[miam031] The Ledbury

On ne peut pas dire que la scène gastronomique “haut-de-gamme” londonienne soit bien excitante. A l’exception de quelques uns, comme Aikens, elle est dominée par une conception très classique de la
grande cuisine, d’inspiration très largement française.
Je n’ai pourtant pu m’empêcher d’essayer d’obtenir une réservation pour un dîner de ce type. C’est sur le Ledbury que mon choix s’est finalement porté, premièrement pour le fait qu’il soit ouvert le dimanche soir, et deuxièmement car, même si ça n’est pas le plus connu ni le plus primé, les avis à son égard convergeaient très largement vers le positif.

Le Ledbury a ouvert il y a quelques années, et ses cuisines sont dirigées par Brett Graham, un ancien du Square. Il est situé dans le quartier résidentiel de Notting Hill. Autant dire que c’est légèrement paumé… à la sortie du Tube, on se demande même si ça n’est pas une blague. Et pourtant, non, le discret établissement apparaît au détour d’une rue.
L’intérieur est très classique, au moins on ne risque pas d’avoir l’attention détournée par une oeuvre d’art incongrue ou un éclairage insolite. Nous sommes promptement installés. Rapidement, nous recevons la visite du sommelier, qui fera preuve d’une grande perspicacité en comprenant que nous sommes Français (mon accent anglais est pourtant irréprochable !). Lui-même francophone, il nous adressera la parole dans notre langue maternelle. Ca l’a apparemment amusé, voire ravi, et quelque chose me dit que nous avons bénéficié d’un petit traitement de faveur grâce à cela.

Nous avons opté pour le menu dégustation en sept plats, accompagné de la sélection de vins au verre. Avec les amuse-bouches, on se voit offrir deux flûtes de champagne : belle entrée en matière.
La qualité des plats servis fut d’une manière générale très bonne. Toutefois, l’utilisation récurrente de produits de luxe, pas toujours au mieux de leur forme, m’a gênée. La clientèle de ce type d’établissement s’attend en effet peut-être à déguster foie gras, truffe blanche et turbot à tout prix… pour ma part, les plats que j’ai trouvé les plus intéressants, les plus réussis, étaient ceux qui
présentaient des produits plus communs.
En effet, Bett Graham semble avoir un certain talent pour les apprêter et les sublimer avec une petite pointe d’originalité. La salade de légumes de printemps était ainsi excellente, tout comme les maquereaux grillés. A l’inverse, le foie gras, mouaif… A essayer également, l’accompagnement “signature” de la maison, proposé avec certains plats et dont l’idée a été directement chipée à
Passard : le céleri cuit dans les cendres, que j’ai pu goûter avec mon plat de chevreuil, très agréable mais manquant de répondant (ça n’est pas vraiment la saison du gibier !). L’agneau, qui était proposé en standard dans le menu, était en revanche bien plus en forme (pour autant qu’on puisse l’être après avoir été abattu, découpé, préparé et servi dans une assiette).

Deux pré-desserts, et nouvelle attention : la cuisine nous envoie une part de tarte vanille et datte à partager. C’est bon – tout de même moins que ce que propose par exemple Pierre Hermé en pâtisserie, dans un genre proche – mais difficile d’en venir à bout, même à deux ! Nos soufflés à la passion et glace au sauternes arrivent peu après, et s’avèrent plutôt convaincants.

Les vins proposés au fil du repas proviennent des quatre coins du monde. S’ils sont corrects, pris indépendamment des mets, certains accords nous ont surpris, nous aurions aimé nous en entretenir avec le sommelier à la fin du repas, mais nous avons dû partir assez rapidement. En tout cas, et même si l’on s’en doutait, rien à voir avec la magie des accords proposés par Senderens, qui parvient, à
partir de bouteilles “modestes”, à magnifier simultanément vins et plats. Bref, on n’évitera donc pas au Ledbury les deux principaux écueils des menus dégustation : ici comme souvent ailleurs, difficile
d’avoir encore suffisamment faim pour espérer apprécier pleinement les desserts, et impossibilité de choisir ses vins soi-même pour peu qu’on en veuille un différent avec chaque plat à moins d’y aller en groupe de 6…

Si l’on ne sort pas du restaurant abasourdi par une débauche d’originalité ou par un sélection de produits exceptionnels, difficile toutefois de trouver à y redire. Les additions ne s’envolent pas trop
vite : au dîner compte de 70EUR (entrée-plat-dessert, sans boisson) à 150EUR (menu dégustation en 7 plats avec les vins les accompagnant). Le rapport qualité/prix est tout donc tout à fait acceptable, voire carrément abordables si vous êtes trader à la City (et que vous ne vous êtes pas fait virer cette année !).

The Ledbury
127 Ledbury Road, Notting Hill, London W11 2AQ
+44 20 7792 9090
http://www.theledbury.com

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