le foie gras (excellent accord !), et le sommelier proposant un vin hors carte des vins au verre pour accompagner ma viande qui s’avéra être un Léoville Las Cases. De même, la petite boîte de caramels offerte à mademoiselle après le service des mignardises, c’est certes convenu et automatique, mais tout de même bien vu.

Alors au final que retenir de tout ça ? Que s’attabler au Cinq, c’est être certain de passer un excellent moment, à tous points de vue. La cuisine est excellente, peut-être même plus que cela. Malheureusement,
je n’étais pas à la hauteur pour l’apprécier convenablement ce jour là, c’est désormais assez clair dans mon esprit. Pour le reste, c’est un vrai show qui illustre bien un certain art de vivre à la française. Certes, ça ne s’adresse pas à n’importe qui : compter au moins 100 EUR par personne, et encore, uniquement au déjeuner et en étant raisonnable, mais cela mérite d’être vécu. On peut y aller comme l’on irait à un spectacle musical, à un opéra, au théâtre, en sachant que l’on sera aux toutes premières loges. Finalement, ce vague sentiment
de déception que j’avais au sortir du restaurant probablement dû au fait de m’être fait dépassé par les événéments. J’y retournerai donc très prochainement, plus en forme, en sachant mieux à quoi m’attendre, et quelque chose me dit, que j’en retirerai encore plus que cette fois-ci.

Pour information, nous avions choisi le menu “Saveurs d’automne” en quatre plats, proposé à 155 EUR. Au déjeuner, présence également d’un menu en trois plats à 85 EUR (foncez ! foncez ! foncez !). A la carte, c’est plus rude : 220 à 350 EUR en moyenne pour un repas complet. Je n’ai pas consulté la carte des vins. Au verre, ils sont proposés entre 19 et 30 EUR.
La réservation est indispensable, bien sûr, mais, c’est un peu moins courant, la veste également pour les hommes : un client visiblement peu au fait du dress-code imposé par la maison a dû s’en faire prêter une par l’établissement le temps du déjeuner !

Le Cinq
Tel. : 01 49 52 70 00
Hôtel George V
31, avenue George V
75008 Paris
M° George V (L1)
http://www.fourseasons.com/paris/dining.html

P.-S. : je sais, les photos sont plutôt mochesj’étais dos à la source de lumière et j’ai voulu faire vite : ça se voit !

[miam036] Senderens

Alain Senderens, pour ceux qui n’en auraient jamais entendu parler, c’est l’un des plus grands chefs français, l’un des maître de la “nouvelle cuisine” qui émergea dans les années 70 sous l’impulsion,
notamment, des célèbres Gault & Millau : des plats mettant plus en valeur les produits, et faisant une utilisation moins systématiques des riches sauces qui prévalaient jusqu’alors. Le homard à la vanille,
c’est lui. Le canard Apicius, également.

Le salon

Le salon

Jusqu’en 2005, Senderens dirigeait le Lucas Carton, place de la Madeleine. Un bâtiment classé, une cuisine de haute voltige, et des associations mets/vins pointues. C’était extrêmement cher, et
finalement absolument pas rentable pour le chef qui finit par décider de “rendre” ses 3 macarons au guide Michelin et d’appliquer le concept du “low-cost” à la haute gastronomie. Sans changer de lieu, il modifia le cadre pour le moderniser : à côté des boiseries sculptées, une décoration rétro-futuriste et des jeux de lumières colorées égayent la salle principale du rez-de-chaussée. Il choisit également des produits certes un peu moins nobles, mais presqu’aussi excellents et surtout beaucoup moins onéreux. Il remisa l’argenterie, les nappes coûteuses à l’entretien, il allègera le service en salle, également.
Résultat de la manoeuvre : la facture moyenne est à peu près divisée par 3, et monsieur Senderens, j’imagine, s’y retrouve chaque fin de mois. Depuis, il a fait des émules.

Amuse bouche

Amuse bouche

Nous étions cette fois ci installés à l’étage, dans un salon d’une vingtaine de couverts. Décoration plus discrète qu’au rez-de-chaussée jouant sur les tons de gris. Et l’éclairage y est tellement plus
pratique pour prendre des photos des plats un tant soit peu appétissantes…
En dégustant notre apéritif, un champagne Pommery Grand Cru 1999 (agréable, mais je ne suis pas totalement séduit), nous découvrons la carte. Entrées, poissons, viandes, desserts, elle est de construction classique dans ses grandes lignes. Ce qui fait son originalité, et une bonne partie de son intérêt, c’est qu’à chaque plat est associé un verre de vin. Inutile de vous dire que tout ceci a été étudié avec la plus grande minutie. Le sérieux de ces accords est d’autant plus louable qu’il se fait sur des vins très abordables. Les connaisseurs pourront parcourir la carte, elle est – paraît-il – bourrée de belles choses…

Un amuse-bouche avant nos entrées : quelques moules de bouchot dans une petite soupe aux potimarrons, relevé de quelques épices (cumin, notamment). Net, précis, bon.

Longue attente avant de nous faire servir nos entrées. Ca sera le cas durant tout le repas. Nous n’étions pas pressé, mais je comprends que ça puisse en faire râler certains. Problème évoqué par notre serveur : du personnel absent ce soir là, pour une raison plus qu’inattendue.

Langoustines

Les langoustines croustillantes

De mon côté, les langoustines croustillantes. Trois belles langoustines habillées de feuille de brique et d’éclats d’amandes, accompagnées de pak-choï. On les déguste avec les doigts, comme on nous y enjoint à la présentation du plat, et on les trempe dans une sauce aux accents thaï, que je ne parviens

Girolles

Girolles et leur oeuf mollet

malheureusement pas à identifier réellement. De la première à la dernière bouchée, on nage en pleine extase gustative : le jeu sur les contrastes de textures (moelleux de la langoustine, croustillant de l’enrobage) et de saveurs (douceur de la chair, sauce épicée) fonctionne parfaitement, sans qu’il paraisse “forcé”. Un tour de force alliant ludisme et haute tenue gastronomique, où tout semble aller de soi. L’Anjou servi en accompagnement ajoute encore un peu à la magie de cette entrée, en apportant de la rondeur.
En face de moi, non pas le “Tout cèpe et son oeuf” inscrit à la carte, qui n’était pas disponible, remplacé par un plat similaire à base de girolles. De ce que j’ai pu en goûter, c’était bon, voire un peu mieux que ça, mais rien d’aussi fantastique qu’avec les langoustines, malheureusement.

Mon choix de plat principal s’était porté vers le canard croisé et betterave en croûte de sel. Il est

Raviole de homard

Raviole de homard à la vanille

accompagné également d’un jus de betterave au wasabi (je n’ai pas pas senti ce dernier ingrédient !).
Très porté sur ce légume aux saveurs si caractéristiques, c’est face à lui que le vin (Energie V du domaine Viret, pratiquant la cosmoculture, allez voir leur site internet, ça vaut le coup !) donne le meilleur accord. Très bon canard à la cuisson impeccable, belle présentation, rien à dire, c’est du très haut niveau.
Par ailleurs, la raviole de homard à la vanille étaient absolument fantastique. Ce plat permet de se faire une idée, à moindre frais, de ce que pouvait être le homard à la vanille proposé à l’époque du Lucas
Carton. Evidemment, la quantité de chair du crustacé est probablement moindre qu’à l’époque, mais à aucun moment cela donne l’impression d’une cuisine au rabais. Le Mâcon “Clos de la Crochette” met  en avant le goût de la vanille tout en contrebalaçant le gras de la sauce.

Canard et betterave

Canard et betterave en croûte de sel

Le “pré-dessert” (crème et gelée à base d’agrumes, très acide) arrive alors que j’attendais plutôt mon fromage. Il avait été oublié : on est reparti pour une longue attente. Il arrive enfin : du Saint Nectaire,
quelques tranches de pain grillé… c’est certes bon, mais il n’est pas difficile d’avoir aussi bien à la maison.

Les desserts. L’un des points forts de la maison, à mon sens. Parfois, après un repas fantastique, on peut être déçu par un final anecdotique. Ici, on continue et termine sur les chapeaux de roue avec, par exemple, l’un des meilleurs mille-feuilles que je connaisse. Il est préparé à la minute, donc d’une grande fraîcheur. La crème à la vanille est d’un goût fantastique, très onctueuse, riche mais légère, la pâte feuilletée fine, parfaitement cuite, très caramélisée. C’est un modèle du genre, je pourrais venir chez Senderens rien que pour déguster ce dessert.

Sablé rhubarbe et fraise

Sablé rhubarbe et fraise

Le sablé fraises/rhubarbe n’était pas en reste. Il a déjà l’avantage, pour ceux qui n’ont pas un appétit d’ogre, d’être plus facile à apprécier à ce moment là du repas. Sa présentation est proche du millefeuille : fines couches de sablé entre lesquelles s’intercalent des fruits à parfaite maturité. Le Riesling Spätlese l’accompagnant apporte le sucré nécessaire.

Ca n’est pas toujours facile de revenir dans un restaurant que l’on a déjà essayé, apprécié, alors que tant d’autres existent et restent à découvrir. Pourtant, j’ai eu l’impression de complètement redécouvrir cet endroit. Par le fait d’être placé dans un salon plutôt que dans la grande salle du rez-de-chaussée, probablement, mais du fait de ce que j’ai retrouvé dans l’assiette également. Pouvoir s’enthousiasmer une nouvelle fois du mille-feuilles déjà dégusté la fois précédente, je trouve ça formidable. C’est en tout cas la marque des meilleurs restaurants.

Mille-feuilles

L'un des meilleurs mille-feuilles que je connaisse !

Alors bien sûr, le service n’est pas toujours au top. De petits jeunes, plein de bonne volonté, finissent par en faire un peu trop, ou au contraire pas assez (mais, je le rappelle, problème de personnel ce soir là). Dans la salle principale, c’est bruyant, l’ambiance plus proche de la brasserie que du restaurant gastronomique étoilé. Mais finalement, j’ai presque envie de dire que cela rajoute à l’atmosphère romantique de cet établissement. Sans compter que les béotiens n’auront pas à attendre le sommelier la goutte de sueur au front devant la femme de leurs rêves. Ca peut s’avérer pratique, voire salvateur, pensez-y !
Un seul regret : alors que cela ne m’avait absolument pas gêné en 2007, je me suis souvent pris à rêver, à quel point tout ceci aurait été encore plus fantastique avec des vins de qualité supérieure. Il ne serait pas idiot de proposer au client et pour chaque plat deux accords possibles, dans deux gammes de prix différentes… même si cela irait probablement à l’encontre de la logique low-cost mise en oeuvre depuis quelques années par Senderens.

Pour info, 330 EUR à 2 pour ce repas et les verres de vin accompagnant chaque plat, deux coupes de champagne, deux cafés et une bouteille d’eau minérale. Il est clairement possible d’y déguster un repas complet, boisson comprise, pour 120EUR/pers. Un menu dégustation composé de deux entrées, un plat et un dessert est proposé (110/150 EUR avec/sans les verres de vin). Donné ? Dans l’absolu, certes non, mais rapport qualité/prix énorme !

Senderens
Ouvert tous les jours
01 42 65 22 90
9, place de la Madeleine
75008 Paris
M° Madeleine (L12)
http://www.senderens.fr