Archive for November, 2008

[miam043] Alkimia

Voir la galerie photos

Après un petit bain de foule à la très proche Sagrada Familia, on se rend dans le restaurant de Jordi Vilà. Ca s’appelle Alkimia, et ça vaut une étoile selon le guide Michelin. A part ça, on n’en sait guère plus, l’établissement n’ayant pas de site internet. Alkimia… soit “alchimie” en français… et en plus c’est tenu par un jeune chef espagnol ? Finalement, on se doute un peu qu’il y a probablement derrière tout ça un énième émule d’Adrià. Sachant que suis du genre à me prosterner d’admiration bien plus facilement devant une belle côte de veau qu’en face d’émulsions, espumas, gelées colorés, aromatisés jolis dans l’assiette mais bien souvent inexistant, voire gênants en bouche, il y avait de quoi s’inquiéter un peu. Enfin bon, quand on crève la dalle malgré un “chocolate con churros” avalé quelques heures plus tôt, on court sans réfléchir, porté par un estomac auquel échappe facilement la notion du beau et du bon dans ces cas là.
Un lundi au déjeuner… personne dans le restaurant. Ca fait drôle. Ah si, tout au fond, un couple, probablement arrivé peu avant nous. Il est 13h30, ça vient d’ouvrir, donc rien d’étonnant, non ? On se rassure comme on peut. La carte ? En VO non sous-titrée uniquement ! En revanche, on se propose de nous expliquer en anglais si l’on a des questions. C’est un brin compliqué, donc, zou, menu Alkimia en, pfiou… je ne sais pas compter aussi loin que ça. Bref, plein de plats nous attendent !
Un petit cava pour commencer tranquillement, on regarde autour de soi en grignotant de bonnes petites olives… C’est plutôt joli, très sobre, tout blanc, j’aime bien… oh mais arrive déjà un amuse-bouche. Un shot de vodka frelatée et une tranche de sauciflare ? Ils sont culottés ! Ah non, pas du tout. C’est de l’eau de tomate, avec de l’huile d’olive, des croûtons de pain… dessus, c’est en revanche bien une fine tranche de saucisson. On nous explique qu’il faut boire d’abord, puis manger le saucis… ah ou c’est l’inverse ? Quand j’ai très faim, je perds tous mes moyens… Du coup je mange la moitié, je bois, et je mange le reste. Sauf que le petit verre à boire, c’est pas pratique, avec ces gros croûtons, car à moins d’avoir des joues de hamster, difficile de tout stocker d’un coup. Si l’on met de côté ce léger désagrément, il faut bien reconnaître que ce petit jeu sur le pan tomaquet servi en standard dans les restaurants à tapas (du moins chez Tapaç 24 et Paco Meralgo !) n’est plutôt pas mauvais, les goûts étant relativement bien équilibrés. Tout comme dans le second amuse-bouche qui arrive immédiatement après, composé de tomate, quinoa et glace de gorgonzola. Pas de quoi tomber à la renverse non plus.
Voilà pour l’apéro, on va enfin pouvoir commencer à manger pour de bon ! Huit plats vont ainsi se succéder, assez rapidement pour les premiers d’ailleurs, car le restaurant est toujours désespérément vide, à l’exception d’un troisième couple venu s’installer. Ca fait un peu de peine pour le chef et l’équipe de salle qui semble parfois s’ennuyer. D’ailleurs, deux serveuses s’amusent à venir à notre table pour débarasser et en profiter pour parler français. Marrant. La notre ne parlait qu’anglais. On ne lui en voudra pas, car l’anglais avec l’accent espagnol, ça a son charme… mais aussi parce qu’elle était relativement mignonne et surtout visiblement d’une grande gentillesse !
Rapidement, on s’aperçoit que le service n’est pas le seul atout d’Alkimia. La cuisine de Vilà est en effet remarquable. Tous les plats présentés ont un côté graphique parfaitement réussi, parmi les plus beaux que j’ai eu l’occasion d’avoir à ma table. L’huître, grains de chou-fleur reposant sur un disque de sauce aux entrelacs noirs et blancs est par exemple stupéfiante, tout comme le rouget surmontant une intrigante sauce bleue. Mais même sans effets spéciaux, c’est beau, à l’image du velouté de topinambours avec ses quelques trompettes de la mort, ou cette fantastique gambas reposant nonchalamment sur son fin matelas d’aromates et de gros sel…
J’en vois déjà qui soupirent en regardant au ciel, d’autres qui bougonnent qu’on ne leur fait pas à eux ou qui s’enflamment en criant qu’il faut être un sacré nigaud pour se laisser berner par les apparences ! Nigaud, je le suis sûrement, mais quand-même. Aucune fausse note particulière sur huit plats, c’est un tour de force. Alors évidemment, parfois c’est juste agréable, mais parfois ça passe et ça casse (des briques) ! Le velouté dont je parlais plus haut ? Extra ! L’oeuf mollet bacon patate ? Génial ! Pourquoi bouder son plaisir lorsque l’on se voit presenter un plat rigolo tout plein et bon comme du bon pain ? J’explique rapidement le concept : dans l’assiette, un énorme jaune d’oeuf repose sur une mousse blanchâtre, style oeuf de diplodocus au plat. Sauf que le jaune n’est pas un jaune, mais un oeuf mollet teinté en jaune. Dans lequel, il y a quand-même le vrai jaune, bien coulant, ouf. Et autour, c’est de la mousse de bacon… il y a quelques morceaux de “vrai” bacon également et de petits morceaux de patate douce. Miam. Est-ce que ça apporte quelque chose à ce que monsieur-tout-le-monde se prépare pour son petit-déjeuner ? A vrai dire je n’en suis pas sûr… mais je me suis régalé, donc pourquoi faire sa mauvaise tête ?
Finalement, si la présentation des plats est soignée voire complexe, les goûts restent clairs, simples même. Alors c’est vrai que la mousse de bière servie avec le pigeon et figue rôtie ne servait à rien du tout, surtout que le plat était par ailleurs excellent, que la sauce bleue des rougets n’était en rien indispensable non plus… comme si Vilà avait une terrible peur de la simplicité, qu’il ne parvenait pas à se résoudre à servir deux simples filets de rouget. Tant que cela ne détruit pas le plat, ça n’est certes pas bien grave, mais il est toujours curieux de voir les efforts prodigués pour mettre en place divers accompagnements ou sauces superflus.

Et finalement, avant d’entamer les desserts, on se sent rend compte que l’on est beaucoup plus à l’aise qu’en début de repas. C’est vrai qu’on avait eu un peu le nez dans le guidon en début de service tant les plats arrivaient presque aussitôt le précédent retiré, mais c’est enfin plein… le gros de la clientèle arrivant en effet vers 14h30 (ah ces touristes qui débarquent dès 13h30 !). Le jeu s’est donc calmé, et entre temps, la cuisine avait pu nous rassurer. On est alors rappelés à la réalité avec les deux desserts, franchement pas inoubliables. Un sorbet au citron dans une “soupe” au gingembre, et ensuite, un xuxo (beignet local) fourré au café et caramel, sauce au citron et glace vanille… mouaif. Tout ça n’est pas mauvais dans l’absolu, mais franchement pas de quoi pousser des ah et des oh. Par rapport au reste du repas, ça jure un peu, mais de toute façon, ça n’est pas comme si l’on était encore totalement affamés. Avec le café, quelques petites mignardises. C’est joliment présenté, mais seul le mini esquimau à la menthe valait le coup… je comprends mal l’acharnement de tous ces restaurants très bons par ailleurs à proposer ce genre de sucreries en fin de repas, alors que le client, déjà bien repu, risque d’avoir du mal à s’enquiller quoi que ça soit qui ne soit réellement génialement bon. Au Cinq, par exemple, j’ai à chaque fois eu envie de dévaliser le chariot de mignardises, parce qu’elles y sont excellentes. Chez Gagnaire, la sobriété est de mise : alors qu’à chaque service on se retrouve cerné par cinq ou six plats, et que l’on se demande quand va s’arrêter la valse des desserts, on se voit proposer un chocolat au choix parmi deux. Au Stella Maris, on avait eu quelques fruits en pré-café, c’était très bien aussi (les mignardises à suivre l’étaient moins). A l’Epigramme, quelques griottes au sirop font figure de digestif… Ce ne sont là que quelques exemples, tous très différents qui prouvent qu’il vaut mieux ne pas chercher trop loin quoi servir à ce moment du repas : quand les sens ont été battus en brêche durant quelques heures et que l’estomac a été assomé à coups de calories, simplicité et qualité font bon ménage.

Et un repas aussi fameux que ça, combien ça peut coûter ? Ca n’est évidemment pas complètement donné, mais par rapport à ce que l’on aurait payé pour quelque chose d’équivalent en France, c’était là relativement abordable : 206 EUR pour deux menus à 68EUR, deux apéritifs, deux verres de vin blanc, deux de rouge, et deux cafés, ainsi que de l’eau minérale…

Alkimia
C/ Indústria 79
08025 Barcelona
+34 932 076 115

[miam042] Paco Meralgo

Voir la galerie photo

Deuxième soirée à Barcelone, deuxième tournée de tapas. Après avoir sauté le déjeuner et marché plusieurs heures dans la ville, inutile de dire qu’on avait faim, très faim même. Le choix pour dîner est limité le dimanche. Toutefois, par chance, j’avais lu de bonnes choses sur Paco Meralgo, situé non loin de notre hôtel.

Pan tomaquet

Pan tomaquet

Arrivés sur place, on sent déjà que ça n’est pas tout à fait comme Tapaç 24. Certes, il s’agit toujours de manger des assortiments de petits plats sur un comptoir ou une table haute, le tout arrosé d’un peu de cava

(vin pétillant, ici pas mauvais, au demeurant). La carte est longue comme le bras, et les produits de la mer y occupent une bonne place. Le service y est moins survolté que chez Tapaç 24, et l’on se sent du coup moins pressés pour manger, ce qui nous permet d’être plus à même d’apprécier ce qui nous est offert. Peut-être était-ce l’effet “dimanche”, mais l’établissement était plein à craquer, quelques personnes faisant le pied de grue en attendant, parfois longtemps, qu’une place se libère. Notre serveur était très agréable, gentiment hardi, mais absolument pas méchant et plutôt rigolo.

Patatas bravas

Patatas bravas

Pour les plats, c’était globalement meilleur que ce que l’on avait pu déguster la veille, à l’exception du bikini que j’avais préféré truffé. Qu’il s’agisse des fleurs de courgettes à la mozzarella, de l’aubergine frite, des patatas bravas, des légumes grillés, tout était très bien réalisé, très fin, excellent, du niveau d’un très bon restaurant, tout simplement. Cependant, on tombe de nouveau sur quelques bouchées trop salées à notre goût. D’accord, je ne mange pas très salé, mais ma compagne de table – et dans la vie – un peu plus, et même pour elle, c’était trop. Mais au-delà de ces tapas “cuisinés” fort intéressants, les fruits de mers étaient tout simplement fantastiques, et notamment ces langoustines à la plancha si savoureuses et soyeuses, ou cette coquilles saint-jacques énorme, rôtie et gratinée à l’oignon. On s’en lèche encore les babines. Seules les huîtres, elles aussi gigantesques, étaient peut-être “seulement” bonnes, mais pas extraordinaires.

Langoustines à la plancha

Langoustines à la plancha

En revanche, une vraie déception : les côtelettes d’agneau panées. La panure, grossière, était surabondante et masquait complètement la viande… bref, un plat bidon dans un restaurant où tout le reste est pourtant très bien tourné. Dommage !

Alors c’est vrai, les prix sont plutôt élevés, mais au restaurant comme ailleurs, la qualité a un prix. Et à vrai dire, les 120 EUR pour deux, avec tout ce que l’on a mangé, ils n’étaient pas volés !

L'énorme saint-jacques !

L'énorme saint-jacques !

Malgré tout, il y a quelque chose qui me chagrine un peu dans tout ça… Le concept du bar/restaurant à tapas, me plaît certes beaucoup, surtout quand, à l’exemple de Paco Meralgo on peut y manger d’excellents produits de façon informelle et à un coût somme toute limité. La possibilité de moduler son repas selon son appétit, ne pas devoir se cantonner à choisir de “sauter” le dessert ou l’entrée, goûter à un grand nombre de mets différents (ou reprendre cinq fois le même !), partager les assiettes avec les autres personnes autour de la table, c’est inestimable. Et pourtant, pourtant, aussi bon, ludique et convivial que cela puisse être, je n’ai ressenti aucune magie particulière se dégager de ces lieux. Il y manque peut-être la griffe d’un chef. Qu’il soit bon, mauvais, dans un grand jour ou au contraire peu inspiré, à la limite, qu’importe.

Huîtres

Huîtres

J’aime bien sentir que, derrière tout ça, il y a quelque chose d’autre qu’une machinerie bien huilée et des préparations calibrées. Ici, mais peut-être était-ce dû à ma fatigue, ça ne m’a pas frappé. Pourtant je garde par exemple un souvenir assez ému d’un dîner tardif à Yakitori Totto, où, pourtant, quelques employés se contentent de faire cuire leurs brochettes à mesure qu’on les commande…

Paco Meralgo
Ouvert 7j/7
+33 93 430 90 27
c/ Muntaner 171
(au coin de la rue Còrsega)
08036 Barcelone
http://www.pacomeralgo.com

Légumes grillés

Légumes grillés

[miam041] Tapaç 24

Voir la galerie photos

Arrivée à Barcelone. Sept heures de transit dans les jambes, ça creuse. Vite, il faut aller se goinfrer de tapas, histoire de se sustenter, bien sûr, mais également de goûter à l’ambiance de la ville. Peu aventureux de nature, j’avais déjà prévu le coup : ce soir là, ça sera Tapaç 24, un très populaire bar à tapas situé non loin de l’université de Barcelone, à proximité du vieux centre. Sa réputation tient notamment à la personne de son fondateur, Carles Abellan. Ca ne vous dit probablement rien. A moi non plus, d’ailleurs, avant de “préparer” ce séjour. Ce chef a ouvert il y a quelques années un établissement à mi-chemin entre le restaurant et le bar à tapas aux accents modernistes et “globalisationnistes”, Commerç 24. Rien d’étonnant à cela lorsque l’on sait que Abellan a fait ses armes chez Ferran Adrià au célébrissime el Bulli – contre lequel j’ai une petite dent pour n’avoir pas accepté nos demandes de réservation pour 2009… il faut dire qu’avec moins d’une chance sur cent de décrocher une place, ça aurait été trop beau de gagner au premier coup ! Je m’égare. Le succès aidant, Abellan finit par ouvrir quelques temps plus tard un lieu plus traditionnel aux préparations néanmoins soignées, ce fameux Tapaç 24.
Nous arrivons donc en terre promise, à la Career de la Diputacio où, après une longue marche depuis notre hôtel. Il faut faire la queue, soyez prévenus. Arrivés relativement tôt (à l’échelle barcelonaise !), nous n’avons attendu que deux ou trois minutes. D’autres, moins chanceux ou en nombre plus important, ont dû patienter une bonne demi-heure en lorgnant sur les petits plats défilant sur les tables et au comptoir.

Les fameux bikinis aux brisures de truffe

Les fameux bikinis aux brisures de truffe

Quelques serveurs parlent anglais, mais pas tous. Evidemment, comme on ne parle pas un mot d’espagnol, on s’est retrouvé avec celui qui ne parlait pas un mot d’anglais (sans parler du français !). Le langage de l’estomac étant universel, on parvient tout de même à se faire comprendre sans trop de problème. Ah oui, j’oubliai, la carte traduite en anglais a légèrement aidé également ! Si l’on peut mettre un certain temps à faire son choix, étant donnée la longueur d ela carte, les plats arrivent et défilent en revanche extrêmement rapidement. Une bouchée par ci, gloup, gloup, une autre bouchée par là, re-gloup, et voilà que débarque une nouvelle assiette. On a encore faim, on recommande, même schéma. Et puis pouf, une fois tout ça terminé, plus rien. Comme on n’est pas des sauvages, on demande à payer, car on imagine vaguement que là-bas, ça se fait aussi. S’ensuit une longue attente. Ouf, la cuenta arrive. La carte était déjà astucieusement sortie, on la pose rapidement, mais il faut encore attendre. Bref, tout ça pour dire que si tout va très vite en cuisine, ça n’est pas forcément aussi simple niveau service, plus occupé à servir et desservir les tables qu’à encaisser. Ce qui est dommage c’est que tout ce temps là, on l’aurait bien pris pour manger un peu plus calmement. Mais ça tourne, ça défile, ça carbure ; ça bruisse et ça chauffe : pas question pour les estomacs de flancher ou pour les maxillaires de se décrocher ! Voilà pour l’ambiance.
Et comment on y mange à Tapaç 24 ? Dans l’ensemble, c’est plutôt bien, voire très bien. Le problème, c’est que nombre de plats sont gâtés par une utilisation plus que généreuse de la fleur de sel. Ainsi, après une appétissante tortilla, plutôt que d’en commander une seconde, on a plutôt envie de quelques litres de bière. Même le dessert, chocolat salé et huile d’olive était beaucoup beaucoup trop salé. Si le McFoie Burger, petit hamburger dans lequel du foie gras est fondu sur le steak n’était pas mal du tout, c’est surtout le bikini que je retiendrais. Il s’agit d’un petit croque-monsieur à la mozzarella et jambon ibérique, ici agrémenté de brisures de truffes rendant le tout divin : on en a repris tant on a apprécié ! L’idée est vraiment simple, mais excellente, le genre de plat que l’on se voit bien faire à la maison.
A noter, ce dernier tapas est un des plats “signature” de Commerç 24, désormais servi à Tapaç 24. Je me demande si ça n’est pas également le cas du McFoie Burger. Pourquoi est-ce que je dis ça ? Simplement parce que j’ai l’impression que, finalement, malgré une différence de prix certaine, Commerç 24 est probablement bien plus intéressant que son petit frère… on verra ça la prochaine fois !

Tapaç 24
Ouvert du lundi au samedi 8h-0h
+34 93-488-0977
Diputació 269
Barcelona

Le Cinq – 31/10/2008

Le Cinq, deuxième. Comme on se l’était promis il y a deux semaines, retour au Cinq, toujours au déjeuner. L’idée, c’était de tenter le “menu du marché”, mais gros dilemme : le pithiviers de colvert et grouse nous avait fait de l’oeil la dernière fois… On finit par se dire que si c’est pour taper dans la carte, autant revenir un soir et en profiter à fond si ça nous tente.

Risotto aux cèpes

Risotto aux cèpes

L’expérience a été très différente de la fois précédente, à mon sens. Autant j’avais adoré le service, mais gardais un souvenir imprécis des assiettes, autant j’ai ici adoré tout les mets, mais ai été déçu par le service. Pour qu’il n’y ait pas de méprise, je dirais que le service au restaurant, à la limite, je m’en fiche un peu. S’il est inexistant et transparent, c’est très bien comme ça : je ne viens pas m’attabler avec les serveurs mais avec ma copine des amis ou de la famille par exemple.

Lorsqu’il est de qualité, cela contribue à rendre le moment encore plus agréable (pourvu que les plats soient à la hauteur, évidemment), et j’apprécie ça à sa juste valeur. En revanche, lorsqu’il tente d’être présent, mais s’avère vaguement à côté de la plaque, ça fait tâche, ça gâche.

Anguille

Anguille

Rien de très grave à vrai dire, de toute façon je ne suis pas du genre à m’en formaliser, mais nous demander deux fois si nous sommes français, en faire trop dans la présentation des plats et autres “goodies” et finalement parfois oublier l’essentiel, ça jurait tellement avec notre précédente expérience, qu’on ne pouvait pas ne pas le relever. Allez, ne blâmons pas le jeune homme qui s’est occupé de nous, il s’agissait peut-être de ses débuts, ou peut-être même était-il là temporairement pour combler les absences dues aux congés.
En revanche, le sommelier nous avait reconnu et était toujours aussi agréable, espiègle. On le sent passionné et on imagine qu’il a réalisé un rêve de gosse en ayant la chance de faire le lien entre la clientèle du  restaurant et l’une des plus belles caves parisiennes. Rapide exposé sur la place du whisky dans la carte des vins… qui y brille par son absence ! Pour garantir une meilleure “fraîcheur” des bouteilles, c’est la carte du bar qui est utilisée. J’apprends qu’ils ont tout de même un Port Ellen 1978 d’ouvert au restaurant. Dommage que je ne sois pas là pour dîner et donc prêt à m’attarder avec un bon digestif en fin de repas !

Epaules de lièvre

Epaules de lièvre

Par ailleurs, si le service ne s’est pas avéré à la hauteur de notre précédente expérience, j’ai beaucoup plus apprécié les plats qui nous furent servis. Pour pinailler, je dirais que, peut-être, les accras étaient moins légers, plus gras qu’il y a deux semaines. C’était peut-être juste une impression. Pour le reste, que du tout bon. Même amuse-bouches, sauf que la brioche était fourrée à l’aubergine et non plus à la châtaigne cette
fois ci. C’était peut-être encore meilleur à mon goût !
En entrée, mon risotto aux cèpes et palette de bellota était fantastique, en qualité et en quantité. Le goût du champignon était bien présent, le riz fameux (je vais me faire flinguer par la risotto-police pour oser dire ça d’un risotto dégusté hors du territoire italien mais qu’importe), et agrémenté d’un jus de viande fantastique au goût profond. On aurait envie d’en demander une saucière, et de tremper son pain dedans ! Les anguilles, pomme de terre, salade et crème fouettée étaient également très bonnes, d’exécution simple et quelque part rassurante.

Saint-jacque

Saint-jacques

Pour plat principal, raffolant du gibier, je ne pouvais pas ne pas choisir les épaules de lièvre confites et champignons de saison. Le plat arrivera après une longue attente. Qu’importe, c’était tout ce que je voulais : du lièvre cuit comme il faut, pas trop, de sorte à ne pas l’assécher, une sauce intense, et quelques chanterelles, de la figue, une échalotte et deux ravioles aux champignons. Encore une fois, c’est copieux, mais ça se termine sans problème, arrosé d’un verre de cornas Tardieu-Laurent 2000. Par ailleurs, les saint-jacques servies en coquilles accompagnée d’une sauce au cresson et d’une purée de potiron avait quelque chose de subtilement délicieux dans l’assemblage des saveurs. Servie à part, je n’ai pas goûté la saint-jacques en bouillon de poule aromatisé à la citronelle. A priori, c’était bon, mais détonnait avec le reste du plat.

Les desserts… encore une longueur du service. On avait demandé à n’effectuer le choix qu’après le plat principal, et nous devons redemander la carte, puis attendre encore. Pré-dessert : une fois de plus, encore plus enthousiasmant que précédemment. Il s’agissait d’une petite crème brûlée sous des morceaux de pomme rôtie, le tout coiffé d’un surprenant granité au cidre. Belle idée, et comme toujours ici, excellente exécution.

Dôme au chocolat et cassis

Dôme au chocolat et cassis

Le repas se termine aussi bien qu’il s’était déroulé jusqu’alors, gastronomiquement parlant. Le dôme glacé chocolat au coeur de cassis est servi avec une quenelle de glace au chocolat. Cette dernière, servie sur un petit sablé, est peu amère, mais peut-être également un peu trop légère en cacao à mon goût. Le dôme glacé était en revanche plus convaincant. L’acidité du cassis casse agréablement le gras de la crème chocolatée et y ajoute des notes fruitées que l’on retrouve dans certains cacaos, l’ensemble est cohérent. Une petite couche croustillante que, dans ma gloutonnerie, je n’ai pas identifiée apporte une texture supplémentaire bienvenue. J’y suis allé un peu vite, mais c’est bon signe. Le quatre-quart à la poire est parti tout aussi rapidement. La boule de glace à la vanille servie en accompagnement avait de la tenue, mais n’était peut-être pas assez marquée par l’épice… ceci dit il n’y a jamais assez de vanille à mon goût. Le gâteau lui-même ressemblait plus à un “sponge-cake” ou un pudding qu’à un quatre-quart dans le sens où il était beaucoup moins riche et mastoc, mais néanmoins excellent, à s’en lécher les babines.

Quatre-quart aux poires

Quatre-quart aux poires

Au final, je suis heureux d’être retourné goûter la cuisine de Briffard. Ce menu-déjeuner est d’un rapport qualité-prix fantastique, même si, pour le commun des mortels, ça ne sera évidemment pas pour tous les jours ! Si en plus, on prend en compte le cadre intéressant et le service fantastique (je persiste à croire que l’on a joué de malchance), cela fait autant de bonnes raisons de se laisser tenter. Seul vrai regret, avec le café nous fut amené le fameux chariot de confiseries, identiques à la dernière fois… à ma question sur la
provenance de ces fantastiques caramels, notre serveur, après un énorme looping verbal, m’avait répondu qu’il allait se renseigner, mais ne m’a finalement pas donné la réponse. Est-ce à dire qu’il faudra y retourner, pour déguster le pithiviers et pour connaître le fournisseur de ces sucreries..?