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Stella Maris – 19/12/2008

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On en avait déjà pas mal entendu parler l’automne dernier, mais alors cette année, il est partout. Au menu des restaurants, évidemment, dans les pages gastronomiques de plusieurs journaux, également, et même, plus étonnant encore, chez une célèbre chaîne de produits surgelés. De quoi s’agit-il ? Du lièvre à la royale, que j’avais déjà évoqué lors du récit de notre dîner à l’Epigramme, il y a quelques mois.
Jardinière de légumes, langoustines croustillantes Tout un programme que ce plat. Déjà, il y a deux camps… entre lesquels on n’est fort heureusement pas obligé de choisir. La variante dite “du sénateur Couteaux” se rapproche plus d’un ragoût très riche en échalotes, tandis que la version “Ali Bab”, plus luxueuse, se présente sous forme d’un gros saucisson de lièvre, garni de farce, foie gras, truffe… Point commun entre les deux : la sauce au sang, riche, ténébreuse, envoûtante.
Je ne saurais dire où j’ai entendu parler de ce plat la première fois, mais ça n’est que récemmente qu’il a piqué mon intérêt. C’était il y a un an et demi environ, à l’été 2007, donc. Je commençais alors à m’intéresser d’assez près à ce que Paris comptait de bons restaurants, et ce que j’avais pu lire du Stella Maris m’avait suffisamment emballé pour que j’y réserve une table. Le chef, Tateru Yoshino, un japonais venu à la cuisine sur le tard et formé chez des pointures comme Robuchon ou Troisgros, propose une cuisine française archi-classique travaillée avec minutie et surtout avec passion. Il adore également travailler le gibier, et du coup, l’une de ses spécialités est, je vous le donne en mille, le lièvre à la royale.
Je voulais m’offrir un bon dîner avant les fêtes de fin d’année, et par la même occasion, célébrer la fin de l’automne avec ce qui sera probablement le dernier lièvre à la royale que je dégusterai avant l’an prochain. J’aurais pu aller chez Senderens, Besson, Rostang ou dans un bistrot comme l’Ami Jean ou Au Bascou, mais après avoir lu tant de belles choses sur la version proposée par Yoshino, j’ai fini par me décider sur le Stella Maris. Millefeuille de thon rouge mariné et d'aubergine, tapenade et caviar français

Le restaurant est à demi vide. Est-ce la crise ? Le manque de popularité du chef et de son établissement à Paris, alors qu’il est archi-connu à Tokyo ? Et d’ailleurs, pourquoi ne serait-il pas reconnu par ici ? Bien évidemment, lors de mon premier repas au Stella Maris, j’étais un bleu-bite de la gastronomie. Avec l’expérience, aussi infime soit-elle, acquise entre-temps, j’allais peut-être m’apercevoir que finalement, il n’y avait pas de quoi s’extasier…

Un verre de champagne, un coup d’oeil rapide sur le menu et deux petites gougères tièdes pour accompagner le tout permettent de finir de s’installer. Un mot sur la carte : celle-ci s’avére particulièrement agréable à lire car elle est totalement limpide. Et, comme on le verra par la suite, elle ne ment pas, car on a vraiment ce qui correspond aux intitulés, voire mieux !
Pour nous amener doucement et sereinement vers nos entrées, un premier amuse-bouche nous est offert. Il est tout simple : une huître à la gelée de jambon. Cette dernière ne masque heureusement pas le goût iodé de l’huître, très bien pour commencer. Deuxième amuse-bouche : un velouté de topinambour servi dans une élégante tasse à café. Crémeux et brûlant, c’est extrêmement réconfortant par ce temps hivernal. Une touche de bacon vient relever le tout. C’est là encore très bon, et sans maniérisme.

Le restaurant est toujours aussi peu rempli. Pas de nouveau client à l’horizon. Dans la rue, quelques passants jettent un coup d’oeil à la carte et repartent rapidement, effrayés. Les entrées arrivent, on entre alors dans le vif du du sujet. Commence alors à se faire ressentir une impression de mélancolie, pas nécessairement désagréable. Oh, pas que je me sentais mal : j’étais même content d’être là, avec la perspective de congés prolongés et les souvenirs d’une année pas complètement perdue. Mais la cuisine de Tateru Yoshino, ce soir là, m’a inspiré de la tristesse. Par l’idée de cet homme que j’imagine bourreau de travail, comme tout chef de cuisine consciencieux, déjà. Et par le fait que les assiettes respiraient le renoncement. Celui du cuisinier méticuleux, se battant pour délivrer le meilleur, coûte que coûte. Comment ne pas ressentir de la peine pour celui qui a préparé cette jardinière de légumes, tous cuisinés différemment, soigneusement ordonnés sur l’assiette, dans leur plus simple appareil. C’est aussi le chef, qui se met à nu. Lièvre à la royale
Même approche très “nouvelle cuisine” pour le millefeuille de thon rouge et aubergine. Belle composition, goûts clairs, tranchant : c’est très bien. Yoshino propose ici plusieurs saveurs dans le même plat, sans pour autant nous prendre complètement par la main. L’entrée n’est toutefois pas élitiste, ni indéchiffrable, à la manière de certains plats à la Gagnaire, mais à chacun de composer ses bouchées comme il le souhaite jusqu’à trouver l’équilibre entre chaque composante de l’assiette. Les produits sont frais, bien travaillés, tout est juste. Le restaurant est noté une étoile au guide Michelin. A mes yeux, et pour ces seuls plats, il vaut bien plus.
Et même dans un registre quelque peu différent, avec un plat de grande tradition française comme le lièvre à la royale, on est de nouveau impressionné. Sa présentation rappelle celle d’un coulant au chocolat façon Bras ou Ramsay : un cylindre dressé sur sa base, surmonté d’une virgule cacaotée. Une touche de compotée de pommes sur le côté, puis, versée à la dernière seconde, cette fameuse sauce noire, impénétrable, ne renvoyant que le propre reflet de celui qui tente de percer tous ses mystères. Et un fumet d’une grande intensité, évidemment. Une croûte, une enveloppe de viande, le hachis avec abats, du foie gras et de la truffe : c’est donc la version “Ali Bab” dans toute sa grandeur. Une fois terminé, l’envie surgit de redemander de la sauce, juste pour finir le pain. J’aurais dû oser, tant pis pour moi. C’était le dernière lièvre de l’année pour moi, pas de déception, ouf. Homard bleu de Bretagne rôti

Au dessert, on retrouve la même émotion qu’avec les entrées. Un mont-blanc d’anthologie. Crème de marrons, chantilly, meringue, biscuit imbibé d’alcool, quelques morceaux de fruits confits, un marron glacé,  une quenelle d’une très bonne glace à la vanille : que de travail, de raffinement ! C’est évidemment riche, c’est le propre du mont-blanc, mais ça n’est pas lourd ni sucrailleux pour autant : belle performance. Une légère fausse note, les batonnets de meringue exhalaient une odeur d’huile de friture. Etrange.

On termine le repas avec un café et de bonnes mignardises (encore une légère odeur de graillon sur la tartelette framboise, décidément). Une seule autre table est occupée. L’addition arrive, cinglante. En ayant pris les deux plats les plus chres de la carte, on s’y attendait. 400 EUR à deux. A 300EUR ça aurait été très bien, à 250EUR fantastique. Malheureusement, je ne pense pas que les prix du restaurant puissent être facilement tirés vers le bas, car derrière tout ça, il y a des produits d’excellente facture, un travail acharné, mais pas d’hôtel pour assurer les frais. Pire, en cette période où la plupart évitent les dépenses superflues, le faible taux de remplissage complique sûrement énormément la tâche de ces restaurants indépendants menés par un chef perfectionniste. Alors en matière de haute gastronomie, à Paris, il semble bien qu’il faille choisir entre les “bons rapports qualité-prix” des restaurants d’hôtel (ou formules “low-cost” à la Senderens) et ces maisons indépendantes, d’un grand niveau, mais douloureuses pour le portefeuille. Mont-Blanc, glace à la vanille de Madagascar Ou alors, il faut se contenter du menu déjeuner, proposé à 49EUR pour le Stella Maris, probablement une excellente affaire. Le soir, le menu à 99EUR est probablement un bon choix également, mais il faut encore faire attention aux “extras”, vu les prix affichés par la carte des vins.
Pour autant, il faut y aller. Je ne comprend pas le peu de reconnaissance accordée à ce chef, dont j’adore la cuisine et sur lequel je ne crois pas avoir lu la moindre mauvaise critique. Ma crainte ? Que Yoshino jette l’éponge, et reparte définitivement dans son Japon natal, ça serait trop bête.

[miam045] Spring

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Ah ! Depuis le temps ! Avant d’oublier, on va dire merci, d’abord. Merci chérie, qui s’est levée au chant du coq, c’est à dire vers 7h50 jeudi dernier pour nous obtenir la réservation. Moi, je dormais après avoir éteint mon réveil, mais j’avais une bonne excuse. Et merci aussi au Fooding. Ceux qui n’auraient pas saisi pourquoi j’introduis le sujet de la sorte comprendront peut-être mieux après un bref rappel du contexte.

Bar poché et blette

Bar poché et blette

Spring, c’est un restaurant de poche (16-18 couverts) ouvert fin 2006 par un jeune américain, Daniel Rose. Assez vite, la critique l’a porté aux nues, et pouf ! En l’espace d’un an à peine, impossible d’obtenir une table en réservant moins de trois mois à l’avance. Pour dîner le vendredi soir, je ne vous raconte même pas, c’est probablement encore plus difficile que d’aller voir Johnny au Stade de France. Sauf que la perspective d’un dîner chez Spring, ça fait envie. N’étant pas du genre prévoyant, et vivant plus au jour le jour que selon un agenda bien planifié, je m’étais donc dit que je pourrai toujours y aller au déjeuner. Réserver une semaine ou deux à l’avance, j’arrive encore à m’y contraindre. Et puis arrive la semaine du Fooding avec une idée assez bien vue : offrir un table pour deux personnes à la réservation le matin pour le soir même dans quelques uns des restaurants les plus surbookés de la capitale. Et grâce à la célérité et à la sagacité de la chérie sus-nommée capable de remplir un formulaire plus vite que son ombre, bingo !, on va enfin aller voir ce qu’il se passe dans la cuisine de Daniel Rose.

Coquille saint-jacques, pied de porc, sucrine

Coquille saint-jacques, pied de porc, sucrine

Souvent, les cuisines sont bien planquées parce qu’après tout, ça fume, ça chauffe, ça gueule et vas-y que j’te bouscule et où est-ce qu’est l’entrecôte pour la 8 mais bordel Jojo elles viennent ces patates… il vaut mieux que le client lambda n’assiste pas à ce spectacle qui serait de nature à perturber sa digestion. Au Spring, rien de tout ça. Pour commencer, le chef officie en duo avec une assistante, Marie-Aude, et ils font tout à deux, de l’épluchage au dressage, puis au service des plats et des vins. Et bien sûr, ils trouvent le moyen de discuter un peu avec leurs “invités” au passage. Une vraie gageure.

Daniel Rose à l'oeuvre

Daniel Rose à l'oeuvre

On imagine aisément que ça serait ingérable avec une carte variée dans laquelle chacun choisirait ce qu’il veut selon ses envies, son appétit. Daniel Rose a donc pris le parti de proposer un menu unique pour toute la salle. De toute façon, c’est lui qui fait les courses, et comme lui ne fait pas semblant de s’y connaître au contraire de certains de ses clients (je parle de moi…), il sait probablement mieux que vous et moi ce qui est beau et bon, donc digne d’être préparé, chaque jour. Autre astuce : tout le monde est servi au même moment. Du coup, il faut y être à 20h30, allez, 20h45 maximum, sinon, tant pis pour vous, vous risquez de manger froid voire de louper un plat ! Contraignant ? Certains le penseront peut-être, mais le jeu en vaut la chandelle.

D’ailleurs, le soir où nous y étions, quelques personnes se font attendre. Du coup – ou bien était-ce un simple retard en cuisine ? – on attend assez longtemps notre premier plat. Ca permet de commencer à boire un peu. La salle s’échauffe, le volume sonore augmente, et paf, au moment où l’on commence à crier famine, et lorsque l’on se dit que le vin à jeun, ça tourne quand-même assez vite la tête, le chef et son assistante alignent les assiettes sur le comptoir et les dressent rapidement. Un bar poché dans un bouillon à la citronnelle et au persil et de la blette, branche et feuilles. Le tout accompagné d’un petit verre de Côtes du Jura domaine l’Eclair, je ne vous dit que ça ! Le poisson est parfait, bien charnu, goûtu, et la blette (cotes et fanes) contraste en ajoutant du croquant mais aussi de l’astringence. Le bouillon ? Si je vous dit que la plupart des assiettes ont été saucées, vous comprendrez. Tiens, c’est marrant, depuis que le plat a été servi, on n’entend plus personne. Certains signes ne trompent pas…

Canette

Canette

Cette entrée constitue une belle introduction au style de Daniel Rose : des plats aux goûts très clairs, à la fois simples et fouillés, avec ce qu’il faut d’originalité, de petites touches permettant de donner de l’allant à sa cuisine. Les ingrédients se multiplient sans qu’aucun ne domine totalitairement, sans que les goûts ne luttent entre eux, et c’est la preuve d’une grande sensibilité culinaire de la part du chef. Le même plat servi à Ze Kitchen Galerie aurait été tout autre, et le bar aurait probablement abdiqué devant une citronnelle dominatrice. Chacun son truc.

La suite est encore mieux, avec un super plat centré autour d’une coquille saint-jacques de très bonne qualité. Dessous, une grosse “chips” et un lit de pied de porc, dessus, de la pomme verte râpée et à côté une sucrine et un petit trait de jaune d’oeuf. Une petite touche de vinaigrette aux agrumes parfait le tout. L’énumération de tous ces ingrédients a de quoi étonner, voire inquiéter. Et pourtant, une nouvelle fois, tous converge : de la subtilité et de la vivacité, du moelleux et du croquant. Là-dessus, on boit un riesling… que j’ai oublié et dont je n’ai pas noté le nom.
Le plat principal : de la canette, cuite rosée, bonne et très fondante, deux purées, l’une d’artichaut l’autre de carotte, quelques pousses de betterave. Très simple, bien exécuté et équilibré, aucune fausse note ! On arrose le tout d’un vin corse du domaine de Granajolo, rustique comme il faut, sans être trop rugueux et dont on a eu le droit à trois ravitaillements jusqu’à la fin du repas, histoire de finir la bouteille. Tout ça sans qu’un supplément nous soit facturé… c’est généreux !

La promiscuité des tables aidant, on discute quelques instants avec une jeune américaine. Ou disons qu’elle engage la conversation avec nous, car nous sommes trop réservés et trop français pour le faire spontanément ! On y apprend qu’à sa table, deux personnes sont dans le mileu de la restauration. A la table de l’autre côté, une personne prenait de nombreuses photos du dressage des plats. Clairement on vient ici pour les assiettes, pas pour le décor, pas pour y être vu, et là encore, c’est plutôt bon signe.

Pomme rôtie

Pomme rôtie

Le dessert est servi en deux parties. La première : quelques quartiers de pomme rôtie, une sauce à la pomme verte, de la crème fraîche et une mousse glacée au café. Slurp. Et pour finir, un chocolat chaud très épais (à vrai dire, il s’agissait plus d’une ganache) servi avec un petit morceau de pain perdu. Re-slurp !

Finalement, Spring, c’est le restaurant que l’on voudrait avoir en bas de chez soi, pour pouvoir y aller quand on veut. Un bel accueil, une cuisine à la fois subtile et raffinée, toujours juste… je savais à quoi m’attendre, et j’ai tout de même été conquis. En discutant avec l’assistante du chef à l’issue de notre repas, nous nous sommes même inscrits sur la liste d’attente au cas où des désistements de dernière minute nous permettraient d’y retourner dans moins de 6 mois !

D’ailleurs, sauf à vous y rendre pour déjeuner, il y a fort à parier que vous ne puissiez plus accéder au restaurant sous sa forme actuelle. En effet, Spring déménage pour le 1er arrondissement en début d’année prochaine. Le concept de base ne changera pas : une cuisine ouverte, peu de couverts, un menu unique

Chocolat chaud

Chocolat chaud

changeant à chaque service, des produits frais et bien apprêtés. La même chose ? Oui mais en mieux ! L’espace plus grand du prochain restaurant permettra non seulement d’avoir une cuisine plus pratique, mais également une cave plus conséquente. Une sommelière ayant assisté Daniel et apprenant actuellement le métier de caviste reviendra pour y exercer ses talents et mettre à profit ses nouvelles compétences au restaurant, donc, mais aussi dans une cave à vin, qui proposera une cuisine plus basique. Ah, vivement 2009 !

Oups, j’allais oublier : c’est cher ? Pas spécialement ! Nous aurions dû payer 124 EUR pour ce repas, beaucoup trop de vin et deux cafés… comme l’un des couverts était offert par le Fooding, nous nous en sommes tirés pour 82 EUR. Dans un cas comme dans l’autre, on n’est pas volé ! J’ai bien envie de vous dire d’y aller, mais ça risquerait d’allonger encore plus les délais de réservation…

Spring
Dîner : du mardi au jeudi, 20h30
Déjeuner : jeudi et vendredi
01 45 96 05 72 (appeler entre 18h et 19h45)
28 rue de la Tour d’Auvergne
75009 Paris
http://www.springparis.fr

P.-S. : à lire, un article paru récemment dans le NY Times
http://www.nytimes.com/2008/12/17/dining/17hanu.html?_r=1

[miam044] Hisop

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Doit-on parler de ce que l’on n’a pas aimé ? C’est toujours délicat, les goûts et les couleurs, tout ça… Quoi de plus subjectif, en effet ? En matière de gastronomie, on peut bien sûr critiquer la fraîcheur ou la qualité intrinsèque de certains produits, s’insurger de cuissons dénaturant la saveur des mets proposés, par exemple. Mais lorsqu’il s’agit de discuter du parti-pris culinaire d’un chef, ça devient coton. Disons aussi que je me vois difficilement réclamer la moindre autorité dans le domaine.

Gambas et cap i pota

Gambas et cap i pota

D’un côté, on peut imaginer qu’exposer son insatisfaction aille dans le sens de l’intérêt général : “c’est nul, n’y allez pas”. Ca peut éviter des déceptions. A l’inverse, si ce qui n’a pas plu relève seulement de ses préférences, de sa sensibilité propre, pourquoi les ériger de facto en standard de bon goût en affirmant que si l’on n’y a pas trouvé de plaisir, c’est que ça n’était pas bon ? Aucun intérêt à dégoûter les autres de ce qu’ils aiment, non ?

Du coup, difficile pour moi que d’aborder le cas Hisop. A bien des égards, ce restaurant m’a déçu. Et pourtant, je ne suis pas sûr de devoir le déconseiller à tout prix. Alors, certes, si on me demande mon avis sur le sujet, je serai clair : je n’ai pas aimé, je n’y retournerai probablement pas, sauf à avoir fait le tour des autres établissements barcelonais susceptibles de m’intéresser. Et bien que rien ne m’y ait vraiment enthousiasmé, j’ai quand-même envie d’accorder le bénéfice du doute à Oriol Ivem et Guillem Pla, les deux chefs de Hisop.

Langoustine et champignons sauvages

Langoustine et champignons sauvages

Première mise en garde : en plus d’être exténués ce soir là, ce dîner faisait suite à notre déjeuner à Alkimia, où l’on ne peut pas dire que nous avions fait un repas frugal. A moins d’être absolument épatés, nous risquions donc d’être difficiles à convaincre. Le cadre et surtout l’ambiance ne m’ont pas satisfait non plus. La salle aux murs peints en blanc sur lesquels de grands pans rougeâtres apportent une touche de couleur bienvenue m’a paru froide. A la limite, qu’importe, on ne vient pas pour ça. J’ai également été gêné par le bruit, mais, là encore, ça n’est pas forcément un problème en soi, et l’on ne peut pas reprocher au restaurant qu’une table se soit avéré un peu pénible ce soir là.

Plus ennuyeux, selon moi, la cuisine. L’idée avouée des deux chefs de Hisop est d’offrir une cuisine moderne basée sur des produits et des saveurs du terroir local. Sur le papier, c’est très bien. Le gros problème n’est pas à chercher sur les produits ni sur l’exécution, du moins pas en premier lieu. Rien ne m’a particulièrement impressionné ni dégoûté à ce niveau, mais de toute façon, j’aurais bien été incapable d’y prêter une réelle attention tant les préparations et leur présentation m’ont perturbé. Vouloir faire du “moderne”, je n’ai rien contre dans l’absolul. Mais se sentir obligé de présenter les sauces versées sur les plats dans des béchers, présenter des mignardises sous forme de tube à essai, de pschitt vaporisé sur des cubes de gelée, c’est tout simplement grotesque.

Pieds de porc au panais

Pieds de porc au panais

De plus, les goûts de différents éléments d’un même plat s’entrechoquent souvent sans se répondre harmonieusement. Pourquoi dresser des accompagnements, certes jolis à l’oeil, mais incongrus en bouche ? Chez Gagnaire, certains plats du menu ne collent pas, et peuvent laisser perplexe, mais nous n’y avions rien goûté de si détonnant… Je ne vous parle même pas du premier amuse-bouche, dont j’ai oublié la composition exacte, mais d’un goût si puissant que je ne comprend pas en quoi il conviendrait à l’introduction d’un repas.

St-Pierre

St-Pierre

J’admettrai bien volontiers m’être totalement loupé dans ma commande : souhaitant goûter les pieds de porc en plat de résistance, j’avais opté pour des raviolis de gambas et “cap i pota” (tête de veau) en entrée, laquelle s’est avérée très grasse, très lourde. Même si le déjeuner était loin, mon estomac a commencé à flancher, et j’ai enfin compris les affres de souffrance dans lesquelles pouvaient être plongés certains critiques gastronomiques, usés par la richesse des repas ingurgités à longueur d’année.

C’est bien simple, je n’avais qu’une seule envie : ne plus ingurgiter que de la tisane pendant trois mois. Alors évidemment, après ça, les pieds de porc… Ceci dit, ce que j’ai pu goûter des langoustines et champignons sauvages ou du saint-pierre, quoiqu’acceptable, ne m’a pas franchement enthousiasmé.

Je n’irai pas plus loin dans l’analyse, car encore une fois, inutile d’enfoncer le clou : je n’ai pas aimé, mais ça ne signifie pas que d’autres n’y trouveront pas leur compte. Le menu proposé ce soir là m’aurait peut-être procuré plus de satisfaction, mais comme le plat principal était du pigeon à la figue et que nous en avions

Mignardises

Mignardises

déjà eu au déjeuner, nous avions préféré nous orienter vers la carte. Autour de nous, les autres tables avaient l’air de passer un bon moment, et c’est tant mieux. D’ailleurs, plusieurs personnes de l’équipe de Tapaç 24 dînaient à Hisop ce soir là.

Bref, je m’abstiens de toute recommandation à l’égard de ce restaurant. Ce type de cuisine et tout l’apparat l’entourant ne me convient pas, ou tout du moins ne me convenait pas ce soir là. Allez-y si le coeur vous en dit, mais sachez à quoi vous attendre, d’une part, et n’hésitez pas à demander des précisions quant aux plats commandés, d’autre part, pour éviter de tomber dans le même écueil que moi…

Hisop
Passatge Marimon 9
08021 Barcelona, Spain
+34 932 413 233
http://www.hisop.com