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[miam041] Tapaç 24

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Arrivée à Barcelone. Sept heures de transit dans les jambes, ça creuse. Vite, il faut aller se goinfrer de tapas, histoire de se sustenter, bien sûr, mais également de goûter à l’ambiance de la ville. Peu aventureux de nature, j’avais déjà prévu le coup : ce soir là, ça sera Tapaç 24, un très populaire bar à tapas situé non loin de l’université de Barcelone, à proximité du vieux centre. Sa réputation tient notamment à la personne de son fondateur, Carles Abellan. Ca ne vous dit probablement rien. A moi non plus, d’ailleurs, avant de “préparer” ce séjour. Ce chef a ouvert il y a quelques années un établissement à mi-chemin entre le restaurant et le bar à tapas aux accents modernistes et “globalisationnistes”, Commerç 24. Rien d’étonnant à cela lorsque l’on sait que Abellan a fait ses armes chez Ferran Adrià au célébrissime el Bulli – contre lequel j’ai une petite dent pour n’avoir pas accepté nos demandes de réservation pour 2009… il faut dire qu’avec moins d’une chance sur cent de décrocher une place, ça aurait été trop beau de gagner au premier coup ! Je m’égare. Le succès aidant, Abellan finit par ouvrir quelques temps plus tard un lieu plus traditionnel aux préparations néanmoins soignées, ce fameux Tapaç 24.
Nous arrivons donc en terre promise, à la Career de la Diputacio où, après une longue marche depuis notre hôtel. Il faut faire la queue, soyez prévenus. Arrivés relativement tôt (à l’échelle barcelonaise !), nous n’avons attendu que deux ou trois minutes. D’autres, moins chanceux ou en nombre plus important, ont dû patienter une bonne demi-heure en lorgnant sur les petits plats défilant sur les tables et au comptoir.

Les fameux bikinis aux brisures de truffe

Les fameux bikinis aux brisures de truffe

Quelques serveurs parlent anglais, mais pas tous. Evidemment, comme on ne parle pas un mot d’espagnol, on s’est retrouvé avec celui qui ne parlait pas un mot d’anglais (sans parler du français !). Le langage de l’estomac étant universel, on parvient tout de même à se faire comprendre sans trop de problème. Ah oui, j’oubliai, la carte traduite en anglais a légèrement aidé également ! Si l’on peut mettre un certain temps à faire son choix, étant donnée la longueur d ela carte, les plats arrivent et défilent en revanche extrêmement rapidement. Une bouchée par ci, gloup, gloup, une autre bouchée par là, re-gloup, et voilà que débarque une nouvelle assiette. On a encore faim, on recommande, même schéma. Et puis pouf, une fois tout ça terminé, plus rien. Comme on n’est pas des sauvages, on demande à payer, car on imagine vaguement que là-bas, ça se fait aussi. S’ensuit une longue attente. Ouf, la cuenta arrive. La carte était déjà astucieusement sortie, on la pose rapidement, mais il faut encore attendre. Bref, tout ça pour dire que si tout va très vite en cuisine, ça n’est pas forcément aussi simple niveau service, plus occupé à servir et desservir les tables qu’à encaisser. Ce qui est dommage c’est que tout ce temps là, on l’aurait bien pris pour manger un peu plus calmement. Mais ça tourne, ça défile, ça carbure ; ça bruisse et ça chauffe : pas question pour les estomacs de flancher ou pour les maxillaires de se décrocher ! Voilà pour l’ambiance.
Et comment on y mange à Tapaç 24 ? Dans l’ensemble, c’est plutôt bien, voire très bien. Le problème, c’est que nombre de plats sont gâtés par une utilisation plus que généreuse de la fleur de sel. Ainsi, après une appétissante tortilla, plutôt que d’en commander une seconde, on a plutôt envie de quelques litres de bière. Même le dessert, chocolat salé et huile d’olive était beaucoup beaucoup trop salé. Si le McFoie Burger, petit hamburger dans lequel du foie gras est fondu sur le steak n’était pas mal du tout, c’est surtout le bikini que je retiendrais. Il s’agit d’un petit croque-monsieur à la mozzarella et jambon ibérique, ici agrémenté de brisures de truffes rendant le tout divin : on en a repris tant on a apprécié ! L’idée est vraiment simple, mais excellente, le genre de plat que l’on se voit bien faire à la maison.
A noter, ce dernier tapas est un des plats “signature” de Commerç 24, désormais servi à Tapaç 24. Je me demande si ça n’est pas également le cas du McFoie Burger. Pourquoi est-ce que je dis ça ? Simplement parce que j’ai l’impression que, finalement, malgré une différence de prix certaine, Commerç 24 est probablement bien plus intéressant que son petit frère… on verra ça la prochaine fois !

Tapaç 24
Ouvert du lundi au samedi 8h-0h
+34 93-488-0977
Diputació 269
Barcelona

[miam040] Le Cinq

Le Cinq, c’est le restaurant gastronomique du mythique hôtel George V à Paris. En quelques années, Philippe Legendre était parvenu à décrocher les trois étoiles au guide Michelin. Puis en perdit une tout aussi rapidement.
Au début du printemps 2008, Legendre jeta l’éponge. Sa succession fut vite organisée : Eric Briffard reprit alors les cuisines du Cinq durant l’été. Excellente nouvelle pour certains : Briffard qui officiait jusqu’alors aux Elysées du Vernet offrait une cuisine de très haut vol, que d’aucuns considéraient comme un des meilleurs plans gastronomiques de la capitale. Avec les moyens du George V, ça ne pouvait qu’être grandiose. Pour ma part, je dois avoir été quelque peu déçu à la lecture de cette annonce : le restaurant les Elysées était en effet dans ma liste “à faire” depuis qu’une de mes réservations avaient été annulée pour travaux. Au Cinq, j’imaginais évidemment les tarifs grimper en flèche, rendant donc la cuisine de Briffard quasi-inabordable pour le commun des mortels.

On comprendra donc aisément que je m’étais efforcé de l’oublier temporairement. Il fut rappelé à ma mémoire il y a quelques semaines de cela. Plusieurs critiques dythirambiques sur ce restaurant parurent alors, mettant en avant deux points d’importance  : la cuisine de Briffard est au moins aussi fantastique qu’aux Elysées, et les menus proposés au déjeuner ne rendaient pas obligatoire le braquage d’une banque (est-ce encore lucratif de nos jours ?) avant le repas. Pas question de tergiverser cette fois-ci : ni une ni deux, je posai un congé et réservai une table. Aux regrets succédaient l’impatience la plus vive, telle que je n’en avais guère connue depuis mes réservations chez Gagnaire ou Yasuda, deux repas qui ont changé ma vie (traitez-moi de frappadingue si vous le voulez, mais c’est vrai !).

Voilà pour l’introduction, nécessaire à la compréhension de mon expérience au Cinq. Pour faire encore plus simple, je vais la prolonger un peu plus en commençant par la fin : je suis sorti de mon déjeuner déphasé et perplexe.

Le déphasage s’explique aisément. Par la fatigue, tout d’abord. Par un décalage avec la réalité de mon quotidien par ailleurs. Passer en quelques instants de son appartement mal rangé au métro puis à l’un
des plus somptueux palaces parisiens, tout ça le lendemain d’un concert rock avec bière et gobelets en plastique, bonjour le choc. On survit.
Le lieu est réellement magnifique. Aucune des photos de la salle de restauration que j’ai pu voir par ailleurs ne rendent réellement justice à ce lieu magique. Je ne suis pourtant pas spécialement attiré par cette débauche de luxe, assez grandiloquant, il faut bien le dire, mais il y a quelque chose d’irréel et de tout simplement envoûtant à ce retrouver là durant quelques heures. A tel point qu’il faut parfois se forcer à prendre du recul, se frotter les yeux, regarder autour de soi pour se dire que tout ça est bien réel, qu’on est vraiment là, et que ça n’est pas une blague. Très différent de chez Gagnaire où j’avais trouvé une ambiance style “speakeasy” version grand luxe gastronomique et ses quelques happy-fews ayant accès à des mets
secrets délivrés par un personnage charismatique (et dire que je me plains toujours de n’avoir pas d’imagination).
Le service contribue fortement à cette impression de faire partie d’une grande famille. Malgré mon âge deux fois inférieur à la moyenne des clients présents ce jour là et ma tignasse ébouriffée, on m’a traité comme si j’étais un initié, ou mieux, un ami de la maison. Tout ça est orchestré de main de maître par Eric Beaumard, un vice-meilleur sommelier du monde, présent au Cinq depuis bien longtemps. Notre maître d’hôtel (ou était-ce un chef de rang ? je patauge dans la hiérarchie hôtelière) était également parfait. Jamais la moindre trace de condescendance, aucune pression à la consommation non plus, et les quelques phrases échangées ne font jamais tâche. C’est un vrai talent que d’être capable de mettre aussi facilement sa clientèle à l’aise.

Ma perplexité est plus délicate à exprimer. D’un côté, j’ai l’impression n’avoir pas été aussi ému que j’espérais l’être. Il faut dire que la cuisine de Briffard m’a paru très directe. Des plats sans détour, donc, mais portant pourtant bien la griffe d’un chef talentueux. Les accras de crevettes et encornets servis avec l’apéritif ? Délicieux, aériens, fondants… en un mot : fantastiques. Le foie gras rôti et sa figue ? Un très beau produit et un équilibre parfait avec le fruit prouvent qu’en cuisine, on a le soucis de la précision, de la perfection tout simplement. Impression confirmée avec le filet d’agneau : fondants, goûteux à souhait, accompagné d’un peu de tapenade, sans amertume superflue… une petite sauce à base de harissa servie à part relève légèrement le tout : la meilleure viande que j’ai dégusté depuis quelques temps déjà, divin ! Servis en accompagnement, les légumes façon tajine étaient également très plaisants.
Toutefois, la première entrée, un tartare de saint-jacques m’a posé problème. En soi, le plat était très bon, certes. Malheureusement, j’ai trouvé qu’il répondait mal à son intitulé : le goût fin du mollusque ne ressortant pas, comme écrasé par la mousse au chou-fleur et la gelée (à l’estragon ?)l’accompagnant.
A l’inverse, les desserts correspondaient en tout point à ce que l’on pouvait imaginer à la lecture de la carte, et ça m’a également préoccupé. Premièrement, celui à base d’ananas et de gelée d’hibiscus pouvait paraître quelque peu redondant après le pré-dessert mangue/ananas. D’autre part, j’aurais espéré un “wow” de surprise devant quelque chose transcendant ce à quoi je m’attendais. Ca aurait sûrement été le cas ailleurs, mais attendant de ce repas l’exceptionnel à chaque instant, j’ai presque été déçu de me retrouver en face d’un plat simplement excellent. Au rang des belles attentions, à apporter au crédit de l’équipe présente en salle : un verre d’Aleatico Passito offert par la maison avec le foie gras (excellent accord !), et le sommelier proposant un vin hors carte des vins au verre pour accompagner ma viande qui s’avéra être un Léoville Las Cases. De même, la petite boîte de caramels offerte à mademoiselle après le service des mignardises, c’est certes convenu et automatique, mais tout de même bien vu.

Alors au final que retenir de tout ça ? Que s’attabler au Cinq, c’est être certain de passer un excellent moment, à tous points de vue. La cuisine est excellente, peut-être même plus que cela. Malheureusement,
je n’étais pas à la hauteur pour l’apprécier convenablement ce jour là, c’est désormais assez clair dans mon esprit. Pour le reste, c’est un vrai show qui illustre bien un certain art de vivre à la française. Certes, ça ne s’adresse pas à n’importe qui : compter au moins 100 EUR par personne, et encore, uniquement au déjeuner et en étant raisonnable, mais cela mérite d’être vécu. On peut y aller comme l’on irait à un spectacle musical, à un opéra, au théâtre, en sachant que l’on sera aux toutes premières loges. Finalement, ce vague sentiment
de déception que j’avais au sortir du restaurant probablement dû au fait de m’être fait dépassé par les événéments. J’y retournerai donc très prochainement, plus en forme, en sachant mieux à quoi m’attendre, et quelque chose me dit, que j’en retirerai encore plus que cette fois-ci.

Pour information, nous avions choisi le menu “Saveurs d’automne” en quatre plats, proposé à 155 EUR. Au déjeuner, présence également d’un menu en trois plats à 85 EUR (foncez ! foncez ! foncez !). A la carte, c’est plus rude : 220 à 350 EUR en moyenne pour un repas complet. Je n’ai pas consulté la carte des vins. Au verre, ils sont proposés entre 19 et 30 EUR.
La réservation est indispensable, bien sûr, mais, c’est un peu moins courant, la veste également pour les hommes : un client visiblement peu au fait du dress-code imposé par la maison a dû s’en faire prêter une par l’établissement le temps du déjeuner !

Le Cinq
Tel. : 01 49 52 70 00
Hôtel George V
31, avenue George V
75008 Paris
M° George V (L1)
http://www.fourseasons.com/paris/dining.html

P.-S. : je sais, les photos sont plutôt mochesj’étais dos à la source de lumière et j’ai voulu faire vite : ça se voit !

[miam039] L’Epigramme

C’est l’automne, et en matière de gastronomie, c’est probablement ma saison préférée. Les jours raccourcissent, le climat se rafraîchit : autant de bonnes raisons de s’enfermer dans une salle de restauration chauffant sous les effets conjoints de la mastication, de la déglutition et de la digestion des clients. C’est aussi l’ouverture de la chasse et l’occasion de de réconforter à grands coups de plats à base de gibier.
Et pour bien apprécier tout cela, rien de tel qu’un petit bistro : de la sincérité, de la vie, de la convivialité et, ne l’oublions pas, un bon repas. Le choix ne manque pas à Paris. Ce soir là, nous nous rendons à l’Epigramme, caché dans une petite rue du quartier de l’Odéon. Une oasis de calme au milieu de ce bouillonnement urbain d’un soir de week-end.

C’est d’autant plus calme que nous sommes les premiers clients à arriver dans cette salle aux poutres et pierres apparentes. En salle, un homme et une jeune femme nous accueillent. Le monsieur, Stéphane, chaleureux, la demoiselle plus discrète. Je ne sais pas si les rôles sont étudiés, mais cela fonctionne à la perfection. Un service attentionné, prévoyant qui semble nous traiter aussi bien que les habitués du restaurant, visiblement nombreux ce soir là. C’est plaisant, ça donne déjà envie de revenir, tout simplement.

Terrine de gibier, cornichons

Terrine de gibier, cornichons

La concentration de clients coutumiers ce soir là n’était probablement pas le fruit du hasard. Ce soir, le chef Aymeric Kräml avait concocté un menu gibier, imposé pour tous. J’avais bien évidemment été prévenu au moment de la réservation, ce qui m’avait fait sauter de joie et trépigner d’impatience durant quelques jours. La découverte de la carte me soulage : le lièvre à la royale est bien là. Ouf.

On commence assez fort avec une belle tranche de terrine de gibier. Faisan, canard sauvage, lièvre composent ce délectable pâté fort en goût qui nous entraîne directement dans le vif du sujet. On entendrait presque le bruit des fusils, le bruissements des battements d’ailes… Pour l’accompagner, un très bon pain tout juste grillé, et quelques petits légumes : radis, carottes, poivrons et cornichons “maison”. C’est direct, c’est bon, on pourrait en faire un repas. Seul regret, le Monthélie choisi pour accompagner notre repas se révèle à ce moment trop faiblard pour encaisser cette décharge giboyeuse.

Bouillon de gibier, foie gras poêlé

Bouillon de gibier, foie gras poêlé

On continue avec un bouillon de gibier et tranche de foie gras poêlée. De la chaleur, plus de douceur à la fois dans les goûts et dans les textures, cela permet de calmer le jeu, de préparer sans heurt le terrain pour le plat principal. C’est encore un plat délicieux. Le foie gras est bon, le bouillon succulent. Et là, le vin fonctionne beaucoup mieux, on est passé en vitesse de croisière.

Lièvre à la royale

Lièvre à la royale

Les clients, d’âges et d’horizons différents, continuent d’affluer dans ce restaurant de poche. L’atmosphère se charge du bruit des conversations, la salle s’échauffe, la tension monte. On y est. Le lièvre à la royale arrive sur note table. Cette épaisse tranche de lièvre désossée, farci aux abats, présenté sur un lit de mousseline de céleri et nappé d’une épaisse sauce au vin liée avec le sang de l’animal fait partie des grands plats de la cuisine française, malheureusement impratique à réaliser chez soi et peu évident à déguster ailleurs. Cette couleur noire, impénétrable ne laisse que peu de prise au regard. Ni une ni deux, il faut y aller avec la fourchette pour espérer percer le mystère. Puissant, intense, profond mais également fondant, onctueux, c’est un plat absolument fantastique. Il faut aimer le gibier, évidemment. On est aux antipodes du plat de restaurant branchouille, superficiel, hyalin, inoffensif. Le lièvre à la royale, c’est encore un animal sauvage qu’il faut apprivoiser : ça se mérite.
Alors évidemment, du fait de cette profusion de saveurs percutantes et avec l’aide de quelques verres de vin, on se sent un peu groggy. Il faut redescendre sur terre. C’est dur. Mais on nous laisse le temps. Le service est un peu plus occupé, c’est tout aussi bien. Un peu de fromage, c’est au menu, avec un choix à propos : un excellent comté et une sainte-maure très correcte permettent de continuer à se faire plaisir gustativement sans risquer l’overdose, le temps de recouvrer ses esprits pour le dessert.

Soufflé Grand-Marnier

Soufflé Grand-Marnier

Ce soir là, c’est un soufflé au Grand Marnier qui nous est proposé. Comparable à celui servi à la Régalade, toutefois moins imposant (ouf !), il est très réussi et ne porte pas trop sur la liqueur et la douceur, ce qui est à mon sens souhaitable. Après le café, quelques griottes nous sont offertes. Peu sucrées, elles constituent un excellent digestif que l’on aimerait trouver ailleurs.
Au total, 184 EUR pour ce repas, avec deux verres de champagne, deux cafés, une bouteille de vin. Le menu était tarifé 60 EUR : ça n’est finalement pas excessif au regard du type de produits proposés, de leur qualité et de leur quantité. Hors soirée spéciale, formule à 22 EUR et menu à 28 EUR au déjeuner, menu à 30 EUR au dîner.

L’Epigramme
Ouvert du mardi au samedi
Tél : 01 44 41 00 09
9, rue de l’Eperon
75006 Paris
M° Odéon (L4, L10)

[miam038] Gaya Rive Gauche

Gaya Rive Gauche, c’est le restaurant repris en 2005 par Pierre Gagnaire, qui nous avait enthousiasmé lors d’un repas dans son restaurant principal, rue de Balzac. Sis dans la chic et fric rue du Bac, cet établissement propose une carte essentiellement tournée vers la mer. Décor moderne mais original, couverts à l’avenant, intitulé des plats légèrement débridés : on retrouve bien là la griffe de Gagnaire.

Amuses bouche

Amuses bouche

Ici, pas de déclinaison “entrée-plat-dessert”, mais diverses rubriques aux titres finalement assez descriptifs, mais inattendus, du style “Insolites”, “Marée noble”/”Marée modeste”. On s’y retrouve tout de même plutôt facilement, tout en dégustant quelques très bons amuses bouches. Une chose qui frappe aussi  immédiatement, c’est que les prix font très couleur locale : compter une vingtaine d’euros voire plus pour les entrées, et 30 à 40, presque 50 euros pour les plats. Desserts autour de 12-13 euros. A midi, et c’est à ma connaissance assez nouveau, un menu déjeuner est proposé à 45 EUR pour une entrée et un plat du jour, et un dessert au choix à la carte.

Oeuf mayo

Oeuf mayo

Non sans hésitation, nous nous orientons vers la carte. Pour ma part, en entrée, un oeuf mayonnaise. Pas n’importe lequel, toutefois, car celui-ci est cuit à 65°C : le plat bénéficie des recherches et expérimentations conjointes d’Hervé This et de Pierre Gagnaire. Intérêt de cette cuisson : l’oeuf quoique bien cuit, reste uniformément moelleux. Cette texture proche de l’oeuf mollet modifie sensiblement la perception de ses saveurs. Il est accompagné de sommités de chou-fleur, de petite crevettes grises et d’une gelée à la crevette, formant un tout très harmonieux. Bonne mayonnaise, pas trop présente ni pesante, l’équilibre est bien trouvé. Une entrée qui rappelle qu’un oeuf mayo, bien préparé, c’est délicieux et ça n’a pas besoin d’être archi-lourd.

Fats domino

Fats domino

En face de moi, le “Fats Domino”, manière de soupe de poivrons grillés, accompagnée d’un “Bloody Mary en sorbet” et de trois céréales : riz basmati, quinoa et amarante. Couleur, ingrédients et saveurs font clairement penser à la sauce accompagnant le magnifique veau qui nous fut servi lors de notre repas chez Gagnaire en mars dernier.

Pour le plat principal, je reste sur une sélection plutôt classique : une dorade parfaitement grillée sur la peau, légèrement citronnée, accompagnée de blé aux girolles. Rien à dire, c’est parfaitement exécuté. Le poisson est légèrement plus cuit que ce qui constitue aujourd’hui la norme, mais ça n’est absolument pas gênant, au contraire. Il est goûtu, savoureux. L’accompagnement, sorte de risotto au blé, est servi dans un petit récipient à part, et pourrait presque se suffire à lui-même. Pas de coup d’éclat à la Gagnaire sur ce plat, mais du classique très bien maîtrisé et porté par des produits de qualité : c’est bien.

Dorade

Dorade

A l’inverse, les langoustines, épinards, gnocchi de pompadour et paillettes d’algues, sur lesquelles est versée une bisque à la patate douce ressemblent plus à un plat du maître. Excellent à mon goût, même si j’avoue avoir un appétit quasi-immodéré pour les langoustines. La réussite d’un plat somme toute assez fin et original nous rappelle qu’il y a bien un chef en cuisine, et qu’il sait ce qu’il fait.

L’heure tourne, et alors que les marchés financiers s’apprêtent à chuter de plus belle, nous nous laissons tenter par des desserts. “Un bon gâteau au chocolat ?” nous interroge la carte. On se dit que oui et on part sur cette proposition alléchange. Une part composée de plusieures textures et agrémentée de bonnes noisettes entière nous est servie. Moelleux, croquant, amer, sucré… il y a un peu de tout.

Langoustines

Langoustines

C’est plutôt bon, pas exceptionnel. Sur le côté, des agrumes confits et pimentés (pas senti le piment !) et un cube d’eau chocolatée gélifiée. Astucieux et pas mauvais. Dans l’ensemble, le dessert me paru toutefois un ton en dessous des plats et entrées.

Enfin, on ne résiste pas à commander un café pour profiter des derniers “goodies”, qui font eux aussi partie de l’univers de Gagnaire. Opaline au chocolat noir d’un côté, sablés à la farine de riz de l’autre. On les accompagne de gelée à la gentiane, discrète, subtile, ou bien d’un coulis aux framboises, franc, puissant, sucré et acidulé. On se sert de chacun dans de petits pots mis à notre disposition. C’est assez original, et finalement meilleurs que certaines mignardises plus tape à l’oeil, mais gustativement moins intéressantes (je pense entre autre à ce qui est servi chez Jean George en fin de repas).

Gâteau au chocolat

Gâteau au chocolat

Service de niveau restaurant gastronomique. Quelque part, sous de faux airs de bistro branché, c’en est un, affublé d’une étoile au guide Michelin. La note s’en ressent : 174 EUR à deux, en s’orientant sur la carte, donc, et avec une bouteille d’eau minérale, deux cafés, mais pas de vin.
C’est donc bon, mais cher : il y a de meilleurs rapports qualité/prix. Par ailleurs, si l’on retrouve dans certains détails la griffe de Pierre Gagnaire, on ne peut pas dire que l’on sent réellement la magie de la cuisine du chef dans l’assiette. On l’imagine bien superviser le restaurant, la mise en place de la carte, et probablement des plats en eux-mêmes, mais plus en tant que consultant que chef. Ne pas  y aller en ayant l’espoir de goûter à sa cuisine à moindre coût. Pour cela, il vaut probablement mieux s’orienter directement vers la rue de Balzac et s’acquitter des 105 EUR demandés pour le menu déjeuner. Cela ne doit toutefois pas vous empêcher de faire un tour au Gaya Rive Gauche, mais faites vous inviter, ou profitez du menu déjeuner !

Gaya Rive Gauche
Fermé dimanche et samedi midi
01 45 44 73 73
44 rue du Bac
Paris 75007
M° Rue du Bac (L12)
http://www.pierre-gagnaire.com/francais/cdgaia.htm

[miam037] Boulangerie-pâtisserie Pichard

Comme pour tous les domaines, la pâtisserie française, pour le peu qu’elle soit médiatisée, a ses quelques stars que l’on retrouve régulièrement dans la presse, spécialisée ou non. Hermé en premier
lieu, Michalak aussi par exemple, et quelques autres encore. Ils sont partout, tout le temps. Ca m’irrite passablement. Pourtant, et presque à contrecoeur, je dois admettre beaucoup aimer la pâtisserie d’Hermé, surtout quand elle sait rester simple. Même chose pour Aoki, dans une veine relativement proche, l’accent japonais en plus.
Mais occuper le devant de la scène à un prix : on le sait depuis Schumpeter, l’entrepreneur, c’est l’innovateur. Il faut donc sans cesse se renouveler, proposer des produits dont on se demande s’ils ne relèvent pas plus du marketing que d’une réelle réflexion sur la façon de faire progresser l’état de l’art en la matière. Hermé a même pris le parti de proposer des “collections” saisonnières lancées à grand
frais, manière haute-couture. La pâtisserie se fait luxe, originale voire décadente : chic et choc, ça fait vendre.

Malheureusement, gustativement parlant, on reste parfois sur sa faim avec des gâteaux sucrailleux, inutilement complexes. A l’inverse, une tarte aux pommes bien réalisée, c’est l’un des meilleurs desserts qui puisse être. Mais ça n’est pas forcément si trivial à réussir, et si c’est raté, ça se voit ! Sans vouloir jouer les rétrogrades, j’admets être de plus en plus attiré et mis en appétit par une pâtisserie simple sublimée par un bon tour de main et des produits judicieusement choisis. Les boutiques de ce type existent, mais elles ne font bien souvent que trop peu parler d’elles. Secco est un champion du genre : proposition très courte de pâtisseries simplement excellentes ; Constant se pose en parangon du dessert à base de chocolat : la simplicité de ses gâteaux peut laisser perplexe, mais à la dégustation, c’est toujours émerveillement et roucoulements de plaisir.
Pour moi, ça n’était pas très pratique : je passe rarement du côté de chez Secco et Constant, ça n’est pas trop loin… mais les tarifs sont relativement élevés, et si l’on n’a pas envie de chocolat ce jour là,
autant passer son chemin. Puis on m’a fait découvrir Pichard.

Situé rue de Cambronne, sa boulangerie-pâtisserie a de quoi attirer l’attention. Non pas par une déco tape à l’oeil ou des créations à la plastique originale, mais par la file d’attente qui s’y crée naturellement, son petit stand à pains (voire à confitures, certains jours) sur le trottoir. Même si l’on y est toujours efficacement servi, si l’on vient pour autre chose que son pain, mieux vaut éviter les heures de pointe.

La pâtisserie proposée est issue du répertoire classique. Les tartes aux fruits de saison, toujours bonnes voire excellentes, sont proposées au kilo et suffiraient à justifier le déplacement. Mais le
reste de la gamme n’est pas en reste. Sans se lancer dans un inventaire complet, je retiendrai une très bonne charlotte aux framboises, le très bon mille-feuilles (Pichard maîtrise très bien la pâte feuilletée) et, surtout, un baba au rhum qui figure parmi mes préférés. Ne pas hésiter à prendre la version avec crème chantilly, bien sûr. Quelques gâteaux sont d’un niveau légèrement moindre, peut-être d’ailleurs en particulier ceux au chocolat. Ceci dit, le potentiel de déception est limité.
Les viennoiseries sont également terribles, et le pain excellent. Ainsi, la “Pichard” est une excellente baguette de style “tradition” : je prends parfois le métro pour acheter mon pain (et quelques gâteaux
au passage !) là bas plutôt qu’à ma boulangerie locale.

L’absence de budget communication a un avantage non négligeable : les prix restent raisonnables chez Pichard. 2 à 3 EUR pour un petit gâteau, la baguette Pichard est à 0,95EUR… pour Paris, et pour le
XVe, c’est bien.

A noter : lorsque c’est la saison, les galettes des rois sont cuites dans un four placés devant le magasin, sur le trottoir. Je n’ai pas encore pu tester, mais niveau fraîcheur, on ne doit guère pouvoir
faire mieux… j’en reparle dans quelques mois !

Boulangerie-pâtisserie Pichard
Ouverte du mercredi au dimanche, 8h-13h et 16h-20h
01 43 06 97 37
88, rue de Cambronne
75015 Paris
M° Volontaire ou Vaugirard (L12) ou Cambronne (L6