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[miam046] Comme des poissons

Depuis mon voyage à New York l’an passé, j’avais enfin pu comprendre ce qu’était un excellent sushi. Un poisson de qualité et de la plus grande fraîcheur possible, bien sûr, un bon riz à la bonne température, évidemment. Plus le tour de main du chef. On pense immédiatement à la découpe du poisson, essentielle, mais ça ne fait pas tout : l’assemblage de la lamelle de poisson cru et des grains de riz constitue la touche finale pouvant sublimer le tout. Je ne doute pas que Paris compte de personnes compétentes sur ces derniers points. Mais, le plus souvent, la qualité des matières premières laisse à désirer. Même chez Isami, que j’avais adoré à notre première visite, j’avais été déçu la seconde fois : si le poisson était frais, il manquait singulièrement de répondant : goûts transparents et textures uniformes. Etrange impression…
Ceci dit, comme il faut savoir faire avec ce que l’on a sous la main, j’ai souhaité tenter un autre sushi bar parisien apprécié de quelques amateurs : Comme des Poissons. Il ne s’agit clairement pas du plus connu, Korin, Bizan, Isami ou les plus huppés BenKay et Kinugawa étant plus souvent cités. Il faut dire que Comme des Poissons ne peut accueillir que 8 personnes et est un peu perdu au beau milieu de sa petite rue du XVIe arrondissement…
Thon, saumon...
Le cadre n’est pas particulièrement attrayant non plus : on s’assoit au comptoir devant le chef. Ceci dit, ne pas compter sur une grande interaction avec celui-ci : il ne relève guère la tête de son ouvrage, et laisse le soin à deux jeunes gens (ses enfants ?) de prendre les commandes. Pas d’éclairage tamisé, pas de beaux couverts, mais baguettes en bois et serviettes en papier. On est là pour manger. Bref, le climat est austère, ça ne rigole pas spécialement. C’est d’autant plus gênant lorsque l’on est les deux seules personnes attablées. Heureusement, d’autres clients arriveront un peu plus tard, ce qui permit de nous décontracter enfin.

La carte est assez simple : divers assortiments de sushis, sashimis et makis sont proposés. Quelques autres plats pour varier un peu sont proposés, mais globalement, on vient ici avant tout pour déguster du poisson cru.
Les sushis sont préparés rapidement, avec peut-être un peu moins de soin que ce que l’on aimerait voir. D’ailleurs, le dosage du wasabi m’a parfois semblé un peu approximatif. En revanche, pour une fois, je ne suis pas déçu par la qualité du poisson servi et le riz est également très bon. Je devrais avoir honte d’en consommer, mais je dois bien avouer que le toro était bien meilleur que celui dégusté chez Isami, par exemple. D’une manière générale, tout de même, les sushis sont peut-être un tout petit peu gros à mon goût, mais restent heureusement mangeables sans s’étouffer. Une mise en garde : les futomakis sont vraiment énormes, et peuvent presque constituer un repas à eux seuls pour les plus petits appétits !
Finalement, même si tout cela n’est guère aguicheur, l’adresse mérite d’être retenue. Alors évidemment, l’ambiance n’y est pas folichonne. Bien sûr, on peut pinailler sur le fait que l’on n’ait pas en face de soi des sushis de compétition sculptés au grain de riz près… mais la qualité des produits et le niveau général d’exécution place tout de même Comme des Poissons en tête des restaurants de poisson cru que j’ai pu fréquenter… à Paris !
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Etant donné le nombre très restreint de places, il faut bien évidemment réserver. Tenir compte également du fait que, le soir, le restaurant ferme à 21h. Il est en revanche possible de commander à emporter, et ça, c’est une excellente nouvelle !

L’assortiment de 10 sushis + un maki est à 26,50 EUR sur place (25 EUR à emporter). Et à ce prix là, ça n’est pas un simple panachage maguro / saumon : toro, saint-jacques sont, entre autres, de la partie. Bref, ça n’est pas plus cher qu’ailleurs, mais c’est certainement meilleur !

Comme des poissons
Mardi-dimanche : 11h30 – 15h et 17h30 – 21h
Fermé lundi toute la journée et dimanche au déjeuner
01 45 20 70 37
24, Rue de la Tour
75016 Paris
M° Passy (L6)

During my trip to New York last year, I had the chance to taste excellent sushi. High quality fish, as fresh as possible, obviously; good rice at the right temperature, of course. And the chef’s “tour de main”: the the fish is cut is of the utmost importance, but that’s not all. The way the sushi is put together, with the right fish to rice ratio can make the difference between good and wonderful sushi. I don’t question the fact that there are competent chefs in this area in Paris. However, too often, the quality of the products leaves much to be desired. Even Isami that I really enjoyed the first time disappointed me when I went back: the fish was fresh, but that was it. It was almost tasteless and textures were roughly the same across the different species. Strange…

That said, one has to do with what’s available, and I can’t afford a plane ticket to New York everytime I want raw fish, so I wanted to try another reknowned sushi joint: Comme des Poissons. It’s not the most famous one, contrary to Korin, Bizan, Isami, or the more upscale places like BenKay or Kinugawa which are all often referred to when it comes to sushi in Paris. Part of the explanation may be that Comme des Poissons can only seat 8, and is a bit out of the way in a little street of the XVIth ward…
Thon, saumon...
The setting is not particularly attractive either. There only are counter seats, and nothing else to see but the chef and the raw products. And don’t even plan on interacting with him much: he seldom looks away from his work and lets two other persons (probably his family) take care of the orders. No dimmed lights, no nice china, but woodsticks and paper napkins. This is a place to eat, nothing more. The atmosphere can feel a little strict. This proved to be even more awkward when we were the only two persons seated in the restaurant. Other came a bit later, to our relief.

The menu is quite simple: a few sushi, sashimi, chirashi and maki assortments to chose from. There are a few other dishes, too and an “omakase” menu at 70EUR, but all in all, this is mostly a place to eat raw fish.
The sushi are prepared promptly, maybe with less care than I’d like to see. Besides, the quantity of wasabi was a bit approximative. Apart from that, the fish are good (some just OK, others excellent), and the rice was nice too, albeit less good than at Isami. I should be ashamed for eating this, but the toro was particularly good, probably the best I had in Paris. Another minor shortcoming: the sushi are a bit too big for my taste, but still eatable without choking. Oh, and one warning: the futomaki are really huge, and could almost make a whole meal for smaller appetites.


In the end, if that doesn’t seem too enticing, the address deserves to be known. Of course, the mood isn’t really fun, of course these are not absolutely perfect sushi, but the overall quality of the fish and the execution make me rank Comme des Poissons amongst the best sushi places… in Paris!
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Given that there are only 8 seats, it’s safer to get reservations. Also be aware of the fact that the restaurant closes at 9PM. However, they do take away, which is great news.

The 10-sushi assortment + 1 maki is 26,50EUR. At this price, you don’t only have maguro and salmon as in other places, but also toro, scallops, etc. sL’assortiment de 10 sushis + un maki est à 26,50 EUR sur place (25 EUR à emporter). Et à ce prix là, ça n’est pas un simple panachage maguro / saumon : toro, saint-jacques sont, entre autres, de la partie. In brief, that is not especially more expensive than elsewhere, but certainlyl better!

Comme des poissons
Tuesday-Sunday: 11h30 – 15h et 17h30 – 21h
Closed monday all day and sunday at lunch
+33 (0)1 45 20 70 37
24, Rue de la Tour
75016 Paris
M° Passy (L6)

[miam045] Spring

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Ah ! Depuis le temps ! Avant d’oublier, on va dire merci, d’abord. Merci chérie, qui s’est levée au chant du coq, c’est à dire vers 7h50 jeudi dernier pour nous obtenir la réservation. Moi, je dormais après avoir éteint mon réveil, mais j’avais une bonne excuse. Et merci aussi au Fooding. Ceux qui n’auraient pas saisi pourquoi j’introduis le sujet de la sorte comprendront peut-être mieux après un bref rappel du contexte.

Bar poché et blette

Bar poché et blette

Spring, c’est un restaurant de poche (16-18 couverts) ouvert fin 2006 par un jeune américain, Daniel Rose. Assez vite, la critique l’a porté aux nues, et pouf ! En l’espace d’un an à peine, impossible d’obtenir une table en réservant moins de trois mois à l’avance. Pour dîner le vendredi soir, je ne vous raconte même pas, c’est probablement encore plus difficile que d’aller voir Johnny au Stade de France. Sauf que la perspective d’un dîner chez Spring, ça fait envie. N’étant pas du genre prévoyant, et vivant plus au jour le jour que selon un agenda bien planifié, je m’étais donc dit que je pourrai toujours y aller au déjeuner. Réserver une semaine ou deux à l’avance, j’arrive encore à m’y contraindre. Et puis arrive la semaine du Fooding avec une idée assez bien vue : offrir un table pour deux personnes à la réservation le matin pour le soir même dans quelques uns des restaurants les plus surbookés de la capitale. Et grâce à la célérité et à la sagacité de la chérie sus-nommée capable de remplir un formulaire plus vite que son ombre, bingo !, on va enfin aller voir ce qu’il se passe dans la cuisine de Daniel Rose.

Coquille saint-jacques, pied de porc, sucrine

Coquille saint-jacques, pied de porc, sucrine

Souvent, les cuisines sont bien planquées parce qu’après tout, ça fume, ça chauffe, ça gueule et vas-y que j’te bouscule et où est-ce qu’est l’entrecôte pour la 8 mais bordel Jojo elles viennent ces patates… il vaut mieux que le client lambda n’assiste pas à ce spectacle qui serait de nature à perturber sa digestion. Au Spring, rien de tout ça. Pour commencer, le chef officie en duo avec une assistante, Marie-Aude, et ils font tout à deux, de l’épluchage au dressage, puis au service des plats et des vins. Et bien sûr, ils trouvent le moyen de discuter un peu avec leurs “invités” au passage. Une vraie gageure.

Daniel Rose à l'oeuvre

Daniel Rose à l'oeuvre

On imagine aisément que ça serait ingérable avec une carte variée dans laquelle chacun choisirait ce qu’il veut selon ses envies, son appétit. Daniel Rose a donc pris le parti de proposer un menu unique pour toute la salle. De toute façon, c’est lui qui fait les courses, et comme lui ne fait pas semblant de s’y connaître au contraire de certains de ses clients (je parle de moi…), il sait probablement mieux que vous et moi ce qui est beau et bon, donc digne d’être préparé, chaque jour. Autre astuce : tout le monde est servi au même moment. Du coup, il faut y être à 20h30, allez, 20h45 maximum, sinon, tant pis pour vous, vous risquez de manger froid voire de louper un plat ! Contraignant ? Certains le penseront peut-être, mais le jeu en vaut la chandelle.

D’ailleurs, le soir où nous y étions, quelques personnes se font attendre. Du coup – ou bien était-ce un simple retard en cuisine ? – on attend assez longtemps notre premier plat. Ca permet de commencer à boire un peu. La salle s’échauffe, le volume sonore augmente, et paf, au moment où l’on commence à crier famine, et lorsque l’on se dit que le vin à jeun, ça tourne quand-même assez vite la tête, le chef et son assistante alignent les assiettes sur le comptoir et les dressent rapidement. Un bar poché dans un bouillon à la citronnelle et au persil et de la blette, branche et feuilles. Le tout accompagné d’un petit verre de Côtes du Jura domaine l’Eclair, je ne vous dit que ça ! Le poisson est parfait, bien charnu, goûtu, et la blette (cotes et fanes) contraste en ajoutant du croquant mais aussi de l’astringence. Le bouillon ? Si je vous dit que la plupart des assiettes ont été saucées, vous comprendrez. Tiens, c’est marrant, depuis que le plat a été servi, on n’entend plus personne. Certains signes ne trompent pas…

Canette

Canette

Cette entrée constitue une belle introduction au style de Daniel Rose : des plats aux goûts très clairs, à la fois simples et fouillés, avec ce qu’il faut d’originalité, de petites touches permettant de donner de l’allant à sa cuisine. Les ingrédients se multiplient sans qu’aucun ne domine totalitairement, sans que les goûts ne luttent entre eux, et c’est la preuve d’une grande sensibilité culinaire de la part du chef. Le même plat servi à Ze Kitchen Galerie aurait été tout autre, et le bar aurait probablement abdiqué devant une citronnelle dominatrice. Chacun son truc.

La suite est encore mieux, avec un super plat centré autour d’une coquille saint-jacques de très bonne qualité. Dessous, une grosse “chips” et un lit de pied de porc, dessus, de la pomme verte râpée et à côté une sucrine et un petit trait de jaune d’oeuf. Une petite touche de vinaigrette aux agrumes parfait le tout. L’énumération de tous ces ingrédients a de quoi étonner, voire inquiéter. Et pourtant, une nouvelle fois, tous converge : de la subtilité et de la vivacité, du moelleux et du croquant. Là-dessus, on boit un riesling… que j’ai oublié et dont je n’ai pas noté le nom.
Le plat principal : de la canette, cuite rosée, bonne et très fondante, deux purées, l’une d’artichaut l’autre de carotte, quelques pousses de betterave. Très simple, bien exécuté et équilibré, aucune fausse note ! On arrose le tout d’un vin corse du domaine de Granajolo, rustique comme il faut, sans être trop rugueux et dont on a eu le droit à trois ravitaillements jusqu’à la fin du repas, histoire de finir la bouteille. Tout ça sans qu’un supplément nous soit facturé… c’est généreux !

La promiscuité des tables aidant, on discute quelques instants avec une jeune américaine. Ou disons qu’elle engage la conversation avec nous, car nous sommes trop réservés et trop français pour le faire spontanément ! On y apprend qu’à sa table, deux personnes sont dans le mileu de la restauration. A la table de l’autre côté, une personne prenait de nombreuses photos du dressage des plats. Clairement on vient ici pour les assiettes, pas pour le décor, pas pour y être vu, et là encore, c’est plutôt bon signe.

Pomme rôtie

Pomme rôtie

Le dessert est servi en deux parties. La première : quelques quartiers de pomme rôtie, une sauce à la pomme verte, de la crème fraîche et une mousse glacée au café. Slurp. Et pour finir, un chocolat chaud très épais (à vrai dire, il s’agissait plus d’une ganache) servi avec un petit morceau de pain perdu. Re-slurp !

Finalement, Spring, c’est le restaurant que l’on voudrait avoir en bas de chez soi, pour pouvoir y aller quand on veut. Un bel accueil, une cuisine à la fois subtile et raffinée, toujours juste… je savais à quoi m’attendre, et j’ai tout de même été conquis. En discutant avec l’assistante du chef à l’issue de notre repas, nous nous sommes même inscrits sur la liste d’attente au cas où des désistements de dernière minute nous permettraient d’y retourner dans moins de 6 mois !

D’ailleurs, sauf à vous y rendre pour déjeuner, il y a fort à parier que vous ne puissiez plus accéder au restaurant sous sa forme actuelle. En effet, Spring déménage pour le 1er arrondissement en début d’année prochaine. Le concept de base ne changera pas : une cuisine ouverte, peu de couverts, un menu unique

Chocolat chaud

Chocolat chaud

changeant à chaque service, des produits frais et bien apprêtés. La même chose ? Oui mais en mieux ! L’espace plus grand du prochain restaurant permettra non seulement d’avoir une cuisine plus pratique, mais également une cave plus conséquente. Une sommelière ayant assisté Daniel et apprenant actuellement le métier de caviste reviendra pour y exercer ses talents et mettre à profit ses nouvelles compétences au restaurant, donc, mais aussi dans une cave à vin, qui proposera une cuisine plus basique. Ah, vivement 2009 !

Oups, j’allais oublier : c’est cher ? Pas spécialement ! Nous aurions dû payer 124 EUR pour ce repas, beaucoup trop de vin et deux cafés… comme l’un des couverts était offert par le Fooding, nous nous en sommes tirés pour 82 EUR. Dans un cas comme dans l’autre, on n’est pas volé ! J’ai bien envie de vous dire d’y aller, mais ça risquerait d’allonger encore plus les délais de réservation…

Spring
Dîner : du mardi au jeudi, 20h30
Déjeuner : jeudi et vendredi
01 45 96 05 72 (appeler entre 18h et 19h45)
28 rue de la Tour d’Auvergne
75009 Paris
http://www.springparis.fr

P.-S. : à lire, un article paru récemment dans le NY Times
http://www.nytimes.com/2008/12/17/dining/17hanu.html?_r=1

[miam044] Hisop

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Doit-on parler de ce que l’on n’a pas aimé ? C’est toujours délicat, les goûts et les couleurs, tout ça… Quoi de plus subjectif, en effet ? En matière de gastronomie, on peut bien sûr critiquer la fraîcheur ou la qualité intrinsèque de certains produits, s’insurger de cuissons dénaturant la saveur des mets proposés, par exemple. Mais lorsqu’il s’agit de discuter du parti-pris culinaire d’un chef, ça devient coton. Disons aussi que je me vois difficilement réclamer la moindre autorité dans le domaine.

Gambas et cap i pota

Gambas et cap i pota

D’un côté, on peut imaginer qu’exposer son insatisfaction aille dans le sens de l’intérêt général : “c’est nul, n’y allez pas”. Ca peut éviter des déceptions. A l’inverse, si ce qui n’a pas plu relève seulement de ses préférences, de sa sensibilité propre, pourquoi les ériger de facto en standard de bon goût en affirmant que si l’on n’y a pas trouvé de plaisir, c’est que ça n’était pas bon ? Aucun intérêt à dégoûter les autres de ce qu’ils aiment, non ?

Du coup, difficile pour moi que d’aborder le cas Hisop. A bien des égards, ce restaurant m’a déçu. Et pourtant, je ne suis pas sûr de devoir le déconseiller à tout prix. Alors, certes, si on me demande mon avis sur le sujet, je serai clair : je n’ai pas aimé, je n’y retournerai probablement pas, sauf à avoir fait le tour des autres établissements barcelonais susceptibles de m’intéresser. Et bien que rien ne m’y ait vraiment enthousiasmé, j’ai quand-même envie d’accorder le bénéfice du doute à Oriol Ivem et Guillem Pla, les deux chefs de Hisop.

Langoustine et champignons sauvages

Langoustine et champignons sauvages

Première mise en garde : en plus d’être exténués ce soir là, ce dîner faisait suite à notre déjeuner à Alkimia, où l’on ne peut pas dire que nous avions fait un repas frugal. A moins d’être absolument épatés, nous risquions donc d’être difficiles à convaincre. Le cadre et surtout l’ambiance ne m’ont pas satisfait non plus. La salle aux murs peints en blanc sur lesquels de grands pans rougeâtres apportent une touche de couleur bienvenue m’a paru froide. A la limite, qu’importe, on ne vient pas pour ça. J’ai également été gêné par le bruit, mais, là encore, ça n’est pas forcément un problème en soi, et l’on ne peut pas reprocher au restaurant qu’une table se soit avéré un peu pénible ce soir là.

Plus ennuyeux, selon moi, la cuisine. L’idée avouée des deux chefs de Hisop est d’offrir une cuisine moderne basée sur des produits et des saveurs du terroir local. Sur le papier, c’est très bien. Le gros problème n’est pas à chercher sur les produits ni sur l’exécution, du moins pas en premier lieu. Rien ne m’a particulièrement impressionné ni dégoûté à ce niveau, mais de toute façon, j’aurais bien été incapable d’y prêter une réelle attention tant les préparations et leur présentation m’ont perturbé. Vouloir faire du “moderne”, je n’ai rien contre dans l’absolul. Mais se sentir obligé de présenter les sauces versées sur les plats dans des béchers, présenter des mignardises sous forme de tube à essai, de pschitt vaporisé sur des cubes de gelée, c’est tout simplement grotesque.

Pieds de porc au panais

Pieds de porc au panais

De plus, les goûts de différents éléments d’un même plat s’entrechoquent souvent sans se répondre harmonieusement. Pourquoi dresser des accompagnements, certes jolis à l’oeil, mais incongrus en bouche ? Chez Gagnaire, certains plats du menu ne collent pas, et peuvent laisser perplexe, mais nous n’y avions rien goûté de si détonnant… Je ne vous parle même pas du premier amuse-bouche, dont j’ai oublié la composition exacte, mais d’un goût si puissant que je ne comprend pas en quoi il conviendrait à l’introduction d’un repas.

St-Pierre

St-Pierre

J’admettrai bien volontiers m’être totalement loupé dans ma commande : souhaitant goûter les pieds de porc en plat de résistance, j’avais opté pour des raviolis de gambas et “cap i pota” (tête de veau) en entrée, laquelle s’est avérée très grasse, très lourde. Même si le déjeuner était loin, mon estomac a commencé à flancher, et j’ai enfin compris les affres de souffrance dans lesquelles pouvaient être plongés certains critiques gastronomiques, usés par la richesse des repas ingurgités à longueur d’année.

C’est bien simple, je n’avais qu’une seule envie : ne plus ingurgiter que de la tisane pendant trois mois. Alors évidemment, après ça, les pieds de porc… Ceci dit, ce que j’ai pu goûter des langoustines et champignons sauvages ou du saint-pierre, quoiqu’acceptable, ne m’a pas franchement enthousiasmé.

Je n’irai pas plus loin dans l’analyse, car encore une fois, inutile d’enfoncer le clou : je n’ai pas aimé, mais ça ne signifie pas que d’autres n’y trouveront pas leur compte. Le menu proposé ce soir là m’aurait peut-être procuré plus de satisfaction, mais comme le plat principal était du pigeon à la figue et que nous en avions

Mignardises

Mignardises

déjà eu au déjeuner, nous avions préféré nous orienter vers la carte. Autour de nous, les autres tables avaient l’air de passer un bon moment, et c’est tant mieux. D’ailleurs, plusieurs personnes de l’équipe de Tapaç 24 dînaient à Hisop ce soir là.

Bref, je m’abstiens de toute recommandation à l’égard de ce restaurant. Ce type de cuisine et tout l’apparat l’entourant ne me convient pas, ou tout du moins ne me convenait pas ce soir là. Allez-y si le coeur vous en dit, mais sachez à quoi vous attendre, d’une part, et n’hésitez pas à demander des précisions quant aux plats commandés, d’autre part, pour éviter de tomber dans le même écueil que moi…

Hisop
Passatge Marimon 9
08021 Barcelona, Spain
+34 932 413 233
http://www.hisop.com

[miam043] Alkimia

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Après un petit bain de foule à la très proche Sagrada Familia, on se rend dans le restaurant de Jordi Vilà. Ca s’appelle Alkimia, et ça vaut une étoile selon le guide Michelin. A part ça, on n’en sait guère plus, l’établissement n’ayant pas de site internet. Alkimia… soit “alchimie” en français… et en plus c’est tenu par un jeune chef espagnol ? Finalement, on se doute un peu qu’il y a probablement derrière tout ça un énième émule d’Adrià. Sachant que suis du genre à me prosterner d’admiration bien plus facilement devant une belle côte de veau qu’en face d’émulsions, espumas, gelées colorés, aromatisés jolis dans l’assiette mais bien souvent inexistant, voire gênants en bouche, il y avait de quoi s’inquiéter un peu. Enfin bon, quand on crève la dalle malgré un “chocolate con churros” avalé quelques heures plus tôt, on court sans réfléchir, porté par un estomac auquel échappe facilement la notion du beau et du bon dans ces cas là.
Un lundi au déjeuner… personne dans le restaurant. Ca fait drôle. Ah si, tout au fond, un couple, probablement arrivé peu avant nous. Il est 13h30, ça vient d’ouvrir, donc rien d’étonnant, non ? On se rassure comme on peut. La carte ? En VO non sous-titrée uniquement ! En revanche, on se propose de nous expliquer en anglais si l’on a des questions. C’est un brin compliqué, donc, zou, menu Alkimia en, pfiou… je ne sais pas compter aussi loin que ça. Bref, plein de plats nous attendent !
Un petit cava pour commencer tranquillement, on regarde autour de soi en grignotant de bonnes petites olives… C’est plutôt joli, très sobre, tout blanc, j’aime bien… oh mais arrive déjà un amuse-bouche. Un shot de vodka frelatée et une tranche de sauciflare ? Ils sont culottés ! Ah non, pas du tout. C’est de l’eau de tomate, avec de l’huile d’olive, des croûtons de pain… dessus, c’est en revanche bien une fine tranche de saucisson. On nous explique qu’il faut boire d’abord, puis manger le saucis… ah ou c’est l’inverse ? Quand j’ai très faim, je perds tous mes moyens… Du coup je mange la moitié, je bois, et je mange le reste. Sauf que le petit verre à boire, c’est pas pratique, avec ces gros croûtons, car à moins d’avoir des joues de hamster, difficile de tout stocker d’un coup. Si l’on met de côté ce léger désagrément, il faut bien reconnaître que ce petit jeu sur le pan tomaquet servi en standard dans les restaurants à tapas (du moins chez Tapaç 24 et Paco Meralgo !) n’est plutôt pas mauvais, les goûts étant relativement bien équilibrés. Tout comme dans le second amuse-bouche qui arrive immédiatement après, composé de tomate, quinoa et glace de gorgonzola. Pas de quoi tomber à la renverse non plus.
Voilà pour l’apéro, on va enfin pouvoir commencer à manger pour de bon ! Huit plats vont ainsi se succéder, assez rapidement pour les premiers d’ailleurs, car le restaurant est toujours désespérément vide, à l’exception d’un troisième couple venu s’installer. Ca fait un peu de peine pour le chef et l’équipe de salle qui semble parfois s’ennuyer. D’ailleurs, deux serveuses s’amusent à venir à notre table pour débarasser et en profiter pour parler français. Marrant. La notre ne parlait qu’anglais. On ne lui en voudra pas, car l’anglais avec l’accent espagnol, ça a son charme… mais aussi parce qu’elle était relativement mignonne et surtout visiblement d’une grande gentillesse !
Rapidement, on s’aperçoit que le service n’est pas le seul atout d’Alkimia. La cuisine de Vilà est en effet remarquable. Tous les plats présentés ont un côté graphique parfaitement réussi, parmi les plus beaux que j’ai eu l’occasion d’avoir à ma table. L’huître, grains de chou-fleur reposant sur un disque de sauce aux entrelacs noirs et blancs est par exemple stupéfiante, tout comme le rouget surmontant une intrigante sauce bleue. Mais même sans effets spéciaux, c’est beau, à l’image du velouté de topinambours avec ses quelques trompettes de la mort, ou cette fantastique gambas reposant nonchalamment sur son fin matelas d’aromates et de gros sel…
J’en vois déjà qui soupirent en regardant au ciel, d’autres qui bougonnent qu’on ne leur fait pas à eux ou qui s’enflamment en criant qu’il faut être un sacré nigaud pour se laisser berner par les apparences ! Nigaud, je le suis sûrement, mais quand-même. Aucune fausse note particulière sur huit plats, c’est un tour de force. Alors évidemment, parfois c’est juste agréable, mais parfois ça passe et ça casse (des briques) ! Le velouté dont je parlais plus haut ? Extra ! L’oeuf mollet bacon patate ? Génial ! Pourquoi bouder son plaisir lorsque l’on se voit presenter un plat rigolo tout plein et bon comme du bon pain ? J’explique rapidement le concept : dans l’assiette, un énorme jaune d’oeuf repose sur une mousse blanchâtre, style oeuf de diplodocus au plat. Sauf que le jaune n’est pas un jaune, mais un oeuf mollet teinté en jaune. Dans lequel, il y a quand-même le vrai jaune, bien coulant, ouf. Et autour, c’est de la mousse de bacon… il y a quelques morceaux de “vrai” bacon également et de petits morceaux de patate douce. Miam. Est-ce que ça apporte quelque chose à ce que monsieur-tout-le-monde se prépare pour son petit-déjeuner ? A vrai dire je n’en suis pas sûr… mais je me suis régalé, donc pourquoi faire sa mauvaise tête ?
Finalement, si la présentation des plats est soignée voire complexe, les goûts restent clairs, simples même. Alors c’est vrai que la mousse de bière servie avec le pigeon et figue rôtie ne servait à rien du tout, surtout que le plat était par ailleurs excellent, que la sauce bleue des rougets n’était en rien indispensable non plus… comme si Vilà avait une terrible peur de la simplicité, qu’il ne parvenait pas à se résoudre à servir deux simples filets de rouget. Tant que cela ne détruit pas le plat, ça n’est certes pas bien grave, mais il est toujours curieux de voir les efforts prodigués pour mettre en place divers accompagnements ou sauces superflus.

Et finalement, avant d’entamer les desserts, on se sent rend compte que l’on est beaucoup plus à l’aise qu’en début de repas. C’est vrai qu’on avait eu un peu le nez dans le guidon en début de service tant les plats arrivaient presque aussitôt le précédent retiré, mais c’est enfin plein… le gros de la clientèle arrivant en effet vers 14h30 (ah ces touristes qui débarquent dès 13h30 !). Le jeu s’est donc calmé, et entre temps, la cuisine avait pu nous rassurer. On est alors rappelés à la réalité avec les deux desserts, franchement pas inoubliables. Un sorbet au citron dans une “soupe” au gingembre, et ensuite, un xuxo (beignet local) fourré au café et caramel, sauce au citron et glace vanille… mouaif. Tout ça n’est pas mauvais dans l’absolu, mais franchement pas de quoi pousser des ah et des oh. Par rapport au reste du repas, ça jure un peu, mais de toute façon, ça n’est pas comme si l’on était encore totalement affamés. Avec le café, quelques petites mignardises. C’est joliment présenté, mais seul le mini esquimau à la menthe valait le coup… je comprends mal l’acharnement de tous ces restaurants très bons par ailleurs à proposer ce genre de sucreries en fin de repas, alors que le client, déjà bien repu, risque d’avoir du mal à s’enquiller quoi que ça soit qui ne soit réellement génialement bon. Au Cinq, par exemple, j’ai à chaque fois eu envie de dévaliser le chariot de mignardises, parce qu’elles y sont excellentes. Chez Gagnaire, la sobriété est de mise : alors qu’à chaque service on se retrouve cerné par cinq ou six plats, et que l’on se demande quand va s’arrêter la valse des desserts, on se voit proposer un chocolat au choix parmi deux. Au Stella Maris, on avait eu quelques fruits en pré-café, c’était très bien aussi (les mignardises à suivre l’étaient moins). A l’Epigramme, quelques griottes au sirop font figure de digestif… Ce ne sont là que quelques exemples, tous très différents qui prouvent qu’il vaut mieux ne pas chercher trop loin quoi servir à ce moment du repas : quand les sens ont été battus en brêche durant quelques heures et que l’estomac a été assomé à coups de calories, simplicité et qualité font bon ménage.

Et un repas aussi fameux que ça, combien ça peut coûter ? Ca n’est évidemment pas complètement donné, mais par rapport à ce que l’on aurait payé pour quelque chose d’équivalent en France, c’était là relativement abordable : 206 EUR pour deux menus à 68EUR, deux apéritifs, deux verres de vin blanc, deux de rouge, et deux cafés, ainsi que de l’eau minérale…

Alkimia
C/ Indústria 79
08025 Barcelona
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[miam042] Paco Meralgo

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Deuxième soirée à Barcelone, deuxième tournée de tapas. Après avoir sauté le déjeuner et marché plusieurs heures dans la ville, inutile de dire qu’on avait faim, très faim même. Le choix pour dîner est limité le dimanche. Toutefois, par chance, j’avais lu de bonnes choses sur Paco Meralgo, situé non loin de notre hôtel.

Pan tomaquet

Pan tomaquet

Arrivés sur place, on sent déjà que ça n’est pas tout à fait comme Tapaç 24. Certes, il s’agit toujours de manger des assortiments de petits plats sur un comptoir ou une table haute, le tout arrosé d’un peu de cava

(vin pétillant, ici pas mauvais, au demeurant). La carte est longue comme le bras, et les produits de la mer y occupent une bonne place. Le service y est moins survolté que chez Tapaç 24, et l’on se sent du coup moins pressés pour manger, ce qui nous permet d’être plus à même d’apprécier ce qui nous est offert. Peut-être était-ce l’effet “dimanche”, mais l’établissement était plein à craquer, quelques personnes faisant le pied de grue en attendant, parfois longtemps, qu’une place se libère. Notre serveur était très agréable, gentiment hardi, mais absolument pas méchant et plutôt rigolo.

Patatas bravas

Patatas bravas

Pour les plats, c’était globalement meilleur que ce que l’on avait pu déguster la veille, à l’exception du bikini que j’avais préféré truffé. Qu’il s’agisse des fleurs de courgettes à la mozzarella, de l’aubergine frite, des patatas bravas, des légumes grillés, tout était très bien réalisé, très fin, excellent, du niveau d’un très bon restaurant, tout simplement. Cependant, on tombe de nouveau sur quelques bouchées trop salées à notre goût. D’accord, je ne mange pas très salé, mais ma compagne de table – et dans la vie – un peu plus, et même pour elle, c’était trop. Mais au-delà de ces tapas “cuisinés” fort intéressants, les fruits de mers étaient tout simplement fantastiques, et notamment ces langoustines à la plancha si savoureuses et soyeuses, ou cette coquilles saint-jacques énorme, rôtie et gratinée à l’oignon. On s’en lèche encore les babines. Seules les huîtres, elles aussi gigantesques, étaient peut-être “seulement” bonnes, mais pas extraordinaires.

Langoustines à la plancha

Langoustines à la plancha

En revanche, une vraie déception : les côtelettes d’agneau panées. La panure, grossière, était surabondante et masquait complètement la viande… bref, un plat bidon dans un restaurant où tout le reste est pourtant très bien tourné. Dommage !

Alors c’est vrai, les prix sont plutôt élevés, mais au restaurant comme ailleurs, la qualité a un prix. Et à vrai dire, les 120 EUR pour deux, avec tout ce que l’on a mangé, ils n’étaient pas volés !

L'énorme saint-jacques !

L'énorme saint-jacques !

Malgré tout, il y a quelque chose qui me chagrine un peu dans tout ça… Le concept du bar/restaurant à tapas, me plaît certes beaucoup, surtout quand, à l’exemple de Paco Meralgo on peut y manger d’excellents produits de façon informelle et à un coût somme toute limité. La possibilité de moduler son repas selon son appétit, ne pas devoir se cantonner à choisir de “sauter” le dessert ou l’entrée, goûter à un grand nombre de mets différents (ou reprendre cinq fois le même !), partager les assiettes avec les autres personnes autour de la table, c’est inestimable. Et pourtant, pourtant, aussi bon, ludique et convivial que cela puisse être, je n’ai ressenti aucune magie particulière se dégager de ces lieux. Il y manque peut-être la griffe d’un chef. Qu’il soit bon, mauvais, dans un grand jour ou au contraire peu inspiré, à la limite, qu’importe.

Huîtres

Huîtres

J’aime bien sentir que, derrière tout ça, il y a quelque chose d’autre qu’une machinerie bien huilée et des préparations calibrées. Ici, mais peut-être était-ce dû à ma fatigue, ça ne m’a pas frappé. Pourtant je garde par exemple un souvenir assez ému d’un dîner tardif à Yakitori Totto, où, pourtant, quelques employés se contentent de faire cuire leurs brochettes à mesure qu’on les commande…

Paco Meralgo
Ouvert 7j/7
+33 93 430 90 27
c/ Muntaner 171
(au coin de la rue Còrsega)
08036 Barcelone
http://www.pacomeralgo.com

Légumes grillés

Légumes grillés