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[miam013] Chen, Soleil d’Est

Déguster un bon canard à la pékinoise sans pour autant avoir à quitter la capitale… a priori on se dit que parmi la palanquée de restaurants chinois parisiens, il doit bien y avoir de quoi satisfaire son envie. Cependant, s’il s’agit de ne pas se louper parce que l’on invite du monde, et plutôt du genre exigeant, difficile de foncer vers le premier bouiboui du XIIIe venu.
Alors on se tourne vers une valeur sûre. En l’occurence, c’est Chez Chen, Soleil d’Est que l’on réserve notre table. Ce fut le premier restaurant de cuisine chinoise à obtenir un macaron Michelin, notamment pour leur spécialité de canard laqué.

On se retrouve donc dans une petite salle d’une quinzaine de couverts au rez-de-chaussée. Le style est plutôt raffiné, on est loin des cantines façon RU ou des kitscheries de mauvais goût. Le service est un peu particulier. D’une part, peu de personnel : deux serveurs, le maître d’hôtel et la patronne. La salle étant peu remplie ce soir là, je ne pense pas que ce soit un handicap. En revanche, si les deux serveurs sont affables à l’extrême, au point de ne pas vous adresser la parole, le maître d’hôtel qui circule entre les tables se montre quelque peu irritant.
C’est une chose que de vouloir mettre à l’aise les gens ou que de vouloir parler de la cuisine du chef, et c’est le rôle du personnel de salle de tout restaurant propre sur lui. Malheureusement, tout ceci est édicté sur un ton faisant le grand écart entre le docte et la boutade de comptoir. L’impression qui en ressort, c’est celle d’un homme en décalage complet entre l’image qu’il souhaite visiblement renvoyer (l’image d’Epinal du maître d’hôtel très classe, connaisseur, raffiné mais prompt à délivrer un bon mot à la clientèle) et celle réellement renvoyée. C’est troublant, et on aurait presque envie de lui demander de nous parler en chinois à la place, ça l’amuserait sûrement tout autant, ça renforcerait le côté “couleur locale” et épargnerait une gêne certaine aux clients. J’en fais tout un plat, ça n’est au final pas si grave que cela, mais il est mauvais dans son rôle, et lorsque l’on fréquente ce type d’établissement, c’est aussi pour s’y sentir à l’aise…
Bref.

La carte présente une demi-douzaine de choix d’entrées de 15EUR à 95EUR, et à peu près autant de plats (je n’ai pas relevé les prix, on était de toute façon venu pour le canard laqué). Les desserts sont principalement des composition à base de fruits, 15EUR en moyenne.

La carte des vins est très standard, ce qui peut encore une fois surprendre pour un établissement censé offrir d’excellentes
prestations, un peu courte et surtout très centrée sur la Bourgogne et le Bordelais. L’Est de la France y brille par son absence pure et simple. Elle est par ailleurs, comme on pouvait s’y attendre, chèrement tarifée, avec des coefficients d’environ 4* / 4,5*. Rien à moins de 70EUR (pour un vin à 15EUR au supermarché, donc), et ça monte très rapidement pour atteindre plusieurs centaines voire le millier d’euros pour les habituels grands crus.

Quelques petits amuses-bouche arrivent : c’était bon, mais deux semaines après je ne m’en rappelle qu’à peine…
En entrée, on opte pour des fleurs de courgettes au tourteau. Pas grand chose à dire sur ce plat : c’est à peu près ce à quoi on s’attend en lisant l’intitulé, et c’est finalement là le problème. Pour le prix d’un menu complet dans un bon bistrot, on a un plat pas mauvais mais complètement inoffensif et que l’on pourrait tout aussi bien reproduire à la maison. Le canard, vite ! Après une longue attente, il arrive enfin, entier, superbement doré. Premier service : la peau craquante est découpée devant nous, enrobée de petites galettes nappées d’une sauce sucrée. On est loin de la molle déception de l’entrée. Là, c’est magnifique (un petit poil trop de sauce, s’il fallait pinailler), la peau est craquante, pleine d’arômes, c’est très légèrement gras, juste comme il faut. C’est presque un dessert.
Le canard repart en cuisine pour la préparation du deuxième service. Celui-ci arrive longtemps après, encore une fois. La chair de la bête, découpée en dés est accompagnée d’une sauce légèrement relevée et de nouilles sautées. Là encore c’est magnifique : les nouilles sont excellentes, et pourtant c’est le genre de plat sur lequel je suis plutôt mauvais client. La viande est tendrissime, d’un goût excellent, et la sauce l’accompagne à merveille. Difficile de faire mieux. Enfin, le troisième service est un petit bouillon de canard, puissant sans être écoeurant.
Pour rester sur cette bonne impression, et étant donné les temps d’attente extrêmement longs, on demande l’addition sans prendre desserts ni cafés.
Un peu plus de 350EUR à quatre avec entrées, plats, une bouteille de vin correcte et deux bouteilles d’eau, c’est salé, on s’y attendait, et nous sommes pourtant restés sur des mets parmi les moins coûteux de la carte.

Alors quoi ? C’est sûr, le canard laqué y est excellent, et dans ce type de situation où l’on n’a pas envie de se louper, pas d’inquiétude à avoir chez Chen. En revanche, le reste de la carte, le service, les tarifs et l’attente posent problème, et pour ces raisons j’aurais du mal à recommander l’adresse.
(je signale au passage que c’est juste derrière le bien plus recommandable BenKay, dans le quartier Beaugrenelle, c’est très moche et complètement mort, donc soit vous rentrez chez vous après le repas, soit vous marchez sur 500m pour prendre un métro et aller vous amuser ailleurs)

Je ne retournerai probablement pas dans ce restaurant, mais je suis impatient de trouver une autre adresse servant un aussi beau canard, aussi bien dans le choix du produit et dans sa préparation.

Chez Chen Soleil d’Est
15, rue du Théâtre
Paris, XVe
01 45 79 34 34