Archive for juin 2008

[miam029] Itinéraires

Parfois, et dans certains établissements, avant d’avoir passé la moindre commande, avant d’avoir posé les yeux sur la carte, même, on sait que l’on va passer un agréable moment. Une charmante jeune femme qui répond patiemment au téléphone pour prendre les réservations, puis rappelle le jour même pour confirmer (il est plutôt d’usage que ça soit le client qui le fasse !) et se tenir à votre service pour tout renseignement… quelques sourires bien placés à notre arrivée, mais aussi une jolie décoration, qui donne une touche de romantisme bienvenue à ce bistrot.

« Méfiez vous de la première impression, c’est souvent la bonne » : l’adage se confirme rapidement. Le service – exclusivement féminin – est très chou, plein de bonne humeur, et la carte met tout de suite en appétit. Les énoncés sont clairs et alléchants, tout en laissant transparaître la pointe d’originalité et de créativité qui fait le sel d’Itinéraires.

En entrée, à côté de moi, une terrine de foie gras de bonne facture, accompagnée d’une petite marmelade. C’est bien, c’est agréable, sans être toutefois renversant. De mon côté, en revanche, les rillettes de sardine et glace au cornichon, joliment présentées dans une coupe en verre, font frétiller les papilles de bonheur. C’est frais, vif, même, goûtu mais subtil, parfaitement équilibré : l’entrée estivale rêvée. Mis à part le fait que les produits ici travaillés ne sont pas les plus « nobles », c’est clairement du niveau d’un restaurant bien plus haut de gamme.

Ensuite, on attaque les plats principaux. D’un côté, une souris d’agneau confite et purée de pomme de terre. C’est devenu un poncif de nombre de restaurants, mais quand c’est bien préparé, c’est excellent. Et là, vous vous en doutiez probablement, c’est le cas. La purée : excellente, d’un style très classique. De l’autre côté, un risotto aux asperges. Une fois de plus, on n’est pas volés sur la marchandise : il y a bien cinq ou six belles asperges vertes, croquantes et savoureuses, le risotto est très bien cuit, et accompagné d’un peu de crème. Fantastiquement bon, et, c’est ici une constante, joliment présenté.
On termine avec des desserts acidulés et rafraîchissants. La tarte au citron revisitée se compose d’un biscuit surmonté d’une crème citronnée, de quelques larmes de meringue et d’un sorbet à la fraise. Excellent. Pour moi, un dessert fraise-rhubarbe : un lit de rhubarbe, un fin biscuit croquant, des fraises fraîches et séchées, une quenelle de glace vanille et un peu de chantilly. Encore une fois, difficile d’imaginer comment ça aurait pu être mieux préparé.

Pour accompagner le tout, nous avions choisi une bouteille de Vosnes-Romanée 1er Cru « Les Beaumonts », las, elle n’était plus disponible. Cependant, on nous propose, avec le sourire, toujours, une bouteille un peu moins coûteuse (69EUR, certes, mais a priori le coefficient est ici assez bas) de Pommard Pézerolles 1er Cru 2005 de Vincent Dancer : terrible !
La carte des vins est très complète, il y en a pour tous les goûts et tous les budgets. Vins au verre de 4 à 5,50EUR.

Chez Itinéraires, tout semble désarmant de simplicité, de sincérité, et d’une justesse impressionnante. Les propriétaires de l’établissement ont mis leurs économies mais aussi leur coeur dans ce restaurant, et ça se ressent à tous les niveaux. On y mange excellemment bien, on y est bien accueilli. Le cadre, la vaisselle, tout est discrètement joli, absolument pas tape à l’oeil, à l’image de la cuisine.
Alors certes, ça n’est pas vraiment une surprise : il s’agissait d’une des ouvertures les plus en vue du printemps. Ou plutôt d’un déménagement, car Sylvain Sendra et sa femme Sarah étaient déjà connus des gourmets et gourmands parisiens au « Temps au Temps », rue Paul Bert. Du coup, mais aussi très  probablement parce que c’est tout simplement bon, c’était plein à craquer, un soir de semaine. Pensez à
réserver.

Addition finale de 158EUR avec deux verres de champagne, deux menus (34EUR pour entrée-plat-dessert, 22EUR pour un plat seul, 29EUR pour plat+dessert) et une bouteille de vin. On y est allé fort, en faisant
attention, il ne sera pas bien difficile de rester sous les 50EUR/personne, et Dieu sait que ça les vaut. En tout cas, c’est décidé, j’y retourne avant les vacances !

Itinéraires
01 46 33 60 11
5, rue de Pontoise
75005, Paris
M° Maubert-Mutualité (L10)

[miam028] Les Symples de l’Os à Moëlle

Je ne sais pas pour vous, mais je suis du genre à ne jamais trop profiter de ce qui se trouve à proximité, sauf peut-être en matière de commerce de bouche, côté pratique oblige. Et si peu de Parisiens iront aux Symples de l’Os à Moëlle car le restaurant se situe au-delà du périphérique, me trouvant à une centaine de mètres de là, je n’avais guère d’excuse pour ne pas y aller.

Et c’est pourtant au bout d’un an et demi, et sur l’initiative d’une tierce personne que nous nous y sommes retrouvés à cinq hier soir, installés à l’extérieur par ce temps très lourd. Aux Symples, on peut manger sur des tables standards, dont deux pouvant accueillir des groupes de personnes importants, ou sur des tables hautes et tabourets de style bar, ce qui fut notre cas.

Plutôt qu’un restaurant, et comme c’est très justement précisé sur la devanture, il s’agit en fait d’une « table d’hôtes ». Concept en vogue qui consiste à s’installer à plusieurs et partager des plats avec l’ensemble des convives de l’établissement. Ceci dit, à l’inverse d’autres endroits du même type, il y a tout de même un service à table : on vous amène des plats, puis une fois que vous vous êtes servis et que vous n’en voulez plus, on les échange avec d’autres.

Au dîner, pas le choix : le menu à 25EUR est imposé. Pour le déjeuner en revanche, il existe plusieurs formules moins coûteuses.

Mais pour ce prix là, vous en avez clairement pour votre argent. Tout commence par l’arrivée des plats de crudités et d’une excellente terrine de boudin noir. Chou au curry, carottes rapées (archi-classiques mais néanmoins excellentes), champignons à la grecque, salade de betterave, taboulé… rien de très original, mais
tout est uniformément bon, voire très bon. La faim disparaît déjà et là, surprise, on nous retire ces premiers plats pour nous en apporter d’autres. Le vin, la fatigue et la chaleur aidant, je serais bien incapable d’énumérer tout ce qui nous a été amené, mais je retiendrai notamment les penne au pistou.

Ca ne s’arrête pas là, bien évidemment, puisqu’après cette bonne douzaine de hors d’oeuvres froids nous sont apportés des entrées chaudes. Deux salades de pomme de terre, l’une à la queue de boeuf et l’autre au hareng. Là encore, c’est un modèle de classicisme bien exécuté, de la cuisine traditionnelle française, comme à la maison… et peut-être meilleur.
Une soupe de crustacés, raffinée et délicieuse permet ensuite de faire la transition vers le plat chaud, qui était ce soir là de la volaille de Bresse accompagnée de pommes grenailles. Le tout était malheureusement très poivré (ça, je suis tolérant) et très salé (trop, beaucoup trop à mon goût). Malgré tout, j’ai eu du mal à ne pas saucer la sauce constituée des sucs de cuisson déglacés. Un assortiment de fromages de chèvre frais : bien, sans être faramineux non plus, mais mon appétit était déjà bien entamé à ce moment du repas.
Enfin, on termine avec l’assortiment de desserts. Caillé de chèvre au poivre de la Jamaïque et sa marmelade de fruits, poires à l’anis, pruneaux au vin et à la cannelle, far breton, tarte à l’ancienne… Ouf, heureusement que la maison n’est pas loin car la ceinture commence à devenir inconfortable.

Pour accompagner tout ça, rien de tel que quelques verres d’un vin assez franc. Il y a du choix : vins au verre, plusieurs carafes de vins tirés du fût, quelques bouteilles également, à des tarifs abordables.

Le service remplit bien son office et s’est montré tolérant envers les facéties de quelques convives. Le chef du restaurant, Charles Madeira, très agréable, semble maîtriser son sujet et animé d’une passion sincère pour son métier.

A 5, avec deux carafes d’un Graves de Vayres rouge Château Toulouze, nous nous en tirons pour 165EUR. Presque une paille face à la quantité et la qualité des plats. En résumé : un excellent restaurant de quartier (de très loin le meilleur autour de la place de la Mairie !), mais qui mérite également le détour pour les non isséens. N’oubliez pas de réserver, si possible : à 21h30 passées, il fut difficile d’obtenir une table à l’improviste.

Enfin, je signale – pour ceux qui n’auraient pas fait le rapprochement – qu’il s’agit là du troisième restaurant de Thierry Faucher, après l’Os à Moëlle (rue Vasco de Gama dans le XVe, avec un bistrot proposant une formule « dégustation » à 36EUR d’un très bon rapport qualité/prix également) et la Cave de l’Os à Moëlle (juste en face du précédent, il s’agit d’une cave à vin où l’on peut également grignoter… ça reste à tester en ce qui me concerne). Il était question d’une nouvelle annexe à Châtillon, mais je n’ai rien lu à ce sujet depuis le début de l’année…

Les Symples de l’Os à Moëlle
http://www.lessymples.fr/
01 41 08 02 52
18, rue de la République
92130 Issy Les Moulineaux
M° Mairie d’Issy (L12)

[miam027] Spuyten Duyvil

Si vous ne savez pas quoi faire ce soir, ce week-end, la semaine prochaine voire durant les quelques années à venir, prenez un billet aller-simple pour NYC, empruntez la ligne L ou G, selon l’endroit où
vous vous trouvez, descendez à Bedford Ave ou Metropolitan Ave, puis foncez directement jusqu’au 359, Metropolitan Ave. Voilà, vous êtes dans Brooklyn à Williamsburg plus précisément et devant vous, c’est le Spuyten Duyvil. De l’extérieur, ça ne paie pas de mine. A l’intérieur ? C’est le Pérou.

C’est tout simplement le « meilleur bar du monde » (titre que je leur ai mentalement décerné après le deuxième litre). Et même si ça n’est pas le cas, c’est un sacré coin de paradis pour tout amateur de bière normalement constitué… et pour les autres aussi. Je m’explique.

La carte, ou plutôt les adroises, tout d’abord. Il y a du vin (au verre, en bouteille), mais on n’est pas là pour ça. La grande spécialité de la maison, c’est la bière, et il y a de quoi faire.
Mieux encore, alors que je patientais devant le bar, attendant que l’on prenne ma commande, je ne pouvais m’empêcher de jubiler intérieurement. Pressions, fûts, bouteilles, raretés… toute la
sélection est tip-top : on retrouve tous ses breuvages préférés, des choses que l’on a toujours voulu goûter sans en avoir l’occasion, et de l’inconnu. Excitant, mais également rageant finalement : impossible de goûter à tout ce que l’on voudrait en une soirée ! Le nombre de bières à la pression est volontairement limité à une demi-douzaine : cela permet de varier la sélection régulièrement, et
de garantir une certaine fraîcheur sur l’ensemble de la gamme. Il y en avait ce soir là pour tous les goûts, dans tous les registres, de la Pilsner douce, crémeuse et houblonnée à la Stout bien plus corsée. Un cidre du Pays d’Auge (ma région !), pas mauvais quoiqu’un petit poil doux à mon goût, mais meilleur qu’à peu près tout ce que l’on trouve dans la grande distribution en Île-de-France.
Une ou deux bières sont proposées en fûts, c’est également l’occasion d’en profiter, car il n’y a pas de bar en proposant à Paris à ma connaissance.
En bouteilles… une bonne centaine de références à vue de nez. L’Europe et plus particulièrement la Belgique sont à l’honneur, ce dernier pays faisant d’ailleurs l’objet d’une déclinaison sous l’angle Flandres/Wallonie (+ Lambic, également et fort justement isolés). Belle sélection anglaise et américaine, mais aussi des pays plus exotiques : Japon, Italy, Suède, et même Sri-Lanka ! Last but not least, l’ardoise des « raretés »… proposées à des tarifs plus élevés (~15-25$) et quasi-uniquement en bouteilles de 75cL. J’eu l’occasion de déguster une Alaskan Smoked Porter, dont le goût fumé
était moins puissant que la Rogue Smoke dégustée une semaine plus tôt à la Blind Tiger Ale House, et contrebalancé par un arôme chocolaté fantastique.

Le service, par ailleurs, est excellent. On a affaire à des connaisseurs. Du moins, le type m’ayant servi toute la soirée savait visiblement de quoi il parlait et a réussi à me surprendre agréablement. A l’opposé de l’image du « beer nerd » bourru et taciturne, le jeune homme met à l’aise, discute, et sort LA bière que l’on voulait sans vraiment le savoir (« let’s work this out together as a team, right? », très américain, mais là, ça n’est pas du vent, finalement). Possibilité de goûter gratuitement les pressions/cask avant de choisir. La verrerie est adaptée à l’optique « dégustation » : les verres type « verre à vin » utilisés permettent de mieux apprécier les arômes. Une bière offerte par la maison, ça fait aussi toujours plaisir… il faut dire que ma consommation dépassait sûrement allégrèment la moyenne de la clientèle + deux écart-types.

Ah oui et le cadre, l’ambiance, dans tout ça ? Ici aussi, on touche au génial. La clientèle est williamsburgienne : bobo, branchouille, d’un hétéroclisme homogène (pas sûr de vraiment me faire comprendre, là…). Je serais tenté de dire qu’en bon « Parisien » je me retrouve en terrain connu. Le juke-box diffuse une sélection de morceaux plutôt oldies, qui sied bien à l’établissement décoré façon fausse récup’ de brocante. On imagine toutefois que tout cela a été pensé ; ça a été suffisamment bien fait pour que ça ne choque pas. Au fond, une grande terrasse dans une cour intérieure attire du monde les soirs de beau temps. Enfin, cerise sur la gâteau, les proprio de l’établissement ont trouvé la formule magique permettant d’éviter les tags à l’intérieur des toilettes. De grands tableaux d’ardoise, quelques grosses craies, chacun peut laisser libre court à son expression, la bite dans une
main, la craie dans l’autre. Ou, en censeur autoproclamé, s’amuser à tout effacer le cul à l’air, aussi. Original ? Je ne sais pas. Astucieux ? Assurément !

Alors certes, sous ses faux airs de petit bar de quartier, on assiste au Spuyten Duyvil à une démonstration de cool savamment organisée, mais j’ai l’impression que ces mecs ont absolument tout compris. Un peu comme le gosse qui, à Disneyland, se fiche de savoir que dans le costume de Mickey, c’est Roger le poivrot ou Roberta le transsexuel, je considère ce bar comme mon parc d’attraction préféré, le genre qui pourrait me faire déménager sur place si j’habitais là bas. Et qui sait..?

En résumé, « faut-il y aller ? » : oui, bien évidemment. Allez-y, et au passage, profitez en pour découvrir New York s’il vous reste du temps, c’est une ville formidable !

Spuyten Duyvil
359 Metropolitan Avenue, Williamsburg
Brooklyn, NY, USA
718-963-4140
http://www.spuytenduyvilnyc.com

[miam026] Momofuku Ssäm Bar

Et non, je n’ai pas encore terminé mes chroniques new yorkaises… Gastronomie japonaise, pizza new yorkaises, bar à cocktails branché, il ne manque plus qu’un restau-concept-fusion super prisé pour avoir un premier panorama, certes loin d’être exhaustif – c’est ce qui fait le charme de NY – de ce que la ville peut offrir de plus ou de différent par rapport à notre référentiel parisiano-centré.

L’un des chefs les plus en vue là-bas, c’est David Chang, d’origine coréeenne, qui a ouvert récemment son troisième établissement dans Manhattan. Après Momofuku Noodle Bar, tourné vers une nourriture entre rustico-traditionnel et branchouillo-fusion. Ce dernier thème a ensuite été développé au Momofuku Ssäm Bar, puis parachevé au Momofuku Ko, lequel se rapproche le plus du restaurant au sens traditionnel du terme. On y serait bien allé, seul problème : il est plus facile de décrocher la super-cagnotte du Loto qu’une réservation au Ko.

A tel point que le NYMag s’est fait l’écho, sur son site internet et durant plusieurs jours, d’un débat passionné mettant en cause une de leur blogo-chroniqueuses vedettes, son invitation offerte par un jeune homme ayant publié une annonce sur Craigslist, le personnel de salle du Ko, David Chang  himself, et un indic’ mystère ayant eu vent de l’histoire alors qu’il était présent le soir du méfait présumé.
L’objet du crime : le fameux jeune homme aurait menti en affirmant avoir une réservation ce soir là, mais a fini par pouvoir dîner au restaurant, ce qui causa, entre autre, l’ire du chef. Qu’un tel sujet puisse passionner en dit long sur la mentalité new yorkaise. En tout cas, moi, j’adore !

En petit joueur, c’est donc au Ssäm que je me rends, tout en sachant que cet endroit reste très en vue et qu’il sera probablement difficile d’y accéder sans attendre longuement. Bien sûr, ce restaurant  (bar ?) ne prend pas de réservation. De plus, on arrive cette fois ci à 4. Coup de chance, il y a quatre places disponibles, ni une ni deux, on y va. L’intérieur : quelques tables, mais surtout un très long bar où l’on prend donc place.

La carte change selon les horaires : plus tournée vers le « à emporter » à midi, elle se fait plus complexe le soir pour finir sur des choses plus simples mais néanmoins roboratives la nuit. Nous y étions à
dîner, vers 19h30, c’est donc la carte la plus « complète » qui nous est proposée.
On commence à la consulter en découvrant un peu mieux l’espace qui nous entoure. On aperçoit, au fond de la salle, la cuisine ouverte, on y entend le brouhaha des convives parlant au-dessus de la  musique, dont la programmation semble quasi-aléatoire, et l’intérêt inexistant.
On revient à la carte. Elle peut laisser perplexe les moins aguerris ou les non avertis. En effet, plutôt que la classique déclinaison entrée/plat/dessert, le découpage se fait par type de produits ou
préparations : crudités, petits plats, jambons, ingrédients de saison, abats, poissons & crustacés, viandes, desserts. Les plats en eux-mêmes finissent de brouiller les pistes : tradition américaine, coréenne, fusion, préparations minimalistes, plats audacieux… il faut s’y lancer tête baissée et écouter son estomac plus que sa raison.
Problème : le concept semble ici de partager chacun des plats, comme cela se fait beaucoup dans certains pans de la gastronomie asiatique. Ici, nous avons plus commandé des plats dans une optique
traditionnelle « chacun son assiette », et à vrai dire, en tant que grand gourou du jour, tout le monde m’a copié dans mes choix.

On opte donc pour commencer par le plat signature de la maison, les « pork buns », servis par paire. Ils ressemblent plus à un coquillage d’un blanc laiteux qui tirerait la langue qu’aux brioches vapeurs
auxquelles nous sommes accoutumés. A l’intérieur, une belle tranche de poitrine de porc grasse et fondante à souhait, de la sauce hoi sin, quelques herbes et du concombre. Ca marche bien, ça se mange comme un petit en-cas, sauf qu’il s’agit là d’un missile calorique qui ne pardonne pas.
L’assiette d’asperge accompagnée d’un oeuf poché à côté de moi, quoique bien moins intéressante gustativement que celle dégustée chez Jean Georges quelques jours auparavant remplit son office, avec toujours cette impression de richesse, ou, disons le clairement, de gras.
La poitrine d’agneau servie ensuite continue dans le même registre : croustillante et fondante à la fois, le goût de la viande est prononcé et plus que satisfaisant. Abondance de biens ne nuit certes pas, mais tout de même, ça fait beaucoup : ces plats ne sont clairement pas faits pour être dégustés dans leur intégralité par une seule personne, mais bel et bien pour être partagés. Ce sont de parfaits exemples d’assiettes dans lesquelles on rêve de picorer à droite, à gauche en alternant saveurs et textures, le tout arrosé du sake maison (le sake c’est le nouveau vin… vous n’y connaissez rien ? vous êtes has-been ! Welcome to NY… encore une fois, j’adore !). Pour terminer sur une touche plus légère on commande le shortcake à la rhubarbe accompagnée de crème fouettée. Ouch. C’est peut-être encore « pire » que le reste. La rhubarbe a encore une fois ce côté très fruité, presque floral, même et très peu d’acidité, ce qui me perturbe toujours autant. Le shortcake l’accompagnant est excellent, de même que la crème fraîche fouettée, mais le tout revient probablement à ingurgiter une plaquette de beurre pour finir le repas. La brownie pie que l’on partagera n’est pas mauvaise du tout, mais encore une fois, pas pour ceux qui surveillent leur cholestérol.

Sans être extrêmement onéreux, tout ça n’est pas donné non plus : ce repas pour 4, avec une bouteille de saké, 200$ tout compris. On en sort dubitatif : rien de tout ça n’est objectivement mauvais, les
produits sont très bons, l’exécution soignée, il y a de l’idée, mais mais mais… Je persiste à penser que notre mode de dégustation des plats était très largement sous-optimal et nous a mené à saturation, partager 5 ou 6 assiettes nous aurait clairement permis d’y trouver plus d’intérêt, et surtout de ne pas souffrir de la même façon de l’avalanche lipidique imposée à notre système digestif. J’imagine
qu’il faut y aller l’esprit et le corps décomplexés, ce qui n’aura pu être notre cas ce jour là pour des raisons pratiques. A l’écriture de ces lignes, j’ai presque envie d’y retourner, car j’ai le sentiment
d’être passé à côté d’un restaurant qui à défaut d’être gastronomiquement sensationnel possède un potentiel d’amusement que je n’ai pas exploité.
Il fallait en tout cas en être, mission accomplie. Même si en 2008, ça fait très suiveur…

Momofuku Ssäm Bar
207 2nd ave. NYC 10003, NY
corner of 13th and 2nd
http://www.momofuku.com/ssam