Archive for août 2008

[miam034] L’Auberge Basque

Située à l’est Pyrénées-Atlantiques, non loin de Saint-Jean de Luz, cette Auberge Basque est l’un des lieux actuellement les plus en vue dans la région. Ouverte récemment par Cédric Béchade, un beau et jeune chef ayant notamment fait ses armes chez Ducasse au Plaza Athénée, il est possible d’y séjourner, et, bien évidemment, d’y manger. C’est uniquement pour la table que nous sommes venus.

Au détour de départementales des environs, quelques panneaux fléchés nous indiquent la direction. C’est heureux, car l’Auberge Basque est perdue en campagne, dans la commune de Saint-Pée sur Nivelle. A l’arrivée, on découvre un bâtiment moderne au lignes épurées. On nous propose de prendre l’apéritif à l’extérieur. Ce fut un moment formidable : confortablement installé sur la terrasse, nous bénéficions d’une vue imprenables sur les Pyrénées et les vertes vallées des alentours. Un temps clément, pas de chaleur étouffante : tout incite à la farniente, le temps s’arrête, et à vrai dire, on aurait presque pu en rester là et repartir satisfaits.


Toutefois, ayant sauté le petit-déjeuner, il aurait été imprudent de reprendre la route le ventre vide. La consultation de la carte nous plonge dans des abîmes de perplexité. Pas qu’elle soit ésotérique, non. D’inspiration basque, elle se veut certes résolument moderne, mais sa lecture est limpide, les intitulés stimulants, en bref, impossible de faire un choix, tout fait envie. C’est bon signe, et l’on se dirige donc vers le menu dégustation en cinq plats.

On rentre dans la salle de restaurant, elle aussi sobre, d’un chic discret. Une ouverture sur la très belle cuisine permet d’observer le travail qui s’y fait, et, pour ces demoiselles, de guetter du coin de l’oeil les apparitions du chef dressant les plats sur le point d’être servis. Si son physique semble faire l’unanimité, quid de sa cuisine ?
Et bien elle est excellente, et tient toutes ses promesses. Fouillée mais précise, esthétique et goûteuse, inspirati

ve. Ce que l’on aurait pu prendre comme une “simple” salade de légumes s’avère être un plat d’anthologie grâce à de petites touches très bien senties comme ces brisures de meringue, la mousseline de carottes accompagnant le maigre est fameuse et relevée de minuscules dés de chorizo, les pièces du boeuf de Galice enveloppées dans de l’algue sont tendres et sapides… ce sont ces détails qui apportent, en plus de la qualité des produits, une touche de finesse, de subtilité et tout simplement de saveur supplémentaire qui magnifie la préparation de base.

Une fausse note, toutefois : nos poêlées de légumes accompagnant le poisson étaient beaucoup trop salées, et auraient presque mérité un retour en cuisine. Mais les fromages du pays en grande forme, le dessert à base de framboises, concombre et avocat surprenant et néanmoins succulent et également le pain d’une très grande qualité font oublier ce léger accroc.


Pour accompagner le tout, nous fut servi un magnifique Saint-Joseph “Sous l’Amandier” 2006  de Christophe Curtat, sur le conseil du sommelier.

On prend le café au salon, confortablement installés, on laisse le temps défiler un peu plus. Derniers à quitter le restaurant ce jour là, on regrette brièvement que le chef ne soit venu nous adresser la parole alors qu’il discutait avec des amis, juste à côté, on fait quelques pas dans le jardin pour jeter un dernier coup d’oeil à ce cadre idyllique, et on quitte l’Auberge Basque repu physiquement, et requinqués moralement. Prix de la bouffée d’air frais : 330 EUR pour trois, avec apéritifs, menus dégustations, une bouteille de vin et une d’eau minérale, et deux cafés. Ca n’est certes pas donné, mais ça vaut son prix. Menu découverte à 43EUR, à la carte compter 60EUR environ. Chambres de 90EUR à 180EUR… cela donne des idées !

L’Auberge Basque
D 307 vieille route de St Jean de Luz
64310 Helbarron / Saint-Pée
05 59 51 70 00
http://www.aubergebasque.com

P.-S. : pour déguster d’excellentissimes sablés, gâteaux basques, et visiter une boulangerie telle que l’on en rencontre guère, foncez au Moulin de Bassilour, à Bidart !

[miam032] La Folle Avoine

C’est rue de Grenelle, à quelques pas de la rue du Bac que se trouve La Folle Avoine. Ca n’est pas le quartier le plus excitant de Paris, mais en semaine, au déjeuner, c’est finalement plutôt bien situé pour
ceux qui bossent dans les environs.
La salle est petite, quelque chose comme 25 couverts, et la décoration sobre, dans les tons mauves.
A midi, trois formules sont proposées : plat, plat+entrée ou plat+dessert et entrée+plat+dessert, aux tarifs respectifs de 20, 25 et 30 EUR, boisson comprise.
La carte laisse le choix entre trois entrées, cinq plats (+ 2 choix du jour) et autant de desserts. C’est une cuisine sans prétention, aux inspirations multiples et qui évite ainsi l’écueil de l’austérité.

L’entrée de croustillants de volaille, salade de concombre, et sauce banane-coco-curry recycle ainsi une concept fast-food. Pour autant, la panure des petits beignets est légère, la sauce judicieusement épicée, et les concombres apportent un contrepoint de fraîcheur intéressant. C’est tout bête, ça n’est pas forcément d’un intérêt gastronomique ébouriffant, mais ça se déguste très agréablement, ce qui reste l’essentiel.
En plat, deux filets de bar conséquents, accompagnés d’un petit bol de pommes pont-neuf. Les accompagnements sont à choisir indépendamment du plat, c’est une bonne idée. Le poisson est très bien cuit (“juste saisis”, précise la carte, et c’était ici le cas), pas grand chose à redire, c’est la simplicité même. Le bar aurait pu être un petit peu plus goûtu, mais à ce prix là, difficile de chipoter !
Le tout fut accompagné d’un très généreux verre de “Poule Blanche”, un assemblage de blancs du Pays d’Oc de Sacha Lichine, un petit vin assez rond, équilibré, bien agréable en cette période estivale.

25EUR, donc, pour cet agréable repas, avec un service à l’avenant. Peut-être pas la peine de faire un long déplacement pour La Folle Avoine, mais si vous devez prendre un repas dans ce quartier, c’est un choix honnête qui vous évitera les sempiternels plats de brasserie, pour à peine plus cher. La salle n’était même pas pleine : peut-être l’effet vacances, espérons tout de même pour ce jeune couple que l’aventure marchera !

La Folle Avoine
91, rue de Grenelle
Paris VIIe
01.45.51.02.59
M° Rue du Bac (L12)
http://www.lafolleavoine.fr/

[miam033] Hotaru

Tout commence par un appel à l’aide, hier matin, sur le blog de François Simon -critique gastronomique dont le style rappelle vaguement l’article moyen dans les Inrocks, oscillant entre l’urticant et l’enthousiasmant. Dans un petit billet, il enjoint ses lecteurs à “sauver le soldat Hotaru“.

Nous étions de passage dans le quartier, hier soir. Il m’était donc impossible de ne pas me diriger jusqu’à ce restaurant. A quelques pas de la rue des Martyrs, il se situe dans la très calme rue Rodier. Une grande enseigne lumineuse affiche, sobrement, “Hotaru“. On rentre, trois tables sont déjà occupées : le restaurant tourne au tiers de sa capacité. D’un côté, un Japonais, de l’autre, des couples français. Nous, au milieu. Décor très soigné mais pas tape à l’oeil : les propriétaires ont du goût, à peine assis, on a déjà l’assurance d’y passer un moment réjouissant.

On nous apporte les cartes ainsi que les petites ardoises précisant les suggestions du jour. Le restaurant fait la part belle au poisson sous toutes ses formes : crus, grillé, mijoté… de la cuisine
japonaise de tradition, sans fioritures. Sashimis délicieux, tofu grillé tout bête, mais excellent lui aussi,
le saumon qui arrive, la gueule béante et que l’on dévore sans pitié découvrant ainsi les différentes saveurs et textures de sa chair, jusqu’aux fantastiques glaces et fruits proposés en dessert, tout nous
ravit.

Pour autant, la qualité de la cuisine ne constitue qu’une partie du plaisir éprouvé chez Hotaru. Certes, on est entre amis, on discute beaucoup, le saké coule à flots… et heureusement car, le chef étant
tout seul en cuisine, on attend relativement longtemps entre chaque plat. Ca oblige à être en bonne compagnie, et c’est peut-être mieux comme ça, car quelle tristesse que de voir des gens se quereller
devant ce qui devrait pourtant fédérer tout le monde : la bonne chère.
Je m’égare, car hier, rien de tout ça, bien au contraire. Service gentil, mignon, adorable, divin, même. Bonne humeur et simplicité ont toujours fait bon ménage, et la serveuse en a à revendre. C’est communicatif, et tout ça ne s’arrête pas sur le pas de porte de la cuisine, bien au contraire.
Car lorsque le chef, lequel a fait ses armes au Japon pour ensuite travailler dans les cuisines de chez Takara, vient discuter avec nous après nos plats, ou au moment de régler, c’est le sourire au lèvre,
l’enthousiasme chevillé au corps, et le sincère bonheur de nous avoir servi quelque chose qui nous plaisait. Je l’ai entendu dire, à une autre table, qu’il était mauvais communicant : sa modestie l’honore,
mais il n’est pourtant pas besoin de passer des heures en sa compagnie pour l’apprécier. Les restaurants sont toujours plus agréables lorsque l’on a l’impression d’avoir dîné chez des amis…

Ca n’est pas tout à fait donné, c’est vrai. Difficile toutefois d’imaginer comment ils pourraient tirer les prix vers le bas, ça n’est donc absolument pas une critique. A trois, 210EUR pour entrées, plats et desserts, deux apéritifs et une bouteille de saké. Notez quand-même que l’on s’est plutôt orienté vers les plats les plus onéreux. Trois menus à 35, 45 et 60 EUR coexistent avec la carte. En choisissant parmi cette dernière, il est tout à fait possible de s’en tirer pour une trentaine d’euros par personne.

Quiconque aime la cuisine japonaise se doit d’aller faire un saut chez Hotaru. On n’en avait guère entendu parlé depuis son ouverture il y a quelques mois, mais quelque chose me dit que les choses vont changer. C’est amplement mérité, croisons juste les doigts pour que cela ne se fasse pas au détriment de la cuisine ou du service. Pour tout vous dire, je suis confiant.

Hotaru
18, rue Rodier
75009 Paris
01.48.78.33.74
M° St-Georges (L12) ou Cadet (L7)
Ouvert du mardi-samedi au déjeuner et au dîner

[miam031] The Ledbury

On ne peut pas dire que la scène gastronomique “haut-de-gamme” londonienne soit bien excitante. A l’exception de quelques uns, comme Aikens, elle est dominée par une conception très classique de la
grande cuisine, d’inspiration très largement française.
Je n’ai pourtant pu m’empêcher d’essayer d’obtenir une réservation pour un dîner de ce type. C’est sur le Ledbury que mon choix s’est finalement porté, premièrement pour le fait qu’il soit ouvert le dimanche soir, et deuxièmement car, même si ça n’est pas le plus connu ni le plus primé, les avis à son égard convergeaient très largement vers le positif.

Le Ledbury a ouvert il y a quelques années, et ses cuisines sont dirigées par Brett Graham, un ancien du Square. Il est situé dans le quartier résidentiel de Notting Hill. Autant dire que c’est légèrement paumé… à la sortie du Tube, on se demande même si ça n’est pas une blague. Et pourtant, non, le discret établissement apparaît au détour d’une rue.
L’intérieur est très classique, au moins on ne risque pas d’avoir l’attention détournée par une oeuvre d’art incongrue ou un éclairage insolite. Nous sommes promptement installés. Rapidement, nous recevons la visite du sommelier, qui fera preuve d’une grande perspicacité en comprenant que nous sommes Français (mon accent anglais est pourtant irréprochable !). Lui-même francophone, il nous adressera la parole dans notre langue maternelle. Ca l’a apparemment amusé, voire ravi, et quelque chose me dit que nous avons bénéficié d’un petit traitement de faveur grâce à cela.

Nous avons opté pour le menu dégustation en sept plats, accompagné de la sélection de vins au verre. Avec les amuse-bouches, on se voit offrir deux flûtes de champagne : belle entrée en matière.
La qualité des plats servis fut d’une manière générale très bonne. Toutefois, l’utilisation récurrente de produits de luxe, pas toujours au mieux de leur forme, m’a gênée. La clientèle de ce type d’établissement s’attend en effet peut-être à déguster foie gras, truffe blanche et turbot à tout prix… pour ma part, les plats que j’ai trouvé les plus intéressants, les plus réussis, étaient ceux qui
présentaient des produits plus communs.
En effet, Bett Graham semble avoir un certain talent pour les apprêter et les sublimer avec une petite pointe d’originalité. La salade de légumes de printemps était ainsi excellente, tout comme les maquereaux grillés. A l’inverse, le foie gras, mouaif… A essayer également, l’accompagnement “signature” de la maison, proposé avec certains plats et dont l’idée a été directement chipée à
Passard : le céleri cuit dans les cendres, que j’ai pu goûter avec mon plat de chevreuil, très agréable mais manquant de répondant (ça n’est pas vraiment la saison du gibier !). L’agneau, qui était proposé en standard dans le menu, était en revanche bien plus en forme (pour autant qu’on puisse l’être après avoir été abattu, découpé, préparé et servi dans une assiette).

Deux pré-desserts, et nouvelle attention : la cuisine nous envoie une part de tarte vanille et datte à partager. C’est bon – tout de même moins que ce que propose par exemple Pierre Hermé en pâtisserie, dans un genre proche – mais difficile d’en venir à bout, même à deux ! Nos soufflés à la passion et glace au sauternes arrivent peu après, et s’avèrent plutôt convaincants.

Les vins proposés au fil du repas proviennent des quatre coins du monde. S’ils sont corrects, pris indépendamment des mets, certains accords nous ont surpris, nous aurions aimé nous en entretenir avec le sommelier à la fin du repas, mais nous avons dû partir assez rapidement. En tout cas, et même si l’on s’en doutait, rien à voir avec la magie des accords proposés par Senderens, qui parvient, à
partir de bouteilles “modestes”, à magnifier simultanément vins et plats. Bref, on n’évitera donc pas au Ledbury les deux principaux écueils des menus dégustation : ici comme souvent ailleurs, difficile
d’avoir encore suffisamment faim pour espérer apprécier pleinement les desserts, et impossibilité de choisir ses vins soi-même pour peu qu’on en veuille un différent avec chaque plat à moins d’y aller en groupe de 6…

Si l’on ne sort pas du restaurant abasourdi par une débauche d’originalité ou par un sélection de produits exceptionnels, difficile toutefois de trouver à y redire. Les additions ne s’envolent pas trop
vite : au dîner compte de 70EUR (entrée-plat-dessert, sans boisson) à 150EUR (menu dégustation en 7 plats avec les vins les accompagnant). Le rapport qualité/prix est tout donc tout à fait acceptable, voire carrément abordables si vous êtes trader à la City (et que vous ne vous êtes pas fait virer cette année !).

The Ledbury
127 Ledbury Road, Notting Hill, London W11 2AQ
+44 20 7792 9090
http://www.theledbury.com