Nabura
Nabura, ça n’était pas tout à fait mon idée, mais celle d’Akiko du restaurant Aronia de Takazawa, qui me l’avait chaudement recommandé. Un petit coup d’oeil sur ce qui s’en disait sur internet avait fini de me convaincre de réserver une table là-bas.
Le restaurant se situe à Roppongi, dans un quartier guère avenant. Toutefois, dès que l’on rentre, après avoir descendu quelques marches, on découvre une petite oasis de volupté. Tout, du petit passage de l’entrée aux saveurs des plats, de la vaisselle aux kimono du personnel de salle en passant par la musique diffusée dans le restaurant y est d’un raffinement extrême.
Pourtant, il ne s’agit pas de ces endroits où luxe rime avec froid. Au contraire, au-delà de l’excellence des plats, c’est aussi l’ambiance particulièrement amicale, en toute simplicité, qui nous rendit la soirée parfaitement appréciable.
A Nabura, les produits de la mer sont rois. Si les sashimi et autres nigiri sushi sont proposés, ils ne tiennent pas les premiers rôles. La carte est particulièrement longue, alléchante, même si certains items comme la soupe de tortue ou la baleine nous attiraient que très peu.
Comme il nous était impossible de choisir, nous avons opté pour un menu “omakase”. Il ne restait plus qu’à se laisser porter par la cuisine.
Pour être très franc, je n’avais pas très faim et ne me sentais pas particulièrement bien, la faute à la soirée de la veille un peu trop longue, et au manque de sommeil en résultant. Pourtant, c’est plus de 3h que nous sommes restés attablés au restaurant, et Nabura a réussi à maintenir en éveil ma curiosité, voire mon impatience du prochain plat. Un exploit !
Malheureusement, la fatigue lors du repas et les deux mois m’en séparant aujourd’hui ont limité ma mémoire de certains plats : en faire une description détaillée n’aurait donc guère de sens.
Toutefois, plusieurs constantes parmi tout ce qui nous a été donné à manger restent bien ancrées dans mon esprit : la fraîcheur et la qualité des produits de base tout d’abord, mais également la justesse et la limpidité dans la préparation et l’apprêt des plat. Et bien sûr, la présentation des mets, sans grande fioriture, ne cherchant pas à déguiser ce qui est proposé, mais les mettant élégamment en valeur.
Tour à tour, nous aurons eu l’occasion de goûter à une fantastique pince de crabe décortiquée, du poulpe gras, un foie de lotte parfaitement fondant et goûtu, ou encore au Mentaiko, constitué d’oeufs de colin marinés. Puis des poissons servis dans des bouillons très clairs, aux goûts subtils mais parfaitement limpides. L’assortiment de sashimi (crevette crue, sayori, oursin, carangue, calmars) et les sushi rivalisaient avec ce que nous avons pu goûter dans les meilleurs restaurants de sushi que nous avions visité à Tokyo.
Les poissons grillés servis m’étaient inconnus, ils étaient excellents. C’est ce genre de chose qui aura fait la magie de ces repas japonais : découvrir des produits qui m’étaient jusque là inconnus, redécouvrir ceux que je pensais déjà connaître… mais quelle frustration aujourd’hui de ne pas me souvenir mieux de tout cela !
J’avais demandé un plat de la carte : les ormeaux grillés servis avec des asperges et du beurre. Rien à dire, le plat était absolument conforme à sa description. L’association de la texture presque caoutchouteuse des ormeaux avec celle plus croquante des asperges, des saveurs du coquillage et du légume liés par le beurre était parfaite.
Pour clore la partie salée du repas, de petits toasts de boutargue et daikon, puis soba et riz.
Le dessert fut fort heureusement léger. A gauche, un petit bol de légumes en gelée, frais et acidulés. A droite, sous une minuscule pêche verte, une boule de glace de patate douce absolument succulente, permettant de conclure le repas en beauté.
En sus de la frustration d’avoir été submergé à un moment où mon esprit n’était pas pleinement réceptif, celle de ne pas pouvoir communiquer en japonais aura également été plus que jamais présente. En effet, aussi bien le très jeune chef installé derrière le comptoir où nous étions attablés que le patron souhaitaient converser avec nous, et semblaient également particulièrement attentifs à nous faire plaisir.
Quelques échanges, certes limités, purent se faire grâce à notre serveuse parlant un anglais tout à fait satisfaisant.
Au rang des surprises, le patron nous offrit un sake proprement fabuleux, frais, acidulé, légèrement perlant… une révélation pour moi, prouvant à quel point cette boisson peut s’avérer fantastique.
Le prix de ce repas : 46 000 JPY pour deux, boissons comprises. Le rapport qualité-prix m’a paru très intéressant, et d’autres options moins onéreuses sont d’ailleurs offertes. Pour qui souhaite déguster les produits de la mer sous une autre forme que celle proposée dans les restaurants de sushi, c’est parfait.
Et pour ce prix là, le patron vous raccompagne jusque dans la rue, vous remerciant avec ce mélange de sincérité, d’humilité chaleureuse toute japonaise.
Nabura Roppongi
B1, Roppongi Shimada Bldg.
4-8-7 Roppongi,
Tokyo 106-0032
03-5411-3333

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