Archive for février 2008

[miam014] Des gâteaux et du pain

Modification de l’article le 12/04/2008 pour tenir compte des remarques faites pas les équipes de la boutique sur les prix mentionnés et les baguettes de pain proposées. Les passages de l’article ayant pu leur sembler mensongers ont été retirés ou modifiés. Nous nous excusons pour les inexactitudes de la chronique originale.

Chouette une nouvelle pâtisserie, encore plus chouette, c’est à Pasteur, donc sur le trajet du retour les jours de semaine. Pour la nouveauté, je triche un peu, ça doit maintenant faire un an que cette boutique a été ouverte par Claire Damon, ancienne du Plaza Athénée où elle a travaillé avec Christophe Michalak.

Première chose que l’on remarque : la boutique ressemble énormément à celle presque-voisine M. Hermé rue de Vaugirard, sauf qu’en lieu et place de blanc et couleurs pastel, ici, que du noir. Ceci s’explique sûrement par le fait qu’elle ait été dessinée par Yann Pennors, collaborant également avec Hermé.
Quelques pains aux murs, au centre, un grand espace regroupe viennoiseries, cakes, et quelques spécialités de pain et enfin, au fond, on retrouve les pâtisseries.

Ces dernières sont d’un aspect plutôt appétissant, et là encore, la présentation ressemble énormément à celle de PH.

Le « Philadelphia » est en fait un cheese cake composé ici de la fameuse crème, d’une confiture aux mûres, et d’un fond de pâte sablée. En bouche, c’est décevant. Le jeu sur les textures que PH réussit toujours à merveille et qui fait l’un des principaux attraits de sa pâtisserie est ici raté. Aucune osmose ne se crée, au niveau du goût aussi bien que sur les textures entre les différentes composantes du gâteau. Le biscuit semble vouloir s’enfuir, la confiture tenter de s’imposer sans convaincre, la crème est un peu trop grasse. A mon sens, Secco propose dans le genre quelque chose de plus simple et cent fois meilleur pour la moitié du prix…

La religieuse au caramel est de meilleure tenue. Au delà de la classique mais néanmoins belle présentation, la pâte à choux ainsi que la crème pâtissière sont très bonnes. En revanche, le glaçage est en trop grande quantité, ce qui rend le tout bien trop sucré à mon goût. Dommage.

La tarte au citron présentée sous forme de verrine n’est pas mauvaise, pour autant que l’on aime les choses sucrées et très acidulées. Ceci dit, je ne suis pas convaincu par ce mode de présentation : c’est plus difficile à manger avec une cuillère standard, car il faut vraiment aller piocher profondément pour obtenir l’ensemble des couches dans une seule cuillérée, et du coup, celle-ci est trop grosse pour que ça soit agréable.

J’aurais tendance à vous recommander d’éviter cette boulangerie/pâtisserie. C’est cher, et finalement pas à la hauteur de ses ambitions. J’aimerais pouvoir dire du mal d’Hermé, de ses créations qui semblent parfois plus là pour remplir les pages des magazines que pour faire avancer l’état de l’art en matière de pâtisserie, des prix trop élevés, du marketing gavant… mais il est réellement doué et je ne suis jamais déçu de ce que j’achète chez lui, et lorsque l’on est surpris, c’est plutôt en bien.
Chez « Des gâteaux et du pain », même si les tarifs sont moins élevés, tout en restant dans une moyenne parisiene (donc haute), c’est pour moi incomparablement moins fin et bon. Si vous passez devant et que vous avez envie d’une petite pâtisserie, je vous conseillerais plutôt de passer votre chemin, de traverser le boulevard Pasteur et d’aller chez PH…

Des gâteaux et du pain
63 boulevard Pasteur
Paris, XVe
01 45 38 94 16

[miam013] Chen, Soleil d’Est

Déguster un bon canard à la pékinoise sans pour autant avoir à quitter la capitale… a priori on se dit que parmi la palanquée de restaurants chinois parisiens, il doit bien y avoir de quoi satisfaire son envie. Cependant, s’il s’agit de ne pas se louper parce que l’on invite du monde, et plutôt du genre exigeant, difficile de foncer vers le premier bouiboui du XIIIe venu.
Alors on se tourne vers une valeur sûre. En l’occurence, c’est Chez Chen, Soleil d’Est que l’on réserve notre table. Ce fut le premier restaurant de cuisine chinoise à obtenir un macaron Michelin, notamment pour leur spécialité de canard laqué.

On se retrouve donc dans une petite salle d’une quinzaine de couverts au rez-de-chaussée. Le style est plutôt raffiné, on est loin des cantines façon RU ou des kitscheries de mauvais goût. Le service est un peu particulier. D’une part, peu de personnel : deux serveurs, le maître d’hôtel et la patronne. La salle étant peu remplie ce soir là, je ne pense pas que ce soit un handicap. En revanche, si les deux serveurs sont affables à l’extrême, au point de ne pas vous adresser la parole, le maître d’hôtel qui circule entre les tables se montre quelque peu irritant.
C’est une chose que de vouloir mettre à l’aise les gens ou que de vouloir parler de la cuisine du chef, et c’est le rôle du personnel de salle de tout restaurant propre sur lui. Malheureusement, tout ceci est édicté sur un ton faisant le grand écart entre le docte et la boutade de comptoir. L’impression qui en ressort, c’est celle d’un homme en décalage complet entre l’image qu’il souhaite visiblement renvoyer (l’image d’Epinal du maître d’hôtel très classe, connaisseur, raffiné mais prompt à délivrer un bon mot à la clientèle) et celle réellement renvoyée. C’est troublant, et on aurait presque envie de lui demander de nous parler en chinois à la place, ça l’amuserait sûrement tout autant, ça renforcerait le côté « couleur locale » et épargnerait une gêne certaine aux clients. J’en fais tout un plat, ça n’est au final pas si grave que cela, mais il est mauvais dans son rôle, et lorsque l’on fréquente ce type d’établissement, c’est aussi pour s’y sentir à l’aise…
Bref.

La carte présente une demi-douzaine de choix d’entrées de 15EUR à 95EUR, et à peu près autant de plats (je n’ai pas relevé les prix, on était de toute façon venu pour le canard laqué). Les desserts sont principalement des composition à base de fruits, 15EUR en moyenne.

La carte des vins est très standard, ce qui peut encore une fois surprendre pour un établissement censé offrir d’excellentes
prestations, un peu courte et surtout très centrée sur la Bourgogne et le Bordelais. L’Est de la France y brille par son absence pure et simple. Elle est par ailleurs, comme on pouvait s’y attendre, chèrement tarifée, avec des coefficients d’environ 4* / 4,5*. Rien à moins de 70EUR (pour un vin à 15EUR au supermarché, donc), et ça monte très rapidement pour atteindre plusieurs centaines voire le millier d’euros pour les habituels grands crus.

Quelques petits amuses-bouche arrivent : c’était bon, mais deux semaines après je ne m’en rappelle qu’à peine…
En entrée, on opte pour des fleurs de courgettes au tourteau. Pas grand chose à dire sur ce plat : c’est à peu près ce à quoi on s’attend en lisant l’intitulé, et c’est finalement là le problème. Pour le prix d’un menu complet dans un bon bistrot, on a un plat pas mauvais mais complètement inoffensif et que l’on pourrait tout aussi bien reproduire à la maison. Le canard, vite ! Après une longue attente, il arrive enfin, entier, superbement doré. Premier service : la peau craquante est découpée devant nous, enrobée de petites galettes nappées d’une sauce sucrée. On est loin de la molle déception de l’entrée. Là, c’est magnifique (un petit poil trop de sauce, s’il fallait pinailler), la peau est craquante, pleine d’arômes, c’est très légèrement gras, juste comme il faut. C’est presque un dessert.
Le canard repart en cuisine pour la préparation du deuxième service. Celui-ci arrive longtemps après, encore une fois. La chair de la bête, découpée en dés est accompagnée d’une sauce légèrement relevée et de nouilles sautées. Là encore c’est magnifique : les nouilles sont excellentes, et pourtant c’est le genre de plat sur lequel je suis plutôt mauvais client. La viande est tendrissime, d’un goût excellent, et la sauce l’accompagne à merveille. Difficile de faire mieux. Enfin, le troisième service est un petit bouillon de canard, puissant sans être écoeurant.
Pour rester sur cette bonne impression, et étant donné les temps d’attente extrêmement longs, on demande l’addition sans prendre desserts ni cafés.
Un peu plus de 350EUR à quatre avec entrées, plats, une bouteille de vin correcte et deux bouteilles d’eau, c’est salé, on s’y attendait, et nous sommes pourtant restés sur des mets parmi les moins coûteux de la carte.

Alors quoi ? C’est sûr, le canard laqué y est excellent, et dans ce type de situation où l’on n’a pas envie de se louper, pas d’inquiétude à avoir chez Chen. En revanche, le reste de la carte, le service, les tarifs et l’attente posent problème, et pour ces raisons j’aurais du mal à recommander l’adresse.
(je signale au passage que c’est juste derrière le bien plus recommandable BenKay, dans le quartier Beaugrenelle, c’est très moche et complètement mort, donc soit vous rentrez chez vous après le repas, soit vous marchez sur 500m pour prendre un métro et aller vous amuser ailleurs)

Je ne retournerai probablement pas dans ce restaurant, mais je suis impatient de trouver une autre adresse servant un aussi beau canard, aussi bien dans le choix du produit et dans sa préparation.

Chez Chen Soleil d’Est
15, rue du Théâtre
Paris, XVe
01 45 79 34 34

[miam012] La Régalade

Après les fêtes, on se calme un peu sur la nourriture. Puis l’envie revient de se faire quelques bons gros gueuletons. En plus, c’est encore la saison des truffes… ça serait dommage de ne pas en profiter, pourquoi pas au restaurant, mais si possible sans payer chaque plat une bonne centaine d’euros. La solution ? Se rendre dans un bon bistrot qui en propose au menu à des prix plutôt raisonnables.
Va pour la Régalade…

C’est le restaurant par lequel s’est fait connaître Yves Camdeborde, ancien de chez Constant, et qui tient désormais les fourneaux du Comptoir du Relais, paraît-il excellent, pour autant que l’on aime réserver 6 mois à l’avance ou dîner en terrasse en plein hiver. De la Régalade est notamment sorti Stéphane Jégo, chef du fameux l’Ami Jean qui fera forcément l’objet d’un miam d’ici quelques temps (quand j’y serai allé, si possible). La Régalade a été repris il y a quelques années par Bruno Doucet, qui y officie toujours aujourd’hui.

Le cadre est typique du bistrot parisien : devanture passe-partout, intérieur avec un petit bar, des tables partout, quelques tableaux de vaches, cochons… on n’est pas dépaysé, et on se sert les coudes comme il se doit dans ce genre d’établissement. Sauf pour ceux qui tomberont sur la table à côté des tiroirs à couverts, isolée mais un peu dans le passage. C’était la notre, et c’était très bien finalement, car on avait de la place pour les bras, et l’on évitait d’avoir à partager les confidences des autres convives.

Une seule formule proposée le soir : 32 EUR pour entrée-plat-dessert. La carte se divise en trois parties : un choix entre une demi-douzaine d’entrées, autant pour les plats « standards », la partie « Pour un coup de fusil de plus », présentant les choix avec suppléments, et enfin une ardoise avec les « coups de coeur » du moment. L’un dans l’autre on doit pouvoir piocher parmi 8 à 10 entrées et autant de plats. Une carte aussi longue est toujours déstabilisante : est-ce vraiment
bon signe que d’afficher autant de produits, autant d’options… ça va être frais et préparé à la minute, ou bien va-t-on nous servir des surgelés passés au micro-ondes ? Et puis le choix… tellement difficile devant tant de bonnes choses.

On était venu pour la truffe, alors on se laisse tenter pour une brouillade d’oeufs à la truffe + truffe râpée (+14EUR) et pour des saint-jacques rôties, petits croûtons et truffe râpée (+15EUR). Comme les antibiotiques ne s’accommodent qu’assez mal de l’alcool, on se contentera de coupes de champagnes pour l’apéritif, mais un coup d’oeil sur la carte des vins laisse entrevoir un large éventail de choix, à des prix semblant raisonnables (coeff 2,5 à 3*), de 15EUR à 200EUR.
La salle est surbondée, les serveurs sont 3 et virevoltent entre les tables sans pour autant causer d’accident, et en prenant le temps d’être sympathiques et efficaces. C’est pro. Mais du coup, on attend un peu. Dans ces cas là, les restaurateurs sachant que les gargouillis d’estomac ne constituent pas la musique idéale pour rythmer un dîner ont l’habitude d’offrir de petits amuses-bouches en guise de « pré-entrée ». La Régalade ne déroge pas à la règle, sauf qu’à la place d’une verrine insipide et sans consistance, vous avez le droit à une terrine et un très fameux pain de campagne. Je ne parle pas d’une petite tranche de terrine déposée dans une soucoupe microscopique, non, mais d’une terrine entière, et d’un énorme bocal de cornichons et petits oignons au vinaigre. Le problème c’est qu’à l’instar du pain, elle est excellente. Alors comme on a faim, on se sert généreusement, une, deux, trois… allez quatre fois et on arrête. Après tout ça n’est pas un menu gastronomique qui nous attend, rien qu’un petit entrée-plat-dessert…

Les entrées arrivent. La brouillade : il doit bien y avoir trois oeufs là-dedans. Piquetée de noir, on devine facilement que l’assaisonnement à la truffe a été généreux. Quant aux lamelles du champignon, elles recouvrent l’assiette. Même chose pour les Saint-Jacques, au nombre de 4, dans leur coquillage, dans chacun desquels figurent 4 ou 5 lamelles de truffes. On a tout simplement l’impression d’être chez un copain qui a envie de nous régaler généreusement. Au goût, c’est délicieux, tout est là, comme il faut : simple mais bon… l’hésitation lors de la commande est déjà bien loin.

On aurait déjà pu rentrer à la maison repus, le sourire jusqu’aux oreilles, mais comme on paye pour un menu complet, autant rester. La suite ? Une canette de la Dombes et ses légumes d’hiver à la truffe pour deux personnes, +16EUR (+16EUR en tout, je précise car je pensais que ça serait +16EUR/personne). Elle arrive, on l’amène devant nous « voici la canette que vous allez déguster », elle repart en cuisine. Elle revient quelques instants plus tard dressée dans nos assiettes respectives. Contrairement aux impressions du début de repas, on a le sentiment que le chef nous a menti. La purée aux graines de moutarde apportée à côté dans son petit caquelon n’était pas annoncée. Cette généreuse portion de foie gras frais poêlé non plus. C’est quand-même fantastique cet endroit à contre-courant de ce que l’on peut voir à peu près partout
ailleurs, où il entendre par « frites » « deux bâtonnets de pomme de terre ayant fait un aller simple dans l’huile ». Heureusement que l’on avait de l’appétit, finalement. Il aurait été dommage de gâcher cette très belle viande très tendre et goûteuse. Les légumes d’hiver, s’ils n’ont pas été tous identifiés on effectivement le goût de truffes, la très onctueuse purée tient sacrément bien la route. Alors que l’on est arrivés affamés et que les gros repas ne nous effraient pas, on finit à peine nos assiettes.

J’avais fort heureusement eu le nez creux lors de la consultation de la carte, et avais choisi le soufflé au Grand-Marnier pour clore le repas. Il arrive, bien gonflé, tout droit. Un coup de cuillère dedans, ça ne retombe pas, joli ! C’est doux, savoureux et léger, bravo. En face de moi, c’est un riz au lait. Ou plutôt une soupière pleine à ras-bord de riz au lait, et un pot de sauce au caramel. Après s’être servis chacun une fois, il restait facilement 80% du riz dans le récipient. Seul, il est très bon, les nombreuses petites graines de vanille l’annonçaient déjà visuellement. Avec la sauce au caramel, c’est un vrai paradis rabelaisien. Yabon, yaplein. On s’est forcé (sans trop de difficulté), mais à deux, on finit par s’avouer vaincu à mi-parcours. N’oubliez pas que c’était pour une personne.

On demande donc l’addition en se disant que, oui, on reviendra, parce que tant d’autres choses faisaient envie : la côte de boeuf pour deux, énormissime, le bar gargantuesque, la poitrine de cochon caramélisée que l’on n’a pas vue, mais qui fait forcément envie comme tant d’autres choses au menu ce soir là…

Bonne surprise au moment de régler l’addition : 130 EUR à deux pour un menu avec de la truffe en-veux-tu-en-voilà, du foie gras, trop à manger (je m’étonne en écrivant ça) et pourtant déjà l’envie de revenir, c’est donné.

Allez y, courez y, mais attendez quand-même que je vous ai donné les coordonnées :

La Régalade
49 avenue Jean Moulin
75014 Paris
01 45 45 68 58

Réservation (et confirmation le jour même) obligatoires, deux services archi-complets au dîner.