[miam043] Alkimia
Après un petit bain de foule à la très proche Sagrada Familia, on se rend dans le restaurant de Jordi Vilà. Ca s’appelle Alkimia, et ça vaut une étoile selon le guide Michelin. A part ça, on n’en sait guère plus, l’établissement n’ayant pas de site internet. Alkimia… soit “alchimie” en français… et en plus c’est tenu par un jeune chef espagnol ? Finalement, on se doute un peu qu’il y a probablement derrière tout ça un énième
émule d’Adrià. Sachant que suis du genre à me prosterner d’admiration bien plus facilement devant une belle côte de veau qu’en face d’émulsions, espumas, gelées colorés, aromatisés jolis dans l’assiette mais bien souvent inexistant, voire gênants en bouche, il y avait de quoi s’inquiéter un peu. Enfin bon, quand on crève la dalle malgré un “chocolate con churros” avalé quelques heures plus tôt, on court sans réfléchir, porté par un estomac auquel échappe facilement la notion du beau et du bon dans ces cas là.
Un lundi au déjeuner… personne dans le restaurant. Ca fait drôle. Ah si, tout au fond, un couple, probablement arrivé peu avant nous. Il est 13h30, ça vient d’ouvrir, donc rien d’étonnant, non ? On se rassure comme on peut. La carte ? En VO non sous-titrée uniquement ! En revanche, on se propose de nous expliquer en anglais si l’on a des questions. C’est un brin compliqué, donc, zou, menu Alkimia en, pfiou… je ne sais pas compter aussi loin que ça. Bref, plein de plats nous attendent !
Un petit cava pour commencer tranquillement, on regarde autour de soi en grignotant de bonnes petites olives… C’est plutôt joli, très sobre, tout blanc, j’aime bien… oh mais arrive déjà un amuse-bouche. Un shot de vodka frelatée et une tranche de sauciflare ? Ils sont culottés ! Ah non, pas du tout. C’est de l’eau de tomate, avec de l’huile d’olive, des croûtons de pain… dessus, c’est en revanche bien une fine tranche de saucisson. On nous explique qu’il faut boire d’abord, puis manger le saucis… ah ou c’est l’inverse ? Quand j’ai très faim, je perds tous mes moyens… Du coup je mange la moitié, je bois, et je mange le reste. Sauf que le petit verre à boire, c’est pas pratique, avec ces gros croûtons, car à moins d’avoir des joues de hamster,
difficile de tout stocker d’un coup. Si l’on met de côté ce léger désagrément, il faut bien reconnaître que ce petit jeu sur le pan tomaquet servi en standard dans les restaurants à tapas (du moins chez Tapaç 24 et Paco Meralgo !) n’est plutôt pas mauvais, les goûts étant relativement bien équilibrés. Tout comme dans le second amuse-bouche qui arrive immédiatement après, composé de tomate, quinoa et glace de gorgonzola. Pas de quoi tomber à la renverse non plus.
Voilà pour l’apéro, on va enfin pouvoir commencer à manger pour de bon ! Huit plats vont ainsi se succéder, assez rapidement pour les premiers d’ailleurs, car le restaurant est toujours désespérément vide, à l’exception d’un troisième couple venu s’installer. Ca fait un peu de peine pour le chef et l’équipe de salle qui semble parfois s’ennuyer. D’ailleurs, deux serveuses s’amusent à venir à notre table pour débarasser et en profiter pour parler français. Marrant. La notre ne parlait qu’anglais. On ne lui en voudra pas, car l’anglais avec l’accent espagnol, ça a son charme… mais aussi parce qu’elle était relativement mignonne et surtout visiblement d’une grande gentillesse !
Rapidement, on s’aperçoit que le service n’est pas le seul atout d’Alkimia. La cuisine de Vilà est en effet remarquable. Tous les plats présentés ont un côté graphique parfaitement réussi, parmi les plus beaux que j’ai eu l’occasion d’avoir à ma table. L’huître, grains de chou-fleur reposant sur un disque de sauce aux entrelacs noirs et blancs est par exemple stupéfiante, tout comme le rouget surmontant une intrigante sauce bleue. Mais même sans effets spéciaux, c’est beau, à l’image du velouté de topinambours avec ses quelques trompettes de la mort, ou cette fantastique gambas reposant nonchalamment sur son fin matelas d’aromates et de gros sel…
J’en vois déjà qui soupirent en regardant au ciel, d’autres qui bougonnent qu’on ne leur fait pas à eux ou qui s’enflamment en criant qu’il faut être un sacré nigaud pour se laisser berner par les apparences ! Nigaud, je le suis sûrement, mais quand-même. Aucune fausse note particulière sur huit plats, c’est un tour de force. Alors évidemment, parfois c’est juste agréable, mais parfois ça passe et ça casse (des briques) ! Le velouté dont je parlais plus haut ? Extra ! L’oeuf mollet bacon patate ? Génial ! Pourquoi bouder son plaisir lorsque l’on se voit presenter un plat rigolo tout plein et bon comme du bon pain ? J’explique rapidement le concept : dans l’assiette, un énorme jaune d’oeuf repose sur une mousse blanchâtre, style oeuf de diplodocus au plat. Sauf que le jaune n’est pas un jaune, mais un oeuf mollet teinté en jaune. Dans lequel, il y a quand-même le vrai jaune, bien coulant, ouf. Et autour, c’est de la mousse de bacon… il y a quelques morceaux de “vrai” bacon également et de petits morceaux de patate douce. Miam. Est-ce que ça apporte quelque chose à ce que monsieur-tout-le-monde se prépare pour son petit-déjeuner ? A vrai dire je n’en suis pas sûr… mais je me suis régalé, donc pourquoi faire sa mauvaise tête ?
Finalement, si la présentation des plats est soignée voire complexe, les goûts restent clairs, simples même. Alors c’est vrai que la mousse de bière servie avec le pigeon et figue rôtie ne servait à rien du tout, surtout que le plat était par ailleurs excellent, que la sauce bleue des rougets n’était en rien indispensable non plus… comme si Vilà avait une terrible peur de la simplicité, qu’il ne parvenait pas à se résoudre à servir deux simples filets de rouget. Tant que cela ne détruit pas le plat, ça n’est certes pas bien grave, mais il est toujours curieux de voir les efforts prodigués pour mettre en place divers accompagnements ou sauces superflus.
Et finalement, avant d’entamer les desserts, on se sent rend compte que l’on est beaucoup plus à l’aise qu’en début de repas. C’est vrai qu’on avait eu un peu le nez dans le guidon en début de service tant les plats arrivaient presque aussitôt le précédent retiré, mais c’est enfin plein… le gros de la clientèle arrivant en effet vers 14h30 (ah ces touristes qui débarquent dès 13h30 !). Le jeu s’est donc calmé, et entre temps, la cuisine avait pu nous rassurer. On est alors rappelés à la réalité avec les deux desserts, franchement pas inoubliables. Un sorbet au citron dans une “soupe” au gingembre, et
ensuite, un xuxo (beignet local) fourré au café et caramel, sauce au citron et glace vanille… mouaif. Tout ça n’est pas mauvais dans l’absolu, mais franchement pas de quoi pousser des ah et des oh. Par rapport au reste du repas, ça jure un peu, mais de toute façon, ça n’est pas comme si l’on était encore totalement affamés. Avec le café, quelques petites mignardises. C’est joliment présenté, mais seul le mini esquimau à la menthe valait le coup… je comprends mal l’acharnement de tous ces restaurants très bons par ailleurs à proposer ce genre de sucreries en fin de repas, alors que le client, déjà bien repu, risque d’avoir du mal à s’enquiller quoi que ça soit qui ne soit réellement génialement bon. Au Cinq, par exemple, j’ai à chaque fois eu envie de dévaliser le chariot de mignardises, parce qu’elles y sont excellentes. Chez Gagnaire, la sobriété est de mise : alors qu’à chaque service on se retrouve cerné par cinq ou six plats, et que l’on se demande quand va s’arrêter la valse des desserts, on se voit proposer un chocolat au choix parmi deux. Au Stella Maris, on avait eu quelques fruits en pré-café, c’était très bien aussi (les mignardises à suivre l’étaient moins). A l’Epigramme, quelques griottes au sirop font figure de digestif… Ce ne sont là que quelques exemples, tous très différents qui prouvent qu’il vaut mieux ne pas chercher trop loin quoi servir à ce moment du repas : quand les sens ont été battus en brêche durant quelques heures et que l’estomac a été assomé à coups de calories, simplicité et qualité font bon ménage.
Et un repas aussi fameux que ça, combien ça peut coûter ? Ca n’est évidemment pas complètement donné, mais par rapport à ce que l’on aurait payé pour quelque chose d’équivalent en France, c’était là relativement abordable : 206 EUR pour deux menus à 68EUR, deux apéritifs, deux verres de vin blanc, deux de rouge, et deux cafés, ainsi que de l’eau minérale…
Alkimia
C/ Indústria 79
08025 Barcelona
+34 932 076 115





















