Japon 2010

L’album photo

Cela fait à peine deux mois que l’on est rentrés du Japon, et, déjà, je me dis que j’y retournerais bien. Je ne m’étendrai guère sur les multiples attraits du pays, tout en contraste entre tradition et modernité, avec dix démonstrations d’ingéniosité à la seconde, particulièrement pratique pour le touriste de base, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer. En revanche, je vous préviens qu’il y aura une petite série de posts sur quelques repas au Japon. Ou plutôt, sur quelques repas bien ciblés à Tokyo. Plutôt du haut de gamme, beaucoup de poisson cru. Pourtant, ça serait vraiment dommage de laisser penser que c’est représentatif de la gastronomie du pays. Non, si le Japon est aussi fantastique de ce point de vue, c’est surtout parce qu’il est aussi facile d’y faire un bon repas pour une poignée de yen, au détour d’une rue anonyme, que dans les établissements les plus cotés.
Alors que je me suis toujours méfié des commentaires disant qu’il est impossible de manger dans tel ou tel endroit, je me hasarderais presque à dire qu’il est très très difficile de faire un mauvais repas au Japon. En tout cas, beaucoup plus qu’à Paris, où la médiocrité se tarife parfois cher.

Notre premier repas fut intimidant, quelconque sans être mauvais, et a eu le mérite de nous fair, déjà, découvrir des goûts et textures jusqu’alors quasi-inconnus de nos palais. Rien d’exceptionnel, donc, mais tout ceci se passait dans un restaurant choisi au hasard au sous-sol de la gare de Namba à Osaka, pour un coût modique. Tenter la même expérience en France n’apporterait probablement pas la même satisfaction, et serait également plus douloureuse pour le porte-monnaie. Ajoutons à cela le dépaysement instantané, notamment dû à la barrière de la langue, et ça y était, nous étions en vacances.
Plusieurs autres choix totalement fortuits se révélèrent intéressants.

Une fois, ce fut à Kyoto. Aucun des restaurants affichant les photos de leurs menus ne nous tentait, mais nous n’osions non plus rentrer dans les établissements sans aucune indication de style de cuisine ou de prix. On finit par trouver un endroit que l’on pouvait deviner de l’extérieur. Ca s’appelait Maru, tout était écrit en japonais, et l’on se lança donc sur le menu à 3000 JPY. Et ce fut un repas de style kaiseki plutôt réussi, même si tout n’était pas forcément à mon goût, mais probablement plus par manque de références de ma part que du fait de l’exécution ou des produits. Ce fut aussi notre premier contact avec le poisson cru au Japon. De quoi exacerber mon impatience de déguster quelques sushi dans les restaurants réservés à Tokyo…

Une autre fois, ce fut sur le mont Koya. L’heure du déjeuner était largement passée, et nous n’avions rien mangé depuis le matin. On finit par rentrer dans une échoppe anonyme, au hasard. Il y avait des udon, donc va pour ça, tempura-udon d’un côté et kitsune-udon d’un côté. Le patron, bougon, ne nous adressa pas la parole. Du coup, l’attente fut chargée d’anxiété… où était-on tombé ? La réponse fut sans équivoque, dès le premier contact avec les pâtes épaisses, reposant dans un bouillon au goût profond, revigorant. Si l’on ajoute à cela quelques tempuras de qualité honorable, pour moins de 1000 JPY par personne, on se dit que, vraiment, le Koya-san est bien un lieu sacré. L’un de mes meilleurs repas de ce voyage, tout simplement !

A Kanazawa, au détour d’une rue de Naga-machi, le quartier des samourais, alors que la faim commençait à se faire sentir, on tomba nez-à-nez avec le bâtiment de la “Aoki Cooking School”, qui s’avéra également être un restaurant. Si je ne peux pas dire être tombé à la renverse avec mon jibuni, un plat local à base de canard, en revanche, le curry valait visiblement de s’être arrêté là.

Au registre des endroits improbables, autre bonne surprise à Kamakura : le café Pooch. Le nom n’a pas grand chose de japonais en soi, et l’ambiance musicale à l’intérieur lorgnait plutôt du côté de Kingston que de Kyoto. Soit. Au final, ome-rice et curry se révélèrent à la hauteur de nos appétits et de nos attentes. De la cuisine sans prétention aucune, mais faite avec sincérité et application. Je me demande très sérieusement si le mot “dilettante” existe en japonais…

Et même dans un restaurant de chaîne comme Chibo, spécialisé dans les okonomiyaki, on mangea particulièrement bien. Le spectacle des plaques chauffantes, et ces objets culinaires au barycentre de la tortilla, du pancake et de la pizza, plutôt roboratifs et réconfortants ont suffi à nous faire passer un excellent moment. Plus particulièrement, le souvenir de ce premier morceau de seiche dégusté en territoire nippon restera gravé dans ma mémoire pour un moment !

Autre moment inoubliable, à Kyoto : le dîner à Yoshiyoka. Un restaurant de tempura que j’avais repéré sur tabelog, d’un rapport qualité prix a priori correct. On s’était fait refouler le premier soir : à 21h30, c’était déjà fermé. Soit. Cette fois ci, on débarqua beaucoup plus tôt, et c’était bien ouvert, et on fut même accueilli avec le sourire par le patron. Celui-ci parlait quelques mots d’anglais, mais ce n’était pas indispensable : les tempuras défilèrent sans que l’on eu rien à demander. Mais, si ceux-ci s’avérèrent de bonne facture, léger et sans ce goût de friture parfois dommageable, c’est aussi et surtout l’ambiance qui rendit le tout magique. Imaginez un peu : nous autres deux pauvre jeunes touristes, dans une échoppe de 7 ou 8 tabourets maximum. A côté, trois quinqua ou sexagénaires arrivés les uns après les autres discutant avec ferveur, en enchaînant bières et saké, accompagné d’un tempura ou deux de temps à autres. Bref, c’était animé, on ne comprenait rien à ce qui se disait et l’on mangeait bien : fantastique !

J’ai failli oublier également, le seul restaurant de yakitori que nous avons visité. C’était à Kanazawa, on ne savait où dîner, on descend donc dans ce restaurant, une nouvelle fois complètement au hasard. Rien à dire, s’il n’y avait pas de quoi sauter au plafond, le niveau global des brochettes servies ce soir là surpassait très aisément ce que nombre d’usurpateurs proposent en France. Certaines bouchées m’ont rappelées les émotions que j’avais pu vivre chez Yakitori Totto, à New York. Sauf que cette fois ci, on était au Japon pour de vrai, et que cet endroit était probablement quelconque sur l’échelle gastronomique du pays, là où Totto faisait partie des restaurants les plus prisés de NYC…

Rétrospectivement, l’aspect le plus frustrant de tout cela, c’est de ne pas avoir pu manger en continu, s’arrêter à chaque coin de rue. Pour cela, il faudrait probablement une vie entière, même en se limitant à la seule ville de Tokyo. Quel pays, vraiment !

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