Après les fêtes, on se calme un peu sur la nourriture. Puis l’envie revient de se faire quelques bons gros gueuletons. En plus, c’est encore la saison des truffes… ça serait dommage de ne pas en profiter, pourquoi pas au restaurant, mais si possible sans payer chaque plat une bonne centaine d’euros. La solution ? Se rendre dans un bon bistrot qui en propose au menu à des prix plutôt raisonnables.
Va pour la Régalade…
C’est le restaurant par lequel s’est fait connaître Yves Camdeborde, ancien de chez Constant, et qui tient désormais les fourneaux du Comptoir du Relais, paraît-il excellent, pour autant que l’on aime réserver 6 mois à l’avance ou dîner en terrasse en plein hiver. De la Régalade est notamment sorti Stéphane Jégo, chef du fameux l’Ami Jean qui fera forcément l’objet d’un miam d’ici quelques temps (quand j’y serai allé, si possible). La Régalade a été repris il y a quelques années par Bruno Doucet, qui y officie toujours aujourd’hui.
Le cadre est typique du bistrot parisien : devanture passe-partout, intérieur avec un petit bar, des tables partout, quelques tableaux de vaches, cochons… on n’est pas dépaysé, et on se sert les coudes comme il se doit dans ce genre d’établissement. Sauf pour ceux qui tomberont sur la table à côté des tiroirs à couverts, isolée mais un peu dans le passage. C’était la notre, et c’était très bien finalement, car on avait de la place pour les bras, et l’on évitait d’avoir à partager les confidences des autres convives.
Une seule formule proposée le soir : 32 EUR pour entrée-plat-dessert. La carte se divise en trois parties : un choix entre une demi-douzaine d’entrées, autant pour les plats “standards”, la partie “Pour un coup de fusil de plus”, présentant les choix avec suppléments, et enfin une ardoise avec les “coups de coeur” du moment. L’un dans l’autre on doit pouvoir piocher parmi 8 à 10 entrées et autant de plats. Une carte aussi longue est toujours déstabilisante : est-ce vraiment
bon signe que d’afficher autant de produits, autant d’options… ça va être frais et préparé à la minute, ou bien va-t-on nous servir des surgelés passés au micro-ondes ? Et puis le choix… tellement difficile devant tant de bonnes choses.
On était venu pour la truffe, alors on se laisse tenter pour une brouillade d’oeufs à la truffe + truffe râpée (+14EUR) et pour des saint-jacques rôties, petits croûtons et truffe râpée (+15EUR). Comme les antibiotiques ne s’accommodent qu’assez mal de l’alcool, on se contentera de coupes de champagnes pour l’apéritif, mais un coup d’oeil sur la carte des vins laisse entrevoir un large éventail de choix, à des prix semblant raisonnables (coeff 2,5 à 3*), de 15EUR à 200EUR.
La salle est surbondée, les serveurs sont 3 et virevoltent entre les tables sans pour autant causer d’accident, et en prenant le temps d’être sympathiques et efficaces. C’est pro. Mais du coup, on attend un peu. Dans ces cas là, les restaurateurs sachant que les gargouillis d’estomac ne constituent pas la musique idéale pour rythmer un dîner ont l’habitude d’offrir de petits amuses-bouches en guise de “pré-entrée”. La Régalade ne déroge pas à la règle, sauf qu’à la place d’une verrine insipide et sans consistance, vous avez le droit à une terrine et un très fameux pain de campagne. Je ne parle pas d’une petite tranche de terrine déposée dans une soucoupe microscopique, non, mais d’une terrine entière, et d’un énorme bocal de cornichons et petits oignons au vinaigre. Le problème c’est qu’à l’instar du pain, elle est excellente. Alors comme on a faim, on se sert généreusement, une, deux, trois… allez quatre fois et on arrête. Après tout ça n’est pas un menu gastronomique qui nous attend, rien qu’un petit entrée-plat-dessert…
Les entrées arrivent. La brouillade : il doit bien y avoir trois oeufs là-dedans. Piquetée de noir, on devine facilement que l’assaisonnement à la truffe a été généreux. Quant aux lamelles du champignon, elles recouvrent l’assiette. Même chose pour les Saint-Jacques, au nombre de 4, dans leur coquillage, dans chacun desquels figurent 4 ou 5 lamelles de truffes. On a tout simplement l’impression d’être chez un copain qui a envie de nous régaler généreusement. Au goût, c’est délicieux, tout est là, comme il faut : simple mais bon… l’hésitation lors de la commande est déjà bien loin.
On aurait déjà pu rentrer à la maison repus, le sourire jusqu’aux oreilles, mais comme on paye pour un menu complet, autant rester. La suite ? Une canette de la Dombes et ses légumes d’hiver à la truffe pour deux personnes, +16EUR (+16EUR en tout, je précise car je pensais que ça serait +16EUR/personne). Elle arrive, on l’amène devant nous “voici la canette que vous allez déguster”, elle repart en cuisine. Elle revient quelques instants plus tard dressée dans nos assiettes respectives. Contrairement aux impressions du début de repas, on a le sentiment que le chef nous a menti. La purée aux graines de moutarde apportée à côté dans son petit caquelon n’était pas annoncée. Cette généreuse portion de foie gras frais poêlé non plus. C’est quand-même fantastique cet endroit à contre-courant de ce que l’on peut voir à peu près partout
ailleurs, où il entendre par “frites” “deux bâtonnets de pomme de terre ayant fait un aller simple dans l’huile”. Heureusement que l’on avait de l’appétit, finalement. Il aurait été dommage de gâcher cette très belle viande très tendre et goûteuse. Les légumes d’hiver, s’ils n’ont pas été tous identifiés on effectivement le goût de truffes, la très onctueuse purée tient sacrément bien la route. Alors que l’on est arrivés affamés et que les gros repas ne nous effraient pas, on finit à peine nos assiettes.
J’avais fort heureusement eu le nez creux lors de la consultation de la carte, et avais choisi le soufflé au Grand-Marnier pour clore le repas. Il arrive, bien gonflé, tout droit. Un coup de cuillère dedans, ça ne retombe pas, joli ! C’est doux, savoureux et léger, bravo. En face de moi, c’est un riz au lait. Ou plutôt une soupière pleine à ras-bord de riz au lait, et un pot de sauce au caramel. Après s’être servis chacun une fois, il restait facilement 80% du riz dans le récipient. Seul, il est très bon, les nombreuses petites graines de vanille l’annonçaient déjà visuellement. Avec la sauce au caramel, c’est un vrai paradis rabelaisien. Yabon, yaplein. On s’est forcé (sans trop de difficulté), mais à deux, on finit par s’avouer vaincu à mi-parcours. N’oubliez pas que c’était pour une personne.
On demande donc l’addition en se disant que, oui, on reviendra, parce que tant d’autres choses faisaient envie : la côte de boeuf pour deux, énormissime, le bar gargantuesque, la poitrine de cochon caramélisée que l’on n’a pas vue, mais qui fait forcément envie comme tant d’autres choses au menu ce soir là…
Bonne surprise au moment de régler l’addition : 130 EUR à deux pour un menu avec de la truffe en-veux-tu-en-voilà, du foie gras, trop à manger (je m’étonne en écrivant ça) et pourtant déjà l’envie de revenir, c’est donné.
Allez y, courez y, mais attendez quand-même que je vous ai donné les coordonnées :
La Régalade
49 avenue Jean Moulin
75014 Paris
01 45 45 68 58
Réservation (et confirmation le jour même) obligatoires, deux services archi-complets au dîner.