La Régalade – 30/01/2009
C’est marrant comme l’esprit peut nous jouer des tours. Comment en suis-je arrivé à douter, ne serait-ce qu’un peu, de la Régalade, ce restaurant tenu par Bruno Doucet, où j’ai dîné à trois reprises l’an passé ? D’une façon générale, les produits et l’exécution y ont toujours été plus que satisfaisants.
Alors que cela en gêne certains, je n’ai jamais eu de problème avec le cadre, l’ambiance, le service. En bref, aucune raison de questionner la qualité de cette table.
Pourtant, après un peu plus de six mois sans y retourner, et alors même que je continue sans cesse de la recommander à qui veut bien l’entendre, je m’attendais presque à être déçu en y retournant. Il faut dire qu’entre temps, j’ai fait de très bons repas ailleurs…
A y réfléchir, je pense qu’il s’agissait plus d’incrédulité que de doute. En tout cas, les moindres soupçons ont été balayés rapidement, dès l’arrivée de la terrine, servie en guise d’amuse-bouche avec, comme toujours là-bas, un excellent pain. Rien que ça mériterait presque le détour. Et il y a toujours cette générosité dans les portions : le pot-au-feu de foie gras au truffe en est un bon exemple, avec ses deux lobes de foie gras et des lamelles de truffe en veux-tu-en voilà… quelle entrée ! D’ailleurs la truffe m’a paru meilleure que l’an passé au même endroit. Cette année le production est a priori de meilleure qualité, mais ça pourrait aussi s’expliquer par la théorie arguant que plus on en mange, plus on aime ça. Je crois bien que c’est mon cas.
Egalement épatante, la brouillade d’oeufs au truffes. Un classique, râbaché chaque hiver, mais qui, même approximativement réalisé apporte plaisir et réconfort. Ici, rien à dire, aucune imprécision. La texture est pafaite, crémeuse à souhait, et c’est d’un goût succulent : pourquoi chercher plus loin ?
On n’est pas forcément très bien installés, c’est vrai. Les récentes critiques négatives que j’avais vu passer à l’égard de La Régalade insistaient parfois lourdement sur ce point. Certes, le restaurant fait tourner les tables comme des derviches, mais il n’y a pas de secret : pour assurer une telle qualité à ce niveau de prix, pas d’autre choix que de faire du volume. Pourtant, je ne m’y suis jamais senti pressé, même lorsque de nombreux clients patientaient accoudés sur le zinc en attendant leur table. Le service n’est certes pas derrière chacun des convives pour remplir le verre d’eau, de vin, ramasser la serviette avant même qu’elle ne touche le sol… et vous savez quoi ? C’est pas plus mal comme ça, car l’absence totale de préciosité fait que l’on s’y sent presque chez soi. Et après tout, cette petite table à laquelle nous étions installés, même perdue au beau milieu de la salle, je ne m’y suis pas senti indisposé.
De toute façon, on y vient avant tout pour manger solidement, et boire un coup. Le cadre est vite oublié lorsque l’on a devant soi des assiettes bien fichues, comme ces suprêmes de volaille des Landes au foie gras, un des plats indéboulonnables du menu et que j’apprécie particulièrement. Surtout dans la version servie ce soir là, agrémentée de truffe. La viande est parfaitement cuite, préservant ainsi tout son moelleux et elle a du goût. C’est bête de devoir le faire remarquer, mais le poulet insipide est tellement courant… Le risotto à la truffe servi à part dans une petite marmite en fonte n’avait absolument pas goût de truffe, mais était néanmoins réussi. J’imagine que le bouillon utilisé pour sa préparation n’y était pas pour rien.
Là, on a beau se creuser la tête, retourner le problème dans tous les sens, et chercher où l’on avait pu goûter à quelque chose d’aussi bien, d’une telle constance dans les préparations, à ce niveau de prix… aucune réponse ne vient à l’esprit. Bref, dîner à la Régalade, c’est toujours une fête, que l’on ne saurait conclure sans la dégustation du fameux riz au lait, dessert emblématique du restaurant. Ce qu’il y a de bien, c’est que, sur une tablée de taille raisonnable, il suffit qu’une personne le commande pour que tout le monde en profite. J’ai fait tout ce que j’ai pu pour tenter de le finir, mais j’ai fini par abandonner, ne souhaitant pas reproduire le sketch sur la bouchée de trop des Monty Pythons. J’ai quand-même boulotté la madeleine servie avec le café. J’aurais pas dû, mais c’est tellement bon…
Un peu plus de 185 EUR pour ce festin, dont une bonne soixantaine de suppléments, truffe oblige, le tout accompagné d’une bouteille d’un agréable haut-médoc (L’Autre 2005, second vin du château Sociando-Mallet) et deux cafés (offerts par la maison pour s’excuser du piètre emplacement de notre table)… on peut facilement manger moins bien pour deux fois plus !
