Plan B – Copenhague
Cela faisait longtemps que je n’avais pas posté quelques notes de dégustation de bières. Parce que j’avais un peu calmé le rythme cet été, notamment.
Mon voyage de la semaine passée à Copenhague, pour déjeuner à Noma, était également l’occasion rêvée de visiter quelques bars locaux.
L’agglomération copenhaguoise recense un peu plus d’un million d’habitants, et pourtant une bonne douzaine de bars, brasseries et boutiques spécialisées (si ce n’est plus) semblent d’un niveau sans véritable équivalent en France à ma connaissance. Peut-être un héritage de l’époque où, l’eau courante étant insalubre, chaque famille pouvait obtenir 16 litres de bières quotidiennement à la brasserie locale…
J’ai donc pu me rendre au Cafe Plan B et deux fois au bar Mikkeller, pour terminer par quelques emplettes à Ølbutikken. Commençons déjà par évoquer le premier.
Plan B se situe dans le centre, à proximité du quartier de Nørrebro. Une seule personne officiait ce soir là, s’occupant du bar, du manger et de la programmation musicale. Pour un maximum de crédibilité, celle-ci n’est diffusée que par le biais de vinyles.
La sélection de bières à la pression (une dizaine au total) était ce soir là quasi-exclusivement constituée de la production de petites brasseries locales, la Bryghuset Braunstein, étant la plus représentée. Exceptions notables : la Rodenbach Grand Cru et la Vetters 33.
Aucune liste des bouteilles n’est mise à disposition des clients. Il faut venir devant le bar et observer le contenu de deux réfrigérateurs, plutôt bien garnis. Lors de notre visite, j’avais remarqué une nette prépondérance de bières allemandes. Le tenancier nous a indiqué que, s’il possédait plus de 300 bières en cave, il n’en remontait qu’une petite quantité simultanément pour les proposer selon un thème prédéfini.
J’ai choisi deux bières standards et deux plus « extrêmes », de sorte à varier un peu la dégustation sans trop s’enivrer ou se ruiner le palais d’emblée. Les Bryghuset Braunstein Brown Ale et Bryghuset Braunstein Amber Ale furent peu surprenantes. La première délivrait des saveurs légèrement grillées et fruitées, la seconde était évidemment plus légère, avec une finale finement amère. Des bières sans éclat, mais qui délivrent bien ce que l’on est en droit d’attendre dans ces styles respectifs.
La Beer Here Hoptilicus fut déjà plus intéressante. La brasserie Beer Here, c’est en réalité Christian Skovdal Anderson, ancien homme aux commandes de la réputée Ølfabrikken. A l’instar de Mikkeller, Beer Here s’invite dans d’autres brasseries pour mettre en oeuvre sa production. Ce concept de brasseurs itinérants a le vent en poupe, comme le prouve quelques récents articles à ce sujet.
La Hoptilicus est brassée chez les danois de Søgaards Bryghus. Il s’agit d’une Double IPA, contenant des malts pâles, caramels et noirs, avec ajout de houblons Centennial et Chinook. D’une couleur ambrée, elle correspond bien à l’idée que l’on se fait du style avec de forts arômes de malt et d’agrumes. Toutefois, peut-être manquait elle à mon goût un peu d’une composante plus florale, qui aurait nécessité l’emploi d’autres houblons. L’amertume, quoique bien présente en bouche, n’était pas spécialement prononcée, sûrement masquée par la douceur légèrement sucrée. Une bonne bière, agréable à boire, sans être révolutionnaire ni exceptionnelle dans son style.
Pour terminer, la Vetters 33. Je n’avais jamais entendu parler de la brasserie/restaurant Vetter auparavant. Celle-ci jouit pourtant d’une bonne réputation dans le monde zythophile, et l’une des principales raisons de cette notoriété est justement la Vetters 33. Comme nous l’a expliqué le tenancier du bar, le 33, c’est pour la densité du moût avant fermentation, mesurée sur l’échelle de Plato. Cela signifie grossièrement qu’avant fermentation, le moût contient 33% d’extraits secs. Autant dire qu’il s’agit là d’une concentration en malt extrêmement haute, correspondant grossièrement à un degré d’alcool final de 13%. Ces chiffres sont extrêmement élevés, même pour un Doppelbock.
La fermentation étant arrêtée avant la consommation totale des sucres, le produit final ne titre « que » 10.5%. Le liquide est d’une couleur brune très foncée, et ne développe aucune mousse. Le gaz est très peu présent également dans cette bière. Au nez, on découvre déjà des arômes fantastiques de fruits séchés, de caramel. Malgré l’absence de sucres ajoutés lors du brassage, c’est très sirupeux en bouche, et le goût de cette bière rappelle furieusement le pain de seigle (pour rester dans le contexte local).
Malgré sa conception extrême, je l’ai trouvée très équilibrée, beaucoup plus à mon goût que, par exemple, ce que produit Het Anker, notamment les Carolus, même s’il s’agit là d’un style de bière légèrement différent. Une très belle réussite, mais qu’il sera difficile de trouver à la pression, car elle n’est servie qu’à la maison-mère… et au Plan B, qui dû déployer des efforts extraordinaires pour l’obtenir !
En marge des bières, réelle raison d’être du lieu, le bar propose également quelques plats froids : sandwiches, salades et planches de fromages et charcuteries, composée de produits de bonne qualité.
Ce fut un début de soirée agréable pour notre premier jour à Copenhague. La clientèle du bar est loin d’être composée uniquement de beer geeks. Couples jeunes et moins jeunes, jeunes femmes venant prendre un verre entre copines composaient le gros des gens aperçus ce soir là. L’ambiance musicale oscillait entre hard-rock et disco-funk, mais avec un volume sonore n’empêchant pas de converser normalement. Parfait pour une soirée calme dédiée à la dégustation de bières peu connues.
Cafe Plan B
Frederiksborggade 48
1360 Copenhague
10h-22h tous les jours, sauf dimanche 10h-18h


J’espère que ce maigre repas, si pauvre en malt et en houblon, t’aura tout de même frictionné les papilles !
A très bientôt, ô grand maître ès 8.6…