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La Régalade – 30/01/2009

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C’est marrant comme l’esprit peut nous jouer des tours. Comment en suis-je arrivé à douter, ne serait-ce qu’un peu, de la Régalade, ce restaurant tenu par Bruno Doucet, où j’ai dîné à trois reprises l’an passé ? D’une façon générale, les produits et l’exécution y ont toujours été plus que satisfaisants. Terrine Alors que cela en gêne certains, je n’ai jamais eu de problème avec le cadre, l’ambiance, le service. En bref, aucune raison de questionner la qualité de cette table.
Pourtant, après un peu plus de six mois sans y retourner, et alors même que je continue sans cesse de la recommander à qui veut bien l’entendre, je m’attendais presque à être déçu en y retournant. Il faut dire qu’entre temps, j’ai fait de très bons repas ailleurs…

Brouillade aux truffes A y réfléchir, je pense qu’il s’agissait plus d’incrédulité que de doute. En tout cas, les moindres soupçons ont été balayés rapidement, dès l’arrivée de la terrine, servie en guise d’amuse-bouche avec, comme toujours là-bas, un excellent pain. Rien que ça mériterait presque le détour. Et il y a toujours cette générosité dans les portions : le pot-au-feu de foie gras au truffe en est un bon exemple, avec ses deux lobes de foie gras et des lamelles de truffe en veux-tu-en voilà… quelle entrée ! D’ailleurs la truffe m’a paru meilleure que l’an passé au même endroit. Cette année le production est a priori de meilleure qualité, mais ça pourrait aussi s’expliquer par la théorie arguant que plus on en mange, plus on aime ça. Je crois bien que c’est mon cas.
Egalement épatante, la brouillade d’oeufs au truffes. Un classique, râbaché chaque hiver, mais qui, même approximativement réalisé apporte plaisir et réconfort. Ici, rien à dire, aucune imprécision. La texture est pafaite, crémeuse à souhait, et c’est d’un goût succulent : pourquoi chercher plus loin ? Pot-au-feu de foie gras II

On n’est pas forcément très bien installés, c’est vrai. Les récentes critiques négatives que j’avais vu passer à l’égard de La Régalade insistaient parfois lourdement sur ce point. Certes, le restaurant fait tourner les tables comme des derviches, mais il n’y a pas de secret : pour assurer une telle qualité à ce niveau de prix, pas d’autre choix que de faire du volume. Pourtant, je ne m’y suis jamais senti pressé, même lorsque de nombreux clients patientaient accoudés sur le zinc en attendant leur table. Le service n’est certes pas derrière chacun des convives pour remplir le verre d’eau, de vin, ramasser la serviette avant même qu’elle ne touche le sol… et vous savez quoi ? C’est pas plus mal comme ça, car l’absence totale de préciosité fait que l’on s’y sent presque chez soi. Et après tout, cette petite table à laquelle nous étions installés, même perdue au beau milieu de la salle, je ne m’y suis pas senti indisposé. Suprême de volaille des Landes au foie gras

De toute façon, on y vient avant tout pour manger solidement, et boire un coup. Le cadre est vite oublié lorsque l’on a devant soi des assiettes bien fichues, comme ces suprêmes de volaille des Landes au foie gras, un des plats indéboulonnables du menu et que j’apprécie particulièrement. Surtout dans la version servie ce soir là, agrémentée de truffe. La viande est parfaitement cuite, préservant ainsi tout son moelleux et elle a du goût. C’est bête de devoir le faire remarquer, mais le poulet insipide est tellement courant… Le risotto à la truffe servi à part dans une petite marmite en fonte n’avait absolument pas goût de truffe, mais était néanmoins réussi. J’imagine que le bouillon utilisé pour sa préparation n’y était pas pour rien. Le riz au lait

Là, on a beau se creuser la tête, retourner le problème dans tous les sens, et chercher où l’on avait pu goûter à quelque chose d’aussi bien, d’une telle constance dans les préparations, à ce niveau de prix… aucune réponse ne vient à l’esprit. Bref, dîner à la Régalade, c’est toujours une fête, que l’on ne saurait conclure sans la dégustation du fameux riz au lait, dessert emblématique du restaurant. Ce qu’il y a de bien, c’est que, sur une tablée de taille raisonnable, il suffit qu’une personne le commande pour que tout le monde en profite. J’ai fait tout ce que j’ai pu pour tenter de le finir, mais j’ai fini par abandonner, ne souhaitant pas reproduire le sketch sur la bouchée de trop des Monty Pythons. J’ai quand-même boulotté la madeleine servie avec le café. J’aurais pas dû, mais c’est tellement bon…

Un peu plus de 185 EUR pour ce festin, dont une bonne soixantaine de suppléments, truffe oblige, le tout accompagné d’une bouteille d’un agréable haut-médoc (L’Autre 2005, second vin du château Sociando-Mallet) et deux cafés (offerts par la maison pour s’excuser du piètre emplacement de notre table)… on peut facilement manger moins bien pour deux fois plus !

[miam039] L’Epigramme

C’est l’automne, et en matière de gastronomie, c’est probablement ma saison préférée. Les jours raccourcissent, le climat se rafraîchit : autant de bonnes raisons de s’enfermer dans une salle de restauration chauffant sous les effets conjoints de la mastication, de la déglutition et de la digestion des clients. C’est aussi l’ouverture de la chasse et l’occasion de de réconforter à grands coups de plats à base de gibier.
Et pour bien apprécier tout cela, rien de tel qu’un petit bistro : de la sincérité, de la vie, de la convivialité et, ne l’oublions pas, un bon repas. Le choix ne manque pas à Paris. Ce soir là, nous nous rendons à l’Epigramme, caché dans une petite rue du quartier de l’Odéon. Une oasis de calme au milieu de ce bouillonnement urbain d’un soir de week-end.

C’est d’autant plus calme que nous sommes les premiers clients à arriver dans cette salle aux poutres et pierres apparentes. En salle, un homme et une jeune femme nous accueillent. Le monsieur, Stéphane, chaleureux, la demoiselle plus discrète. Je ne sais pas si les rôles sont étudiés, mais cela fonctionne à la perfection. Un service attentionné, prévoyant qui semble nous traiter aussi bien que les habitués du restaurant, visiblement nombreux ce soir là. C’est plaisant, ça donne déjà envie de revenir, tout simplement.

Terrine de gibier, cornichons

Terrine de gibier, cornichons

La concentration de clients coutumiers ce soir là n’était probablement pas le fruit du hasard. Ce soir, le chef Aymeric Kräml avait concocté un menu gibier, imposé pour tous. J’avais bien évidemment été prévenu au moment de la réservation, ce qui m’avait fait sauter de joie et trépigner d’impatience durant quelques jours. La découverte de la carte me soulage : le lièvre à la royale est bien là. Ouf.

On commence assez fort avec une belle tranche de terrine de gibier. Faisan, canard sauvage, lièvre composent ce délectable pâté fort en goût qui nous entraîne directement dans le vif du sujet. On entendrait presque le bruit des fusils, le bruissements des battements d’ailes… Pour l’accompagner, un très bon pain tout juste grillé, et quelques petits légumes : radis, carottes, poivrons et cornichons “maison”. C’est direct, c’est bon, on pourrait en faire un repas. Seul regret, le Monthélie choisi pour accompagner notre repas se révèle à ce moment trop faiblard pour encaisser cette décharge giboyeuse.

Bouillon de gibier, foie gras poêlé

Bouillon de gibier, foie gras poêlé

On continue avec un bouillon de gibier et tranche de foie gras poêlée. De la chaleur, plus de douceur à la fois dans les goûts et dans les textures, cela permet de calmer le jeu, de préparer sans heurt le terrain pour le plat principal. C’est encore un plat délicieux. Le foie gras est bon, le bouillon succulent. Et là, le vin fonctionne beaucoup mieux, on est passé en vitesse de croisière.

Lièvre à la royale

Lièvre à la royale

Les clients, d’âges et d’horizons différents, continuent d’affluer dans ce restaurant de poche. L’atmosphère se charge du bruit des conversations, la salle s’échauffe, la tension monte. On y est. Le lièvre à la royale arrive sur note table. Cette épaisse tranche de lièvre désossée, farci aux abats, présenté sur un lit de mousseline de céleri et nappé d’une épaisse sauce au vin liée avec le sang de l’animal fait partie des grands plats de la cuisine française, malheureusement impratique à réaliser chez soi et peu évident à déguster ailleurs. Cette couleur noire, impénétrable ne laisse que peu de prise au regard. Ni une ni deux, il faut y aller avec la fourchette pour espérer percer le mystère. Puissant, intense, profond mais également fondant, onctueux, c’est un plat absolument fantastique. Il faut aimer le gibier, évidemment. On est aux antipodes du plat de restaurant branchouille, superficiel, hyalin, inoffensif. Le lièvre à la royale, c’est encore un animal sauvage qu’il faut apprivoiser : ça se mérite.
Alors évidemment, du fait de cette profusion de saveurs percutantes et avec l’aide de quelques verres de vin, on se sent un peu groggy. Il faut redescendre sur terre. C’est dur. Mais on nous laisse le temps. Le service est un peu plus occupé, c’est tout aussi bien. Un peu de fromage, c’est au menu, avec un choix à propos : un excellent comté et une sainte-maure très correcte permettent de continuer à se faire plaisir gustativement sans risquer l’overdose, le temps de recouvrer ses esprits pour le dessert.

Soufflé Grand-Marnier

Soufflé Grand-Marnier

Ce soir là, c’est un soufflé au Grand Marnier qui nous est proposé. Comparable à celui servi à la Régalade, toutefois moins imposant (ouf !), il est très réussi et ne porte pas trop sur la liqueur et la douceur, ce qui est à mon sens souhaitable. Après le café, quelques griottes nous sont offertes. Peu sucrées, elles constituent un excellent digestif que l’on aimerait trouver ailleurs.
Au total, 184 EUR pour ce repas, avec deux verres de champagne, deux cafés, une bouteille de vin. Le menu était tarifé 60 EUR : ça n’est finalement pas excessif au regard du type de produits proposés, de leur qualité et de leur quantité. Hors soirée spéciale, formule à 22 EUR et menu à 28 EUR au déjeuner, menu à 30 EUR au dîner.

L’Epigramme
Ouvert du mardi au samedi
Tél : 01 44 41 00 09
9, rue de l’Eperon
75006 Paris
M° Odéon (L4, L10)

[miam035] Cinq Mars

Cela faisait un moment que le Cinq Mars me faisait de l’oeil. Quelques belles éloges de ci de là l’an passé, à quelques pas du boulot, et plusieurs fois, l’hésitation d’y entrer, pour finalement me raviser au dernier moment.
Je m’y suis finalement rendu aujourd’hui, décidé, malgré ma fatigue et mon peu d’appétit. Idée excellente, confortée par la vue de la carte du jour, avec un boudin noir/purée de pommes de terre en plat principal. Ni une ni deux, sans même jeter un coup d’oeil au reste du menu, j’entre.

12h30, seules quelques tables sont occupées, on m’installe sans problème. Ambiance cadres moyens : costumes, boutons de manchettes et roulage de boules sur BlackBerry font partie du décor. C’est probablement légèrement différent au dîner. Décor type bistro vieillot-branchouille, en somme une belle illustration de la mouvance “bobo”. Un style atelier qui correspond à mon idée d’un restau franchouillard NYC, moins à celle d’un établissement de l’étroite rue de Verneuil. Une musique type “electro-lounge” s’engouffre dans l’espace sonore laissé libre par le peu de clients alors présent, et renforce l’impression générale.

Pour autant, tout ça n’est pas désagréable. Surprenant, plutôt, car la carte, par un certain classicisme bistrotier, contraste clairement avec cette ambiance gentiment hip. Mon choix se fait rapidement : une formule à 17 EUR pour plat + dessert. Le boudin noir / purée de pomme de terre, c’est du classique, du solide, on connaît. Et rien à dire, lorsqu’il arrive, on sent déjà que c’est sérieux. Difficile d’en faire un plat graphique sans en altérer la substance. Pourtant, la présentation est ici soignée, le morceau de boudin reposant bien mollement sur un lit de purée conséquent, un peu de vert pour la couleur, quelques grains de sel et de poivre moulus habilement disposé sur l’assiette : on retrouve là le même esprit faussement négligé et fripon que dans la déco ou le physique des serveurs.
Mais l’important, c’est le goût. Boudin : très bien, savoureux, pas écoeurant, l’oignon bien dosé, bon comme du boudin, donc. La purée : costaude, roborative, l’accompagnement idéal pour ce plat. C’est donc sans surprise, c’est exactement comme il faut : lisez donc “fantastique” si vous êtes amateur de ce mets.

En dessert, aujourd’hui, c’est une pomme rôtie à la cannelle et au miel. Accompagnée d’un peu de crème fouettée, elle s’avère particulièrement savoureuse. Pas de quoi en faire un boudin (ha !), mais ça n’est pas le but ici.

Etant seul, je me suis contenté d’un vin au verre (un saint-nicolas de bourgueuil 2006 non identifié, 4,5EUR) qui remplit honnêtement son office. Je n’ai donc parcouru que très brièvement la carte des vins, qui semble bien étudiée en termes de prix et de domaines représentés… savoir qu’on peut aller boire du Gramenon à deux pas du boulot, c’est rassurant.

J’aurais aimé dire un mot du service, mais n’ayant pu ne serait-ce que croiser le regard d’un de ces deux jeunes hommes à la barbe de trois jours savamment étudiée, je me contenterait de supposer qu’ils étaient bien occupés car à 12h45, la salle était pleine. Et si ce fut minimaliste de ce côté là, on ne peut pas dire que c’était désagréable non plus. Ca fait peut-être également partie de l’ambiance, allez savoir !

Ah oui, un dernier bon point, le café : ils servent du Illy, pas forcément de quoi sauter au plafond ou aller embrasser le chef, mais c’est mieux que la moyenne. C’est facturé 2,50EUR… je crois que je me fais vieux moi aussi avec mes souvenirs du café à 6FRF…

A l’inverse de ce que l’on trouve chez la proche Folle Avoine, on déguste donc au Cinq Mars une cuisine très classique dans un décor vaguement tendance. Ca va droit au but, et les formules du déjeuner sont d’un très bon rapport qualité-prix : une bonne adresse.

Au déjeuner : formules à 17EUR et 21EUR.
A la carte, compter 35 à 50EUR.

Cinq Mars
51 rue de Verneuil
75007 Paris
01 45 44 69 13
M° Solférino (L12), RER C Musée d’Orsay

[miam028] Les Symples de l’Os à Moëlle

Je ne sais pas pour vous, mais je suis du genre à ne jamais trop profiter de ce qui se trouve à proximité, sauf peut-être en matière de commerce de bouche, côté pratique oblige. Et si peu de Parisiens iront aux Symples de l’Os à Moëlle car le restaurant se situe au-delà du périphérique, me trouvant à une centaine de mètres de là, je n’avais guère d’excuse pour ne pas y aller.

Et c’est pourtant au bout d’un an et demi, et sur l’initiative d’une tierce personne que nous nous y sommes retrouvés à cinq hier soir, installés à l’extérieur par ce temps très lourd. Aux Symples, on peut manger sur des tables standards, dont deux pouvant accueillir des groupes de personnes importants, ou sur des tables hautes et tabourets de style bar, ce qui fut notre cas.

Plutôt qu’un restaurant, et comme c’est très justement précisé sur la devanture, il s’agit en fait d’une “table d’hôtes”. Concept en vogue qui consiste à s’installer à plusieurs et partager des plats avec l’ensemble des convives de l’établissement. Ceci dit, à l’inverse d’autres endroits du même type, il y a tout de même un service à table : on vous amène des plats, puis une fois que vous vous êtes servis et que vous n’en voulez plus, on les échange avec d’autres.

Au dîner, pas le choix : le menu à 25EUR est imposé. Pour le déjeuner en revanche, il existe plusieurs formules moins coûteuses.

Mais pour ce prix là, vous en avez clairement pour votre argent. Tout commence par l’arrivée des plats de crudités et d’une excellente terrine de boudin noir. Chou au curry, carottes rapées (archi-classiques mais néanmoins excellentes), champignons à la grecque, salade de betterave, taboulé… rien de très original, mais
tout est uniformément bon, voire très bon. La faim disparaît déjà et là, surprise, on nous retire ces premiers plats pour nous en apporter d’autres. Le vin, la fatigue et la chaleur aidant, je serais bien incapable d’énumérer tout ce qui nous a été amené, mais je retiendrai notamment les penne au pistou.

Ca ne s’arrête pas là, bien évidemment, puisqu’après cette bonne douzaine de hors d’oeuvres froids nous sont apportés des entrées chaudes. Deux salades de pomme de terre, l’une à la queue de boeuf et l’autre au hareng. Là encore, c’est un modèle de classicisme bien exécuté, de la cuisine traditionnelle française, comme à la maison… et peut-être meilleur.
Une soupe de crustacés, raffinée et délicieuse permet ensuite de faire la transition vers le plat chaud, qui était ce soir là de la volaille de Bresse accompagnée de pommes grenailles. Le tout était malheureusement très poivré (ça, je suis tolérant) et très salé (trop, beaucoup trop à mon goût). Malgré tout, j’ai eu du mal à ne pas saucer la sauce constituée des sucs de cuisson déglacés. Un assortiment de fromages de chèvre frais : bien, sans être faramineux non plus, mais mon appétit était déjà bien entamé à ce moment du repas.
Enfin, on termine avec l’assortiment de desserts. Caillé de chèvre au poivre de la Jamaïque et sa marmelade de fruits, poires à l’anis, pruneaux au vin et à la cannelle, far breton, tarte à l’ancienne… Ouf, heureusement que la maison n’est pas loin car la ceinture commence à devenir inconfortable.

Pour accompagner tout ça, rien de tel que quelques verres d’un vin assez franc. Il y a du choix : vins au verre, plusieurs carafes de vins tirés du fût, quelques bouteilles également, à des tarifs abordables.

Le service remplit bien son office et s’est montré tolérant envers les facéties de quelques convives. Le chef du restaurant, Charles Madeira, très agréable, semble maîtriser son sujet et animé d’une passion sincère pour son métier.

A 5, avec deux carafes d’un Graves de Vayres rouge Château Toulouze, nous nous en tirons pour 165EUR. Presque une paille face à la quantité et la qualité des plats. En résumé : un excellent restaurant de quartier (de très loin le meilleur autour de la place de la Mairie !), mais qui mérite également le détour pour les non isséens. N’oubliez pas de réserver, si possible : à 21h30 passées, il fut difficile d’obtenir une table à l’improviste.

Enfin, je signale – pour ceux qui n’auraient pas fait le rapprochement – qu’il s’agit là du troisième restaurant de Thierry Faucher, après l’Os à Moëlle (rue Vasco de Gama dans le XVe, avec un bistrot proposant une formule “dégustation” à 36EUR d’un très bon rapport qualité/prix également) et la Cave de l’Os à Moëlle (juste en face du précédent, il s’agit d’une cave à vin où l’on peut également grignoter… ça reste à tester en ce qui me concerne). Il était question d’une nouvelle annexe à Châtillon, mais je n’ai rien lu à ce sujet depuis le début de l’année…

Les Symples de l’Os à Moëlle
http://www.lessymples.fr/
01 41 08 02 52
18, rue de la République
92130 Issy Les Moulineaux
M° Mairie d’Issy (L12)

[miam012] La Régalade

Après les fêtes, on se calme un peu sur la nourriture. Puis l’envie revient de se faire quelques bons gros gueuletons. En plus, c’est encore la saison des truffes… ça serait dommage de ne pas en profiter, pourquoi pas au restaurant, mais si possible sans payer chaque plat une bonne centaine d’euros. La solution ? Se rendre dans un bon bistrot qui en propose au menu à des prix plutôt raisonnables.
Va pour la Régalade…

C’est le restaurant par lequel s’est fait connaître Yves Camdeborde, ancien de chez Constant, et qui tient désormais les fourneaux du Comptoir du Relais, paraît-il excellent, pour autant que l’on aime réserver 6 mois à l’avance ou dîner en terrasse en plein hiver. De la Régalade est notamment sorti Stéphane Jégo, chef du fameux l’Ami Jean qui fera forcément l’objet d’un miam d’ici quelques temps (quand j’y serai allé, si possible). La Régalade a été repris il y a quelques années par Bruno Doucet, qui y officie toujours aujourd’hui.

Le cadre est typique du bistrot parisien : devanture passe-partout, intérieur avec un petit bar, des tables partout, quelques tableaux de vaches, cochons… on n’est pas dépaysé, et on se sert les coudes comme il se doit dans ce genre d’établissement. Sauf pour ceux qui tomberont sur la table à côté des tiroirs à couverts, isolée mais un peu dans le passage. C’était la notre, et c’était très bien finalement, car on avait de la place pour les bras, et l’on évitait d’avoir à partager les confidences des autres convives.

Une seule formule proposée le soir : 32 EUR pour entrée-plat-dessert. La carte se divise en trois parties : un choix entre une demi-douzaine d’entrées, autant pour les plats “standards”, la partie “Pour un coup de fusil de plus”, présentant les choix avec suppléments, et enfin une ardoise avec les “coups de coeur” du moment. L’un dans l’autre on doit pouvoir piocher parmi 8 à 10 entrées et autant de plats. Une carte aussi longue est toujours déstabilisante : est-ce vraiment
bon signe que d’afficher autant de produits, autant d’options… ça va être frais et préparé à la minute, ou bien va-t-on nous servir des surgelés passés au micro-ondes ? Et puis le choix… tellement difficile devant tant de bonnes choses.

On était venu pour la truffe, alors on se laisse tenter pour une brouillade d’oeufs à la truffe + truffe râpée (+14EUR) et pour des saint-jacques rôties, petits croûtons et truffe râpée (+15EUR). Comme les antibiotiques ne s’accommodent qu’assez mal de l’alcool, on se contentera de coupes de champagnes pour l’apéritif, mais un coup d’oeil sur la carte des vins laisse entrevoir un large éventail de choix, à des prix semblant raisonnables (coeff 2,5 à 3*), de 15EUR à 200EUR.
La salle est surbondée, les serveurs sont 3 et virevoltent entre les tables sans pour autant causer d’accident, et en prenant le temps d’être sympathiques et efficaces. C’est pro. Mais du coup, on attend un peu. Dans ces cas là, les restaurateurs sachant que les gargouillis d’estomac ne constituent pas la musique idéale pour rythmer un dîner ont l’habitude d’offrir de petits amuses-bouches en guise de “pré-entrée”. La Régalade ne déroge pas à la règle, sauf qu’à la place d’une verrine insipide et sans consistance, vous avez le droit à une terrine et un très fameux pain de campagne. Je ne parle pas d’une petite tranche de terrine déposée dans une soucoupe microscopique, non, mais d’une terrine entière, et d’un énorme bocal de cornichons et petits oignons au vinaigre. Le problème c’est qu’à l’instar du pain, elle est excellente. Alors comme on a faim, on se sert généreusement, une, deux, trois… allez quatre fois et on arrête. Après tout ça n’est pas un menu gastronomique qui nous attend, rien qu’un petit entrée-plat-dessert…

Les entrées arrivent. La brouillade : il doit bien y avoir trois oeufs là-dedans. Piquetée de noir, on devine facilement que l’assaisonnement à la truffe a été généreux. Quant aux lamelles du champignon, elles recouvrent l’assiette. Même chose pour les Saint-Jacques, au nombre de 4, dans leur coquillage, dans chacun desquels figurent 4 ou 5 lamelles de truffes. On a tout simplement l’impression d’être chez un copain qui a envie de nous régaler généreusement. Au goût, c’est délicieux, tout est là, comme il faut : simple mais bon… l’hésitation lors de la commande est déjà bien loin.

On aurait déjà pu rentrer à la maison repus, le sourire jusqu’aux oreilles, mais comme on paye pour un menu complet, autant rester. La suite ? Une canette de la Dombes et ses légumes d’hiver à la truffe pour deux personnes, +16EUR (+16EUR en tout, je précise car je pensais que ça serait +16EUR/personne). Elle arrive, on l’amène devant nous “voici la canette que vous allez déguster”, elle repart en cuisine. Elle revient quelques instants plus tard dressée dans nos assiettes respectives. Contrairement aux impressions du début de repas, on a le sentiment que le chef nous a menti. La purée aux graines de moutarde apportée à côté dans son petit caquelon n’était pas annoncée. Cette généreuse portion de foie gras frais poêlé non plus. C’est quand-même fantastique cet endroit à contre-courant de ce que l’on peut voir à peu près partout
ailleurs, où il entendre par “frites” “deux bâtonnets de pomme de terre ayant fait un aller simple dans l’huile”. Heureusement que l’on avait de l’appétit, finalement. Il aurait été dommage de gâcher cette très belle viande très tendre et goûteuse. Les légumes d’hiver, s’ils n’ont pas été tous identifiés on effectivement le goût de truffes, la très onctueuse purée tient sacrément bien la route. Alors que l’on est arrivés affamés et que les gros repas ne nous effraient pas, on finit à peine nos assiettes.

J’avais fort heureusement eu le nez creux lors de la consultation de la carte, et avais choisi le soufflé au Grand-Marnier pour clore le repas. Il arrive, bien gonflé, tout droit. Un coup de cuillère dedans, ça ne retombe pas, joli ! C’est doux, savoureux et léger, bravo. En face de moi, c’est un riz au lait. Ou plutôt une soupière pleine à ras-bord de riz au lait, et un pot de sauce au caramel. Après s’être servis chacun une fois, il restait facilement 80% du riz dans le récipient. Seul, il est très bon, les nombreuses petites graines de vanille l’annonçaient déjà visuellement. Avec la sauce au caramel, c’est un vrai paradis rabelaisien. Yabon, yaplein. On s’est forcé (sans trop de difficulté), mais à deux, on finit par s’avouer vaincu à mi-parcours. N’oubliez pas que c’était pour une personne.

On demande donc l’addition en se disant que, oui, on reviendra, parce que tant d’autres choses faisaient envie : la côte de boeuf pour deux, énormissime, le bar gargantuesque, la poitrine de cochon caramélisée que l’on n’a pas vue, mais qui fait forcément envie comme tant d’autres choses au menu ce soir là…

Bonne surprise au moment de régler l’addition : 130 EUR à deux pour un menu avec de la truffe en-veux-tu-en-voilà, du foie gras, trop à manger (je m’étonne en écrivant ça) et pourtant déjà l’envie de revenir, c’est donné.

Allez y, courez y, mais attendez quand-même que je vous ai donné les coordonnées :

La Régalade
49 avenue Jean Moulin
75014 Paris
01 45 45 68 58

Réservation (et confirmation le jour même) obligatoires, deux services archi-complets au dîner.