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[miam027] Spuyten Duyvil

Si vous ne savez pas quoi faire ce soir, ce week-end, la semaine prochaine voire durant les quelques années à venir, prenez un billet aller-simple pour NYC, empruntez la ligne L ou G, selon l’endroit où
vous vous trouvez, descendez à Bedford Ave ou Metropolitan Ave, puis foncez directement jusqu’au 359, Metropolitan Ave. Voilà, vous êtes dans Brooklyn à Williamsburg plus précisément et devant vous, c’est le Spuyten Duyvil. De l’extérieur, ça ne paie pas de mine. A l’intérieur ? C’est le Pérou.

C’est tout simplement le “meilleur bar du monde” (titre que je leur ai mentalement décerné après le deuxième litre). Et même si ça n’est pas le cas, c’est un sacré coin de paradis pour tout amateur de bière normalement constitué… et pour les autres aussi. Je m’explique.

La carte, ou plutôt les adroises, tout d’abord. Il y a du vin (au verre, en bouteille), mais on n’est pas là pour ça. La grande spécialité de la maison, c’est la bière, et il y a de quoi faire.
Mieux encore, alors que je patientais devant le bar, attendant que l’on prenne ma commande, je ne pouvais m’empêcher de jubiler intérieurement. Pressions, fûts, bouteilles, raretés… toute la
sélection est tip-top : on retrouve tous ses breuvages préférés, des choses que l’on a toujours voulu goûter sans en avoir l’occasion, et de l’inconnu. Excitant, mais également rageant finalement : impossible de goûter à tout ce que l’on voudrait en une soirée ! Le nombre de bières à la pression est volontairement limité à une demi-douzaine : cela permet de varier la sélection régulièrement, et
de garantir une certaine fraîcheur sur l’ensemble de la gamme. Il y en avait ce soir là pour tous les goûts, dans tous les registres, de la Pilsner douce, crémeuse et houblonnée à la Stout bien plus corsée. Un cidre du Pays d’Auge (ma région !), pas mauvais quoiqu’un petit poil doux à mon goût, mais meilleur qu’à peu près tout ce que l’on trouve dans la grande distribution en Île-de-France.
Une ou deux bières sont proposées en fûts, c’est également l’occasion d’en profiter, car il n’y a pas de bar en proposant à Paris à ma connaissance.
En bouteilles… une bonne centaine de références à vue de nez. L’Europe et plus particulièrement la Belgique sont à l’honneur, ce dernier pays faisant d’ailleurs l’objet d’une déclinaison sous l’angle Flandres/Wallonie (+ Lambic, également et fort justement isolés). Belle sélection anglaise et américaine, mais aussi des pays plus exotiques : Japon, Italy, Suède, et même Sri-Lanka ! Last but not least, l’ardoise des “raretés”… proposées à des tarifs plus élevés (~15-25$) et quasi-uniquement en bouteilles de 75cL. J’eu l’occasion de déguster une Alaskan Smoked Porter, dont le goût fumé
était moins puissant que la Rogue Smoke dégustée une semaine plus tôt à la Blind Tiger Ale House, et contrebalancé par un arôme chocolaté fantastique.

Le service, par ailleurs, est excellent. On a affaire à des connaisseurs. Du moins, le type m’ayant servi toute la soirée savait visiblement de quoi il parlait et a réussi à me surprendre agréablement. A l’opposé de l’image du “beer nerd” bourru et taciturne, le jeune homme met à l’aise, discute, et sort LA bière que l’on voulait sans vraiment le savoir (“let’s work this out together as a team, right?”, très américain, mais là, ça n’est pas du vent, finalement). Possibilité de goûter gratuitement les pressions/cask avant de choisir. La verrerie est adaptée à l’optique “dégustation” : les verres type “verre à vin” utilisés permettent de mieux apprécier les arômes. Une bière offerte par la maison, ça fait aussi toujours plaisir… il faut dire que ma consommation dépassait sûrement allégrèment la moyenne de la clientèle + deux écart-types.

Ah oui et le cadre, l’ambiance, dans tout ça ? Ici aussi, on touche au génial. La clientèle est williamsburgienne : bobo, branchouille, d’un hétéroclisme homogène (pas sûr de vraiment me faire comprendre, là…). Je serais tenté de dire qu’en bon “Parisien” je me retrouve en terrain connu. Le juke-box diffuse une sélection de morceaux plutôt oldies, qui sied bien à l’établissement décoré façon fausse récup’ de brocante. On imagine toutefois que tout cela a été pensé ; ça a été suffisamment bien fait pour que ça ne choque pas. Au fond, une grande terrasse dans une cour intérieure attire du monde les soirs de beau temps. Enfin, cerise sur la gâteau, les proprio de l’établissement ont trouvé la formule magique permettant d’éviter les tags à l’intérieur des toilettes. De grands tableaux d’ardoise, quelques grosses craies, chacun peut laisser libre court à son expression, la bite dans une
main, la craie dans l’autre. Ou, en censeur autoproclamé, s’amuser à tout effacer le cul à l’air, aussi. Original ? Je ne sais pas. Astucieux ? Assurément !

Alors certes, sous ses faux airs de petit bar de quartier, on assiste au Spuyten Duyvil à une démonstration de cool savamment organisée, mais j’ai l’impression que ces mecs ont absolument tout compris. Un peu comme le gosse qui, à Disneyland, se fiche de savoir que dans le costume de Mickey, c’est Roger le poivrot ou Roberta le transsexuel, je considère ce bar comme mon parc d’attraction préféré, le genre qui pourrait me faire déménager sur place si j’habitais là bas. Et qui sait..?

En résumé, “faut-il y aller ?” : oui, bien évidemment. Allez-y, et au passage, profitez en pour découvrir New York s’il vous reste du temps, c’est une ville formidable !

Spuyten Duyvil
359 Metropolitan Avenue, Williamsburg
Brooklyn, NY, USA
718-963-4140
http://www.spuytenduyvilnyc.com

[miam024] Grimaldi’s

S’il est une chose qui fédère la fierté de l’immense majorité des new yorkais, ça n’est ni une équipe sportive, ni un patrimoine architectural ou que sais-je encore, mais bel et bien la “NYC style pizza”.
Certains en sont tellement fous qu’ils ont tenté de découvrir le secret qui faisait la spécificité de ce mets pourtant universel. Est-ce l’eau courante de la ville (quelques pizzerias du New Jersey vont jusqu’à l’importer !), les fours utilisés depuis des décennies, autre chose ? Les avis divergent. Autre source de débats : quelle est la meilleure pizza new yorkaise ? Si cela est bien évidemment sujet à controverse, quelques établissements reviennent régulièrement en tête dans les classements de chacun. Grimaldi’s, située à Brooklyn, sous le pont du même nom en fait partie, et se trouve bien placée en fin de parcours de Brooklyn
Heights : parfait pour y reprendre quelques forces avant d’entamer la traversée à pieds vers Manhattan.

Et niveau forces, il y a de quoi faire dans une pizza new yorkaise, car même si la pâte y est fine (quoique bien levée si possible) et la garniture standard chiche (de la tomate, de la mozzarella, quelques feuiles de basilic), la taille “small” correspond à un disque de 16″ de diamètre qui se déguste donc idéalement à deux, éventuellement à trois pour les petits appétits.

A l’inverse de bon nombres de restaurants américains, on retrouve un agencement de bistrot, les tables et chaises entassées pour optimiser la capacité d’occupation de la salle. Pas de réservation possible, on fait la queue. L’attente fut très courte pour nous, mais la file peut s’allonger à l’occasion. A l’intérieur, ambiance plutôt familiale, le patron organisant l’entrée et la sortie des clients avec amabilité. Au fond, les pizzaiolo enchaînent la préparation des “pies” qu’ils enfournent dans le four en brique chauffé au charbon, équipement étant censé être le nec-plus-ultra pour obtenir une pizza parfaite.

Comme dans toutes les pizzerias de la ville, la commande est simple : on choisit une taille et d’éventuels compléments de garniture… on peut accompagner le tout de boisson, on se contentera d’un soda et d’une San Pellegrino. Il est possible de commander pour emporter, mais comme le précise un panneau sur la devanture : “no slices”. Comprendre que vous devez commander des pizzas entières. C’est aussi une garantie
de fraîcheur.

Le four a une capacité limité, la main d’oeuvre travaille aussi vite qu’elle peut et la salle est pleine à craquer alors qu’il n’est que 18h30, donc il faut patienter un bon quart d’heure avant de voir débarquer sur sa table la roue de carrosse fumante et odorante. C’est encore meilleur quand c’est brûlant, donc ni une ni deux, on se rue sur les parts prédécoupées, et effectivement, c’est excellent. La croûte n’est ni trop sèche ni détrempée par la garniture, ça n’est gras comme c’est parfois le cas ailleurs, les ingrédients utilisés sont plutôt bons. On aurait aimé une mozzarella de meilleure qualité, peut-être.

De là, le repas est vite envoyé : 3 parts et quelques minutes plus tard, on peut déjà rejoindre la sortie, délesté d’une trentaine de dollars (on peut toutefois s’en tirer pour 16$ + taxes et pourboires à deux, en ne prenant ni suppléments de garniture ni boisson), mais l’estomac suffisamment rempli pour rentrer jusqu’à l’hôtel.

S’agit-il du summum de la pizza à NY ? Elle était très bonne, certes, mais à part Abitino’s (une petite chaîne locale, correcte mais un ton en dessous de Grimaldi’s), je n’ai pas eu l’occasion d’en tester d’autres, comme Luzzo’s ou Una Pizza Napoletana : il aurait fallu faire au moins trois repas par jour pour prétendre avoir un bon horizon du sujet. En revanche, je peux comparer à ce que je connais en France (en attendant un éventuel pélerinage à Naples ?), et je dois dire que quelque part, mes favorites restent certaines des pizza que je mangeais à Caen (Buona Tavola pour le style classique italien, et le traiteur de la rue du Vaugueux pour quelque chose de très original, mais néanmoins excellent).

Grimaldi’s
19 Old Fulton St
Brooklyn, NY 11201, United States
Itinéraires
+1 718-858-4300
http://www.grimaldis.com/