Archive for the ‘ MIAM ’ Category

[miam003] Stella Maris

Ce soir, profitant d’une belle occasion, nous allons dîner au Stella Maris. C’est un restaurant tenu par un chef japonais, Tateru Yoshino qui a fait son apprentissage auprès de grands chefs français, comme Robuchon, et qui délivre une cuisine française tout ce qu’il y a de plus traditionnelle.

Comme on n’est pas du genre à faire des chichis, on opte pour le “grand menu dégustation”, conconté chaque soir par le chef en fonction des saisons.

Après avoir grignoté de bonnes petites gougères en sirotant notre apéritif, la valse des plats débute : en premier lieu, un gaspacho de tomates à tomber par terre… frais pile comme il faut, bonne texture ni trop liquide ni trop consistante, et un arrière-goût aillé bien équilibré, la mise en bouche augure déjà de grandes choses… On continue avec des noix de melon, jambon cru et gelée dont j’ai oublié la composition. Le tout est très frais, encore une fois parfaitement équilibré, relevé par une pointe anisée surprenante mais très à propos.

On commence ensuite à passer aux choses sérieuses : des écrevisses poêlées, servies avec une tuile de carapaces d’écrevisse et d’oeufs (très croustillante et légère, absolument pas grasse) accompagnées de courgettes (sous deux formes : coeur et extérieur finement râpé), le tout sur un lit de feuilles ben… à vrai dire j’ai oublié ce que c’était. Les écrevisses se seraient suffies à elles-mêmes… cuisson parfaite, d’un goût succulent difficile à décrire autrement que par la simple perfection d’un produit bien préparé sans artifice. A tomber par terre, l’un des grands moments du repas pour moi !

Deuxième entrée consistante avec une portion de filet de rouget accompagnée de sa terrine., le tout accompagné d’une petite purée d’avocats, d’une sauce au pistou et de tomates concassées aux noix. Cuisson du poisson millimétrée, consistance parfaite, une peau finement croustillante et une chair fondante sans être trop peu cuite… Par ailleurs je ne suis normalement pas grand amateur de terrines de poisson, mais celle-ci était en tout point excellente. Encore une fois, j’ai été frappé par la fraîcheur et la perfection dans la préparation des produits.

Premier plat “de résistance” : demi-filet de daurade, servi avec des légumes croquants (brocolis, haricots, pois gourmands, le tout lié légèrement par une préparation à l’oeuf) et d’un délicieux écrasé de pommes de terre surmonté d’une petite chips (détail à vrai dire un poil superflu, mais bon, on paye pour être gâtés après tout). Encore une fois, on a le produit dans son plus simple appareil, et c’est comme cela qu’il est le meilleur. Diffcile d’exprimer ce qui se passe dans l’assiette, c’est juste simple et absolument, divinement parfait.

Enfin, arrive le fois gras sur lequel le serveur vient déposer une fine feuille de chocolat. En accompagnement, des aubergines, également nappées de chocolat.
Je n’avais jamais goûté cette association, elle était ici magique. Je ne parle même pas de la brioche chaude servie avec, un monument de finesse et de légèreté. Attention, ne tentez pas cette expérience à la maison ! Ca sera forcément dégueulasse, alors que là, c’est évident, tout tombe sous le sens… c’est difficilement descriptible, encore une fois.

Pas de fromage (heu à la limite “ouf”), mais on passe directement au dessert. On opte pour le soufflé au chocolat, moyennant un petit supplément mais comme dit François Simon dans sa chronique du restau sur Paris-Première “faut jouer le jeu de la gastronomie”… Après une petite vingtaine de minutes d’attente, nécessaires à la préparation (nous étions prévenus) , arrivent nos assiettes : en bordure, une boule de glace vanille côtoit un trait de sauce chocolat, dans le fond c’est un magnifique chocolat fondu qui nous attend. Les énormes soufflés débarquent et sont démoulés devant nos yeux… tâche pas évidente, mais les serveurs s’en sortent avec brio. Là encore c’est délicieux. Le soufflé est bien gonflé, à la seconde près et ne retombe pas après démoulage. Il est très légèrement chocolaté mais le goût de l’oeuf reste présent. L’association avec le chocolat fondu se fait très naturellement, et le classique contraste apporté par la glace vanille, même s’il peut sembler éculé, fonctionne parfaitement, tant celle-ci est merveilleuse dans ses arômes tant que dans sa texture.

Pour finir, en accompagnement du café, les classiques mignardises : ici, un petit macaron au fruit de la passion, une petite tartelette aux framboises (très bonne) et un biscuit au beurre surmonté d’une crème citron (un peu trop gélatineuse à mon goût, mais le biscuit était parfait, dommage), ainsi que des fruits frais, très gouteux et à bonne maturité.

Le vin ayant accompagné notre repas était un Mâcon Villages 2001 Domaine de la Bongran qui était également superbe. Il nous a été conseillé par le sommelier, et, à ma grande surprise, celui-ci a visiblement su s’adapter à notre standing sans que j’aie à le demander, car il m’a proposé une bouteille d’un prix raisonnable eu égard aux montants stratosphériques d’une bonne partie des vins de la carte (ie. 150-200EUR pour beaucoup de bouteilles).

Par ailleurs, le service était très prévenant sans être guindé ni gênant ou intimidant. Encore une fois, le personnel semble donner l’impression de savoir se mettre au niveau de ses clients. Ainsi, avec nous, la maîtresse de salle était toute rigolarde voire blagueuse, alors qu’elle ne se permettait apparemment pas ce genre de “familiarité” avec d’autres convives.

Le cadre est très épuré, très japonais finalement. Décor blanc aux lignes simples mais harmonieuses. Ca n’est pas le cadre mirifique de certaines grandes maisons, mais ça fait le boulot, et de toute façon, l’émerveillement se trouve dans l’assiette, ça colle bien avec la cuisine du chef, et ça permet de rester concentré.

Bref, je ne pense malheureusement pas être à la hauteur pour pouvoir décrire la façon dont ce restaurant propose une cuisine française traditionnelle simple mais parfaite. On se dit juste que la nourriture, c’est ça et rien d’autre, qu’on pourrait manger comme ça tous les jours tellement ça semble évident… mais à moins d’avoir quelques dizaines d’années de cuisine professionnelle dans les pattes et beaucoup de temps à y consacrer, ça me semble malheureusement impossible. La seule solution qui me reste donc est de devenir rentier, ou alors de réserver ce genre de repas à des occasions spéciales… et finalement c’est mieux comme ça !

Stella Maris
4, rue Arsène Houssaye
75008 Paris
Tél : 01-42-89-16-22
http://www.stellamarisparis.com

[miam002] L’Etoile d’Or (Denise Acabo)

Je pensais, pour ce “miam”, parler d’un Christian Constant (oui, il y
en a plusieurs !), histoire qu’il y ait une sorte de continuité avec
le précédent mail de la même série (pâtisserie, maître de Stéphane
Secco, etc.), mais ça sera pour une autre fois.

Denise c’est un peu une star du rock chez qui les amplis seraient des bonbons et les guitares de magnifiques tablettes de chocolat (j’aurais peut-être dû prendre un café avant de taper ce mail). Et ça serait le pendant féminin d’Angus Young. Vous la trouverez en effet toujours habillée de la même façon : chemisier blanc, avec option cravate selon les jours, paraît-il, jupe à carreaux, sandales blanches, le visage encadré par deux longues nattes blondes.
Une écolière de 71 ans, certes, mais probablement tout aussi espiègleque les petites filles qui feront leur rentrée mardi prochain. A peine l’encadrure de la porte franchie, elle vous accueille avec un sourire grand comme ça, et donne le ton d’emblée : “Vas-y, tu peux prendre tout le temps que tu veux, pense bien à regarder partout et si tu as des questions ou si tu veux quelque chose, appelle-moi !”. Ici, le tutoiement et la convivialité sont de mise… et même si habituellement je n’aime pas la fausse familiarité que tentent d’instaurer certains serveurs ou commerçants en pratiquant un tutoiement intempestif, ici, on sent que c’est sincère, que la dame aime ses clients (après tout ce sont eux qui la font vivre !), et que
chacun aura toujours le même accueil. Pendant que je parcours les étalages, tout en bois et marbre (faut pas
déconner, c’est de l’authentique ici !), je profite de la conversation de la tenancière avec son ancienne employée qui l’appelait du Japon, pays où Denise Acabo est apparemment très populaire, au point que les Japonais la reconnaissant dans la rue la saluent et la félicitent. D’ailleurs elle figure dans le dernier numéro de “Elle au Japon”…

La patronne, les étalages, c’est bien beau mais on vient pour acheter finalement. Alors évidemment, c’est difficile de faire son choix. C’est chèrement tarifé, mais tout fait envie. Chaque produit provient des atelier de Meilleurs Ouvriers de France ou de grands noms à la réputation internationale. Denise ne vend que ce qu’elle a goûté et qu’elle apprécie. Elle fait des pieds et des mains aux artisans qui produisent ces petites merveilles sucrées pour obtenir le droit de revendre leur marchandise… et ça marche !
C’est ainsi qu’on retrouve dans la boutique les créations de Dufoux, les caramels Leroux et chocolats Bernachon, qui à eux seuls font se déplacer les amateurs de bons produits des quatre coins de la planète. Oui, parce que Denise n’expédie rien, car comme elle dit “oh ben je pourrais envoyer à l’étranger, mais ça me prendrait du temps à faire les paquets, et puis après je passerais moins de temps avec les clients, c’est plus un plaisir, je préfère qu’ils viennent”.

Alors au final, je me décide pour du chocolat et des caramels… bien sûr, avant j’ai eu le droit à une description de tous les autres produits du magasin, ou presque. 4 tablettes de Bernachon et un assortiment de caramels Leroux, les grands classiques de la maison. Les tablettes sont emballées dans un papier d’Epinal : “tiens regarde ce papier, avec les images d’Epinal… je le fais faire exprès pour moi, et je demande des pages précises, là c’est celle sur le chocolat, ça celle sur le sucre… oh ben ça coûte cher, d’ailleurs au final je suis déficitaire là-dessus. Tu crois que ça me mine ? Ahaha, moi ça me
fait marrer, faut vraiment être folle pour faire ça, mais ça m’amuse, alors pourquoi je le ferais pas ?”.

Quelques bavardages plus tard, je ressors de l’échoppe, un sac bien rempli à la main. Verdict de la dégustation : effectivement les produits sont excellentissimes. Les caramels ont un bon goût de beurre prononcé, très frais, et très justement sucrés. J’adore celui au citron, où la triple alliance lacté / sucré / acide fonctionne à merveille, contre toute attente. Les chocolats sont également délicieux. Ces tablettes de fin chocolat fourrées avec diverses confiserie : pâte d’amande, nougat (très tendre !), caramel… et le chocolat noir classique à 62% vaut également le détour. Son goût est assez caractéristique, je ne m’y connais pas assez pour pouvoir déterminer l’origine des fèves utilisées, et tient tête sans problème à ceux des grandes chocolateries parisiennes.

Bref, au final, c’est le genre de boutique où l’on a envie de revenir, même si finalement, de nos jours, il est relativement simple de trouver des produits similaires ailleurs, plus facilement. Mais le charme désué de la boutique, le bagou et la bonne humeur de la patronne, la sélection très juste des chocolats et confiserie ne peuvent laisser aucun gourmand insensible… 34 ans que le magasin tourne, et j’ai l’impression que ça n’est pas là de s’arrêter.

L’Etoile  d’Or
Denise Acabo

30 r Pierre Fontaine
75009 PARIS
01 48 74 59 55
01 45 96 01 71

[miam001] Secco

A tout seigneur, tout honneur.

Stéphane Secco s’est installé il y a quelques années dans le 7e arrondissement, reprenant la boutique de Poujauran (considéré à l’époque comme l’un des tous meilleurs boulangers parisiens), rue Jean Nicot.
Cette jolie boutique, d’un charme légèrement désué mais absolument pas ringard, se divise en deux entités mitoyennes, l’une réservée à la pâtisserie, l’autre à la boulangerie.

Côté boulangerie, je n’ai pas des dizaines de références en tête, mais il est clair qu’on s’approche très certainement du summum en la matière. Le choix de pains est énorme, et il est évidemment possible de se faire conseiller selon ce que l’on prévoit de déguster avec. Les viennoiseries sont également succulentes.

Mais Stéphane Secco est avant tout pâtissier, disciple de Constant, figure emblématique de la haute gastronomie parisienne, et a notamment officié pour les restaurants Costes avant de passer à son compte.
Et c’est à mon avis là que l’on touche au sublime. Le choix est volontairement restreint. Deux ou trois desserts du moment côtoient les indétrônables classiques de la maison.

Parmi ces derniers, la tarte au chocolat figure parmi les toutes meilleures de Paris (peut-être légèrement distanciée par celle d’Arnaud Larher, qui, en bon élève d’Hermé lui introduit un biscuit sans farine ajoutant un petit plus qui peut faire la différence). Le cheesecake allégé est fantastique, aussi bien au niveau du biscuit que de l’appareil crémeux délicatemdont il est garni. L’alliance sucré/salé/acide fonctionne ici à merveille ! Le millefeuille – l’un de mes étalons pour juger de la qualité d’un pâtissier – est quasi-parfait, même si en pinaillant un peu on pourrait arguer du fait qu’il est possible de trouver mieux dans une ou deux autres maisons de la capitale… et encore ! La tarte Chibouste est déclinée au gré des fruits de saisons : pommes, fraises, framboises… toujours rigoureusement sélectionnés. Enfin, la barquette citron est à mon avis
simplement parfaite. Le fond de tarte est irréprochable, de même que la crème citronnée, simplement recouverte d’une fine couche de gelée de citron. En la goûtant, impossible de ne pas se demander pourquoi beaucoup s’évertuent à ajouter des épaisseurs d’une meringue italienne souvent plus présente pour faire oublier les défauts de ce qui nous intéresse vraiment, alors que la simplicité bien exécutée se suffit à elle-même…

A noter que tous ces desserts sont relativement peu sucrés par comparaison avec ce que propose la plupart des pâtisseries, et je peux vous assurer que c’est encore meilleur comme ça !

Secco semble être un grand amateur de pommes : la décoration de son magasin s’appuie très largement dessus, et il est d’ailleurs possible d’en acheter (pas goûté), de même que des jus de pomme. Il serait aussi dommage de passer à côté de la tarte fine aux pommes, excellentissime à tout point de vue : feuilletage parfait, fruits bien choisis, sucre bien dosé, cuisson fantastique.

Le service se montre parfois un tantinet trop “énergique” lors des périodes de forte affluence (à midi, par exemple), mais est toujours soigné en soirée (on peut même avoir l’honneur d’être servi par M. Secco lui-même), et reste toujours aimable et discret. C’est d’ailleurs l’impression générale qui ressort de cette boutique : une grande simplicité, voire humilité. On est loin des innovations toujours plus folles des chefs pâtissiers les plus en vogue. Loin de moi l’idée d’un refus du modernisme et de l’innovation, mais Secco fait vraiment figure de refuge providentiel au sein de la profusion de boutiques parisiennes toutes plus luxueuses et pédantes les unes que les autres, et rien que ça, en soi, ça mérite d’être salué.

Je signale pour finir que la plupart des articles sont vraiment très peu onéreux au regard de la qualité proposée. Pouvoir se payer un très bon petit gâteau à moins de 4EUR, c’est un plaisir rare sur Paris..